Danses, Opéras et Récitals

Paris et Province

Giocoso
par le Palais Royal

Un bel hommage classique  Nous sommes heureux, en ce début d’année 2020 de nous rendre dans l’élégant quartier du 9ème arrondissement dans la salle d’un des plus beaux Conservatoires de Paris. En cette soirée de mars, c’est avec plaisir que nous sommes invités à admirer le Giocoso, pastiche mozartien en trois actes, parmi une riche programmation classique la dynamique et jeune formation du Palais Royal. Organisé comme un pasticcio, mêlant intrigue et costumes, le spectacle se construit sur plusieurs airs et duos des derniers opéras de Mozart chantés en français pour l’occasion. C’est une chance pour nous de redécouvrir de fameux airs d’opéra en toute intimité. Déjà plongées dans la grâce et la délicatesse de ce beau conservatoire, nous sommes prêtes à contempler l’œuvre de Mozart.

Le Giocoso c’est avant tout l’histoire d’un amour. Nous suivons les aventures de Diavolina, perfide séductrice, Manabella, jeune femme au cœur aimant et sincère, ainsi que du Compte. C’est alors l’occasion pour nous de découvrir un superbe trio de solistes qui mènent la danse ce soir, accompagnés par un orchestre juste et talentueux. Chaque extrait est superbement interprété et agrémenté par la pétillance des artistes qui se laissent mener par les notes classiques pour nous offrir une prestation originale et personnelle.

Les spectateurs quant à eux, sont portés par le narrateur qui conte l’histoire, toujours avec un ton subtil et malicieux. C’est comme si nous assistions à un jeu de marionnettes, dirigées par la voix grave du conteur et par nos rires. Il est très agréable d’assister à ce spectacle car c’est comme si nous nous plongions au cœur de l’univers de la musique classique grâce à la mise en scène, aux costumes et à l’ambiance générale de ce conservatoire historique édifié en 1811. La Salle historique du Conservatoire est l’une des premières salles de concert de l’histoire construite pour le concert et non pour l’opéra offrant une qualité acoustique sans pareil, c’est pour cela qu’elle fut même surnommée le « Stradivarius des salles de concert ». Ce lieu est chargé d’un passé musical illustre, à nul autre comparable : c’est en effet dans cette salle que les symphonies de Beethoven furent entendues pour la première fois en France, et que fut créée la Symphonie fantastique de Berlioz ainsi qu’une très grande partie de la musique française du XIXe siècle.

Endroit idéal pour rendre hommage à l’un des compositeurs les plus illustres de son siècle (et bien plus encore), chaque membre du spectacle trouve sa place et accompagne les autres en douceur. Le piano-forte excellent Orlando Bass nous livre une prestation réjouissante qui nous transporte avec talent en commençant par une très belle ouverture improvisée autour de l’Ouverture de La Clémence de Titus. Jeune prodige de la musique classique, il remporte le Grand-Prix du concours-festival à Paris en 2016, le Premier Prix du Concours Les Virtuoses du Cœurs de la même année et le premier prix du concours de Bologne en novembre 2015. C’est donc sans aucun doute que les talents sont au rendez-vous pour accompagner trois solistes aussi ingénieux.

La soprano Julie Mathevet interprète la piquante Diavolina en lui donnant une personnalité unique et charmante. “Miracle lyrique”, c’est ainsi qu’elle est qualifiée par la presse américaine, elle mène aujourd’hui une belle carrière internationale et nous offre ici une prestation haute en couleur. Elle est accompagnée par Charlotte Mercier, mezzo-soprano, membre du Palais Royal depuis 2003. Elle se produit dans des rôles des plus prestigieux tels que Carmen ou Siébel de Faust au Cirque d’hiver à Paris. Enfin, le baryton Laurent Deleuil est renversant de présence en Don Giovanni et en Comte et nous livre un rôle drôle, plein de tendresse et précise.

Sous la direction musicale du talentueux Jean-Philippe Sarcos qui nous réjouit de ses belles introductions aux spectacles et la mise en scène Pénélope Driant, l’équipe riche du Palais Royal est, encore une fois, une source de plaisir, de brio et d’authenticité. L’oeuvre oscille entre classique et modernité et elle est illustrée par de très beaux costumes, qui ont ici un rôle majeur.

Nous avons été ravies d’assister à cette malicieuse représentation et nous en remercions Lucie Badin, chargée de mécénat et d'actions culturelles. Vivement le prochain concert du Palais Royal ! Pour aller redécouvrir l’univers de la musique classique revisité, rendez-vous sur le site internet de l’académie du Palais Royal www.le-palaisroyal.com. Un spectacle donné à la Salle du Conservatoire, 2bis rue du Conservatoire 75009 Paris. - Mars 2020

Virgil Boutellis-Taft
à la Salle Gaveau

Virgil Boutellis-Taft, le pouvoir magique de la musique Nous sommes ravis en ce lundi soir, de nous rendre à un concert de musique classique, cette force unique et impalpable, qui va droit au cœur, capable d’exprimer l’inexprimable. C’est dans la mythique salle Gaveau, dédiée à la musique classique que le violoniste Virgil Boutellis-Taft accompagné des solistes du Royal Philharmonic Orchestra, et de la sublime pianiste Rieko Tsuchida, nous présente ce soir Incantation, son dernier album sorti le 21 février 2020.

 

Quel plaisir de nous retrouver dans cette magnifique salle, accueillis par son orgue majestueux et ses sièges bouton-d’or. Restaurée en 1976 grâce à la passion d’un couple de musiciens, Chantal et Jean-Marie Fournier, qui après la faillite de la maison Gaveau, décident de sauver la salle, in extremis de la menace d’un parking.

 

Nous sommes fiers de découvrir ce musicien français au tempérament de feu, qualifié par la critique de violoniste hors pair, au son intense, brillant et somptueux. C’est à l’âge de 6ans qu’il commence ses études de piano et violon, pour ensuite rentrer à l’âge de 9 ans au conservatoire de Tour. Il décrochera son premier prix du conservatoire supérieur de Paris à 16ans et obtiendra son artist Diploma au prestigieux Royal College of Music de Londres en 2007.

 

Le violoniste nous présente son album pour la première fois à Paris, nous sommes heureux de vivre ce moment unique, où l’on oublie tout, une bulle, une parenthèse ou nous sommes tous ensemble pour la même cause, l’émotion, tous les yeux sont rivés sur ce virtuose qui nous fait vibrer par son talent.

 

Qui n’a pas été un jour émerveillé par la magie ou intrigué par le chamanisme, les incantations éveillent en nous une part de mystère et de fascination, c’est ce que nous procure ce soir le chant du violon de Virgil Boutellis-Taft.

 

L'artiste tient ses promesses, en ayant sélectionné les œuvres les plus magnétiques de l’époque baroque à nos jour. Les sons répétés servent l’incantation et retiennent notre attention, comme dans la première œuvre qu’il choisi de nous interpréter, Kol Nidrei de Max Brunch, une prière judaïque d’annulation de vœux.

 

Dans la célèbre Méditation de Thaïs de Jules Massenet, nous vivons un véritable moment de douceur et d’apaisement, où les notes les plus aiguës atteignent notre âme, nos yeux se ferment comme pour mieux apprécier le moment présent. Nous sommes aussi séduits par ces œuvres sombres et troublantes, comme dans la danse macabre de Camille-Saint-Saens, ou hypnotique avec cette Chaconne du baroque Tomaso Vitali, qui nous dévoile un violon qui s’exaspère en cabriole jusqu’à la transe.

Ce concert nous laisse rêveurs, que ce soit un cauchemar ou un doux rêve, nous ne touchons plus le sol, nous sommes envoûtes, nos sens sont en émois devant tant de musicalité.

 

Ce musicien à l’apparence froide et à la concentration inébranlable, nous propose un violon fougueux et généreux. L’artiste ne fait qu’un avec son violon Domenico Montagnana de 1742, qu’il tient d’un mécène privé. A la fois charmeur, sombre ou violent, le violon de Virgil Boutellis-Taft nous chante à merveille les incantations.

 

Pour clore le programme, le jeune compositeur du Murmure des oiseaux, Thomas Enhco, nous fait l’immense honneur de venir accompagner Virgil sur son œuvre au piano. Ce pianiste virtuose et compositeur de musique de jazz et de classique, arrive baskets blanches aux pieds, tout sourire. Ce musicien à la sympathie communicative, nous embarque avec son piano groove aux allures de jazz et d’improvisation, dont la partition répond au violon et orchestre à la musicalité plutôt classique. Le publique est sous le charme de cet artiste qui casse les codes de la musique classique . Nous sommes presque frustrés de ne l’avoir entendu que sur un seul morceau, tant le duo hétéroclite qu’il forme avec Virgil Boutellis-Taft est beau de virtuosité. Avec cette nouvelle génération, la musique classique n’est pas prête de prendre une ride.

 

Découvrez son album Incantations du label Aparté, arrangements Paul Bateman, disponible depuis le 21 février 2020. L’artiste partira en tournée en Angleterre avec le RPO. Il se produira également au Symphony Space à New York, au Steinway Hall de Boston et, pour un intégral de Beethoven (sonates et trios), à la Kursaal de San Sebastian. Vous pouvez suivre l’actualité des artistes sur leurs sites officiels www.virgilboutellistaft.com, www.thomasenhco.com et www.riekotsuchida.com. Pour cette envoûtante découverte, nos remerciements vont à l'agent de presse Andra Focraud et à notre rédactrice Angélique Lili. Cet événement s'est tenu le 2 mars 2020 à la salle Gaveau, 45 rue de la Boétie 75008 Paris. Pour retrouver toute la programmation de la salle, rendez-vous sur leur site internet www.sallegaveau.com - Mars 2020

Le Week-end du Violoncelle
au Théâtre des Champs-Elysées

Une enchanteresse promenade classique Nous nous réjouissons en ce début d’année 2020 à nous rendre au cœur de Paris dans le célèbre Théâtre des Champs-Elysées. Parmi une grande et belle programmation du Week-end du Violoncelle, nous sommes invités à admirer le concert de Sheku Kanneh-Mason et de sa sœur Isata. Impatients, c’est pour nous une immense joie de pouvoir écouter sur la scène d’un magnifique théâtre parisien, le violoncelliste révélé au monde lors du récent mariage royal du Prince Harry. C’est donc dans cette belle salle que nous prenons place, prêts à nous laisser emporter par les douces notes des deux jeunes artistes classiques.

Les lumières s’éteignent peu à peu pour laisser place à la beauté des airs de Beethoven, Lutoslawski, Barber et Rachmaninov. Nous assistons à une revisite hors du commun et remplie d’émotions. Plus que de la musique classique, nous avons face à nous un réel spectacle vivant tant la passion s’empare des deux artistes. Il y a chez eux une réelle expression musicale et une manière unique d’interpréter ces airs pour leur donner vie une nouvelle fois. Traversés par leur passion nous sommes pris de saisissement et de bouleversement, la musique prend alors une toute autre dimension, c’est comme si nous écoutions une histoire intense et exaltante. L’histoire devient encore plus belle dans le splendide Théâtre des Champs-Elysées.

Edifié en 1913 par un groupe d’artistes, il est marqué par le «scandale» de la création du Sacre du Printemps de Stravinsky et Nijinski, une œuvre qui choqua tout autant par sa musique que par sa chorégraphie. L’aventure artistique du Théâtre des Champs-Élysées est depuis illustrée par la présence des artistes les plus prestigieux de l’histoire de la musique, de l’opéra et de la danse, constamment en recherche de beauté et de vigueur. Nous assistons ici à une interprétation offerte par deux jeunes surdoués de la musique qui nous ne nous laissent pas indifférents. Ils arrivent à nous livrer un concert plein de subtilité et de délicatesse. On ressent un profond désir, une forme de recueillement et une grande élégance dans le phrasé musical qu’ils communiquent. Les variations oscillent entre intimité et intensité dans une atmosphère distinguée et distinctive. Isata et Sheku Kanneh-Mason nous portent avec dynamisme, finesse et pureté.

Dans ce cadre merveilleux, notre imagination navigue au rythme de la musique qui laisse place à notre fantaisie. Touchant et pertinent, les adjectifs sont nombreux pour décrire ce concert plus que prenant porté par l’alchimie entre un frère et sa sœur. A tout juste 20 ans Sheku Kanneh-Mason est un prodige du violoncelle et considéré comme l’un des musiciens les plus brillants de sa génération grâce à son talent et sa présence scénique singulière. Après sa prestation remarquée lors du mariage princier en Angleterre, sa carrière décolle tout comme sa popularité. Originaire de la Sierra Leone, il débute l’apprentissage du violoncelle à l’âge de 6 ans entouré de ses frères et sœurs qui pratiquent tous et toutes un instrument. Son premier disque paraît en France en 2018, et grâce à celui-ci il reçoit la même année le prix BRIT du meilleur artiste masculin. Aujourd’hui, il sillonne les plus grandes scènes comme le Wigmore Hall de Londres, la Tonhalle de Zurich, le Théâtre des Champs Elysées ou encore, le Conservatoire Giuseppe-Verdi de Milan. Passionné par la nécessité de rendre la musique classique accessible à tous, Sheku Kanneh-Mason est l'ambassadeur de nombreuses organisations caritatives dans le domaine de l'éducation musicale.

Sa sœur Isata, pianiste, l’accompagne avec élégance et énergie tout au long du concert. Nous remarquons une proximité musicale évidente qui leur permet de nous livrer une prestation toujours plus unique et vigoureuse. Étudiante en troisième cycle à la Royal Academy of Music de Londres, Isata Kanneh-Mason Kanneh-Mason a entamé une carrière de concertiste soliste couronnée de succès au Royaume-Uni et à l'international. Elle se fait notamment remarquer en 2014 lorsqu’elle atteint la finale de sa catégorie au concours des jeunes musiciens de la BBC et remporte la bourse Walter Todds du musicien le plus prometteur. Chambriste passionnée, elle partage régulièrement la scène avec ses frères et sœurs et fait également ses débuts avec le Royal Philharmonic Orchestra au Royal Albert Hall. Son premier album Romance, sort en juillet 2019 qui remporte un grand succès et devient classé numéro 1 des charts classiques britanniques dès sa sortie.

C’est donc à travers le talent de ces deux prodiges que nous (re)découvrons la magie des airs classiques de grands compositeurs du monde entier. Entre douceur et puissance, ils nous portent majestueusement, tout le long du concert, dans un monde onirique. Nous nous sentons comme dans une bulle, au cœur des Champs-Elysées, éloignés du brouhaha parisien qui s’arrête un instant pour laisser place à la magie et la beauté de la musique. Le silence se fait à la fin du dernier mouvement, la salle est remplie d’émotion et d’admiration. Ce silence est aussitôt suivi d’une standing-ovation de plusieurs minutes, très largement méritée. Isata et Sheku Kanneh-Mason quittent alors la scène, laissant derrière eux une atmosphère féerique et délicieuse. La beauté aura été le maître mot de ce concert, dialogue inoubliable d’un charme sans pareil.

Pour cette fascinante découverte, nos remerciements s’adressent à l’agent de presse Franck Peyrinaud. Un évènement qui s’est tenu le dimanche 23 février 2020 au Théâtre des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris. Pour retrouver l’envoûtante programmation du théâtre, rendez-vous sur leur site internet www.theatrechampselysees.fr et les artistes sur leur site officiel www.kannehmasons.com Mars 2020

The Lights of Opera
à l'Alhambra

Une redécouverte magique des plus grands airs d'opéra Si nous connaissons tous les airs d'opéra grâce aux séries télévisées et aux publicités, il est assez rare que l'opéra s'invite dans notre quotidien pour nous enchanter. C'est pourtant ce que nous offre pour notre plus grand plaisir le spectacle The lights of Opera lors de quatre soirées d'exception dans la grande salle de spectacle parisienne de l'Alhambra.

 

C'est dans cette salle accueillante et chaleureuse que nous nous installons, prêtes et enthousiasmées à l'idée de redécouvrir de grands airs d'opéra qui, sans aucun doute, nous transporteront grâce à leur intensité, tout au long de la soirée. La salle est pleine, la scène est près de nous, nous nous sentons comme dans un cocon, enfermées dans un monde féerique qui s'apprête à nous bercer avec de merveilleux chants lyriques. Les lumières s'éteignent alors pour laisser place tout en simplicité à la musique, que nous attendons avec impatience, sur un premier air de Bellini, Norma dans Casta Diva.

 

Nous sommes dans un cadre atypique. Ancien immeuble de bureaux dans les années 1970, l'Alhambra s'est aujourd'hui transformée en salle de spectacle animée et trépidante. En 2005 lorsque Jean-Claude Auclair, producteur de spectacles, découvre cette salle par hasard, il tombe amoureux de ce lieu au charme désuet et le rachète. La salle est rebaptisée en hommage au célèbre music-hall disparu dans les années 60, pour être dorénavant La Scène de Toutes Les Musiques. Sa large programmation propose une sélection de concerts allant du Hip-Hop au Rock en passant par le Jazz, l’Electro, la Variété et les Musiques du Monde, mais aussi des One Man Show, des Pièces de Théâtre et des Festivals… Lieu magique en plein cœur de Paris , l'Alhambra nous offre un petit coin de paradis pour apprécier et se laisser porter par des musiques et des événements éclectiques et toujours surprenants.

 

Douceur et force à la fois se mêlent tout au long de la représentation pour nous procurer saisissement et émotion. C'est un charmant et élégant spectacle qui s'offre à nous avec la présence de 20 musiciens sur scène, un chef d'orchestre et quatre chanteurs lyriques accompagnés de belles lumières. Chaque chanteur apporte une tonalité différente et des subtilités uniques grâce à leurs personnalités musicales. Nous remarquons particulièrement la justesse et la simplicité du ténor Avi Klemberg qui a débuté sa carrière en Italie à l'Opéra de Rome et qui interprétera de nombreux rôles emblématiques comme la Traviata et la Bohème. Pauline Texier, incroyable soprano légère qui nous a ébloui tout au long de la représentation s'est particulièrement démarquée grâce à sa superbe prestation avec Noriko Urata sur le Duo des fleurs de l'opéra Lakme. Timothée Varon, baryton remarquable, mène aussi avec brio cette ballade lyrique si gracieuse et admirable, qui nous fait naviguer sur un fleuve musical et poétique.

 

Nous félicitons le parti pris créatif de ce concert qui nous fait voyager à travers les styles, les artistes et les pays. Réunir les plus grands airs au sein d'un même spectacle est une idée ingénieuse qui nous permet à tous d'apprécier les musiques envoûtantes de l'opéra. Sous un éclairage original, nous sommes fascinées par le plaisir que nous procurent l'union entre les musiciens et les chanteurs. Seuls ou à plusieurs, tous on réussi à nous exalter et à nous mener vers des chemins différents, comme si l'opéra nous ouvrait ses portes et nous faisait voyager dans le temps, à la découverte de ses plus intimes secrets. Des chanteurs à la fois jeunes et de haut niveau se voient offrir la possibilité d’aborder les plus grands rôles, d’habitude réservés aux stars du lyrique. Décomplexés, ils retrouvent l’essence même de ce qui a fait de ces airs célèbres, des succès éternels : la qualité des

mélodies et de leur expressivité. Leur vigueur et leur enthousiasme amènent un vent de fraîcheur et un souffle de modernité aux musiques qu'ils font revivre.

 

Le défi était de taille, retranscrire en lumière le lyrisme des grands airs et adapter l'opéra dans une salle pour d'autres genres plus contemporains. C'est avec adresse et distinction que le pari est relevé par Jacques Rouveyrollis, créateur de lumière, qui créera un décor par une lumière théâtrale et élégante. Habitué des scènes musicales, Jacques Rouveyrollis signe ses premières créations avec les Jelly Roll après quoi il rejoindra Michel Polnareff. De Joe Dassin à Serge Gainsbourg en passant par Michel Sardou, ce sont plus d'une centaine d'artistes qui ont fait appel à ce fin créateur d'ombre et de lumière.

 

Il donne puissance et vie grâce à ses créations toujours plus impressionnantes et universelles comme à La Concorde à Paris en 1979, Houston, La Défense, La Tour Eiffel avec Jean-Michel Jarre, à Tokyo et bien plus encore. Ses lumières accompagnent avec subtilité le travail brillant de Stanislas Renoult, chef d'orchestre et ancien est professeur de direction d’orchestre à L’École Normale de Musique de Paris. Artiste singulier et amateur de différents genres, il commence à s’intéresser à la musique populaire et crée des ponts avec le classique à partir de 2001. Il fondera d'ailleurs le Paris Pop Orchestra pour être au plus près de cette double casquette: classique et pop. Il poursuivra plus tard une carrière de chanteur solo et ne cessera jamais de diriger les orchestres classiques.

 

C'est donc une vision moderne de l'opéra qui s'offre à nous, que nous savourons avec joie et émerveillement. Après nous avoir fait flotter entre les airs du Barbier de Séville, de La flûte Enchantée et de Carmen, les lumières de la scène s'éteignent et laissent place à une vague d'applaudissements chaleureux et mérités avant que les artistes quittent la scène admirés par un public charmé.

 

Pour cette raffinée et délicate découverte, nous remercions de tout cœur l'attaché de presse Pierre Cordier. Quatre représentations exceptionnelles à venir admirer du 28 au 31 décembre à 21h30 sur la scène de l'Alhambra, 21 Rue Yves Toudic, 75010 Paris - www.alhambra-paris.comDécembre 2019

Le Lac des Cygnes
par l'Opéra National de Kiev

Un spectacle féerique pour les fêtes Le prestigieux Ballet de l'Opéra National de Kiev fait renaître le magistral Lac des Cygnes au Théâtre des Champs-Elysées du 24 décembre 2019 au 5 janvier 2020. Le célèbre haut lieu du classique à Paris programme l’œuvre de Tchaïkovski exécutée par le Ballet de l’Opéra National de Kiev, en collaboration avec l’orchestre Hexagone.

 

Après la mise en scène du triomphal Casse-Noisette, c'est sous la direction de Viktor Oliynyk, lauréat des concours internationaux les plus prestigieux, que la troupe de l'opéra ukrainien nous offre une prestation grandiose. Connu pour ses ballets à couper le souffle et ses danseurs d'excellence, l'Opéra National de Kiev déploie à travers le monde entier sa renommée et sa grandeur, que nous avons hâte d'aller applaudir sur la splendide scène parisienne du Théâtre des Champs-Elysées.

 

Le monde des arts, du spectacle et de la presse est venu nombreux ce soir de générale, contemplant l’architecture unique de cette belle salle parisienne. Le silence se fait, le ballet commence, sa narration est bien connue. Selon le livret de Begitchev tiré d’un conte allemand, le Prince Siegfried fête sa majorité. Sa mère lui annonce que dès le lendemain, à l’occasion du bal organisé pour son anniversaire, il devra choisir épouse. Marri, il se rend nuitamment en forêt avec son arbalète. Voulant tirer au bord d’un lac sur une nuée de cygnes, il s’arrête, tombant ébahi devant la beauté d’une femme vêtue de plumes. Il s’agit d’Odette, princesse cygne, qui a subi un sort. Ils tombent amoureux. La fin est tragique et nul besoin de la révéler tant Le Lac des Cygnes constitue un – sinon le – classique universel du ballet.

 

Le Ballet de l’Opéra de Kiev offre son premier Lac des Cygnes en Espagne en 1986 et depuis, n’a eu de cesse de se produire à l’étranger avec plus de 500 représentations toujours aussi légendaires. Le ballet est à ce jour le plus joué par la compagnie à l’international, que l'on aura la chance d'admirer pour 16 représentations à l'occasion des fêtes. Toujours autant appréciée, cette œuvre métaphorique, romantique et immortelle traverse les époques et a su marquer les esprits grâce à sa technicité et son univers profondément classique et maîtrisé repris ici par les chorégraphies de Valery Kovtun.

 

Le plus prestigieux et populaire Opéra d'Ukraine compte déjà 24 ballets à son actif constitués de diverses inspirations et consciencieusement travaillés par les plus grands compositeurs et chorégraphes. On y retrouve des inspirations de différents genres et cultures, comme les danses occidentales par exemple, et c'est cela qui crée le caractère unique des spectacles produits par l'Opéra National, composé de 150 talentueux danseurs. Un amour impossible, un prince terrestre et une princesse cygne: ce sont tous ces éléments que Valery Kovtun a décidé d'orchestrer pour rendre un magnifique hommage au vibrant Tchaïkovski. Il ne nous reste plus qu'à attendre avec impatience ce rendez-vous haletant qui promet d'être fabuleux.

 

L’institution ukrainienne revient à l’Alma un an après avoir interprété un autre classique de Tchaïkosvki, Casse-Noisette, sur lequel nous avons publié en ces pages. La chorégraphie, par Valéry Kovtun, reproduit fidèlement celle, originale, de 1877. L’ensemble – la chorégraphie, le décor, l’interprétation musicale – est volontairement classique, mais d’une qualité exceptionnelle, avec la rigueur et l’excellence toutes militaires propres aux formations issues de l’ex-empire soviétique. D’ailleurs, comme nous le rappelle le magnifique dôme de ce monument de l’architecture et de l’ornementation Art déco, les beaux-arts constituent une chose bien trop sérieuse pour les abandonner à l’approximation.

 

La joie et l’émotion artistiques furent grandes lors de cette représentation. Il s’agit d’un spectacle idéal pour la période des fêtes, qui nous ravira tous : spécialistes ou profanes, adultes ou enfants. L’agente de presse spécialisée spectacles Sylvie Desnouveaux a la gentillesse de nous inviter à sa générale le 23 décembre, nous avons goûté à un fin spectacle. Une oeuvre magique qui se tient du 24 décembre 2019 au 5 janvier 2020 au Théâtre des Champs-Elysées, 15 rue Montaigne, 75008 Paris - www.theatrechampselysees.fr, pour visionner les extraits du spectacle rendez-vous sur Théâtre Champs-Elysées Le Lac des Cygnes – Décembre 2019

Le Presbytère
par le Béjart Ballet Lausanne

Un ballet mythique La saison est déjà bien entamée et déjà nos regards se tournent vers les spectacles parisiens de ce Noël. Parmi les propositions foisonnantes de réjouissances en tout genre, l’un se distingue, à savoir les représentations annoncées - et attendues - du célèbre ballet Le Presbytère, produit sur la scène du Palais des Sports de Paris, pour quatre dates exceptionnelles, les 31 octobre, 1, 2 et 3 novembre. Nous avons hâte de découvrir un tel spectacle, qui laissera, nous en sommes sur un vif souvenir riche d’émotions.


L’incontournable Béjart Ballet Lausanne de feu Maurice Béjart nous livre ici une performance atypique, car ce ballet fait figure d’Ovni dans les répertoires très classiques des compagnies internationales de danse, il est depuis devenu un classique. Présenté en première à Lausanne en 1996, il est crée en France en 1997 au Palais National de Chaillot. 5 ans après sa dernière représentation en France, il est livré à nouveau à l’admiration du public parisien. Dès la scène d'ouverture, l'émotion et l'impression de grandeur prennent le spectateur par les tripes en observant tous les danseurs allongés au sol, cachés sous de grands draps blancs, se redresser peu à peu sur la musique de Queen « It's a beautiful day ». C'est alors une annonce majestueuse et pleine de volupté que nous fait la troupe à travers une chanson vigoureuse et puissante les accompagnant parfaitement comme une longue balade musicale douce et forte à la fois.

 

Il n'est pas simple de définir ce ballet tant il est éclectique et électrique. C'est un spectacle fougueux et énergique, radicalement épuré, donnant toute sa force au langage des corps, des sons et des couleurs. Sous les chorégraphies somptueuses et rythmées du maître Béjart et des lumières de Clément Cayrol, c’est un festin visuel et sonore qui nous est partagé, associant des titres de Queen, de Mozart et des costumes graphiques de Versace. L'alliance entre classique et rock crée une ambiance singulière et offre au ballet une double dimension. Il n'est pas commun d'observer un mélange de genre si puissant. On pourrait croire que tout les oppose : l'un au service de l'élégance et de la douceur et l'autre comme symbole de rébellion et de vigueur, et pourtant ce splendide ballet nous livre un mariage de styles digne d'être célébré. Il n'est pas question ici de vanter l'un au détriment de l'autre, bien au contraire le chorégraphe offre au spectateur de participer au rendez-vous entre les genres. Éclos alors sous nos yeux ébahis une multitude de chorégraphies abordant différents thèmes revisités par la danse de Béjart. En effet, plus qu'un spectacle de danse, ce ballet et aussi porteur d'un message : il questionne et dénonce l'amour, le désir et les relations entre chacun à l'époque du sida.

 

Tout est amené avec brio et subtilité grâce à la finesse de la chorégraphie et au choix des chansons abordant tantôt des aspects plutôt dramatique, joyeux, festif ou même romantique. Gil Roman marie adroitement une structure classique à une autre contemporaine s'enchaînant sur une mécanique juste et tumultueuse à la fois. Il a su poursuivre l’excellence Béjartienne, il intègre le ballet en 1979 et on remarque ses propres chorégraphies distinctives, telles celles de L’Habit ne fait pas le Moine (1995). On aime et on ne peut qu'admirer la manière dont chacun sur scène est animé par le besoin de danser, permettant alors de nous livrer un show épatant certes, une technique maîtrisée, sans aucun doute, mais surtout de l'émotion. Tout cela est traduit par la passion que l'on peut percevoir ancrée à leur chair et que l'on devine essentielle aux danseurs comme aux spectateurs.

 

Les 40 danseurs dirigés par Gil Roman, lequel succède à Béjart depuis 2007, donnent toute leur énergie pour célébrer un tel moment de danse contemporaine, un opus vivant et brut conçu comme un hommage au danseur argentin Jorge Donn, célèbre étoile de la troupe Béjart. L'hommage est vrai et puissant. Nous voyons lentement descendre un écran sur la scène dans les dernières minutes du spectacle tandis que la lumière s'éteint et que les danseurs se rangent sur les côtés de la scène pour laisser place au visionnage d'une chorégraphie de Jorge Donn sur la musique I want to break free. La simplicité de cet hommage en fait une révérence touchante car le chorégraphe choisit de nous laisser admirer l'ancien danseur de la troupe de Béjart dans toute sa splendeur, aucun artefact, aucun élément superflu, la mémoire du danseur est purement honorée.

 

C'est donc un spectacle aussi flamboyant visuellement que techniquement que nous avons l'honneur et le plaisir d'applaudir pendant plus de quatre minutes au sein d'une standing ovation très largement méritée. Il est maintenant sûr que l'on se souviendra avec bonheur de ce moment d'élégance et de sincérité qui nous a véritablement touché et impressionné.

 

Certainement l’un des ballets les plus remarqués de la rentrée, à découvrir dans la grande salle du Dôme de Paris. Nos vifs remerciements s’adressent à l’agent de presse spécialisé Xavier ChezLePrêtre et à notre rédactrice Zoé Clergue. Photographies Grégory Batardon et Ilia Chkolnik. Un évènement qui s’est tenu ce 1er novembre 2019 au Dôme de Paris, 34 Boulevard Victor, 75015 Paris - www.palaisdessports.com et www.bejart.ch - Novembre 2019

Ercole Amante
à l'Opéra-Comique

Un opéra fantastique revisité Il est parfois de ces instants privilégiés et exceptionnels: comme être invités à la pré-générale d’un opéra, c’est à dire à l’ultime répétition d’une production, sans public. Vivre ce moment inédit à l’Opéra Comique de Paris, avoir toute la Salle Favart pour soi, rien de plus grandiose dans la capitale, c’est presque magique.

 

C’est ainsi qu’en ce 1er novembre, nous pénétrons tels des enfants devant un sapin de Noël par la porte des artistes de cette grande salle de spectacles lyriques parisiens, afin d’assister à la dernière production de l’institution, Ercole Amante, signée de la direction musicale experte de Raphaël Pichon et sous la co-réalisation audacieuse de Valérie Lesort et de Christian Hecq, déjà remarqués avec leur Domino Noir, un sublime opéra modernisé présenté en ces murs et sur lequel nous avions écrit en ces mêmes lignes. Sous la direction d’Olivier Mantei depuis juin 2015, l’Opéra Comique connaît une riche programmation renouvelée et d’avant-garde et le démontre ici à nouveau.

 

Une grande production de l’Opéra Comique nous est présentée ce soir, en coproduction avec le Château de Versailles et l’Opéra National de Bordeaux, elle nous est donnée à voir en 3h30 avec un entracte. Un feu d’artifice d’émotions lyriques étonnantes, portées par le Choeur et Orchestre Ensemble Pygmalion et un Nahuel di Perro remarquable en Ercole.

 

Nous prenons place dans l’immense salle baroque, accompagné d’un petit comité seulement, des happy few qui vont pouvoir se réjouir en primeur de cet opéra composé d’un prologue et de 5 actes, créé en 1662 aux Tuileries, sur l’instigation de Mazarin pour les noces de Louis XIV, roi qui sera aussi sous les bonnes auspices de la création de l’Opéra Comique lui-même, la boucle est bouclée ce soir.

 

Un opéra de l’italien Francesco Cavalli, chanté en italien et sous-titré en français et en anglais, qu’il nous est donné à voir de façon exclusive et privilégiée, nous voilà déambulant sous les ors de la salle magnifique, toute revêtue de rouge. Le moment est délicieux, c’est une première pour nous.

 

Une œuvre rare, qui inspirera Lully, montée ici de façon flamboyante et brillante, une œuvre servie par des décors atypiques de Laurent Peduzzi et des costumes (et machines) de Vanessa Sannino. Préalablement à chaque représentation, le public pourra aussi recevoir une présentation conférencée de l’oeuvre ou s’exercer à chanter comme Hercules. On aime la fonction sociale de l’Opéra Comique, que nous trouvons plus démocratique que l’Opéra National de Paris.

 

L’enjeu pour les metteurs en scène résidait ici dans la difficulté de faire voir et comprendre au public de 2019 un opéra créé dans une séquence historique précise – les noces de Louis XIV avec L’Infante d’Espagne, scellant tout à la fois le triomphe de la France, première puissance de l’époque, et l’union des deux monarchies – et convoquant des références culturelles désormais abstruses (le livret est inspiré tout à fois des Trachiniennes de Sophocle et des Métamorphoses D’Ovide, plus guère lus).

 

Valérie Lesort et Christian Hecq s’en sortent magistralement, conservant les codes de la tragédie antique, dont la triple unité, notamment de lieu (un seul décor), tout en adaptant Hercule Amoureux au corpus symbolique contemporain. Il s’ensuit une mise en scène formidable, tout à la fois baroque et surréaliste, volontairement kitsch et décalée, qui nous fait penser volontiers à un Alice au Pays des Merveilles version 2.0. Colonnes grecques et angelots côtoient zombies extraits de la nuit des morts vivants et monstres semblables à ceux des séries japonaises. Il y a en outre une abolition très bien sentie entre le décor et les personnages, les éléments de celui-là étant parfois littéralement habités par ceux-ci.

 

La musique est quant à elle sublime et magistralement interprétée. Ercole Amante est une très belle oeuvre, au sens le plus premier et le plus strict des mots, qui ravira donc aussi l’oreille des profanes. Il en est alors parfois des opéras oubliés comme des légumes éponymes: peuplés de saveurs peu communes et qui nous ravissent.

 

Pour cette vibrante découverte lyrique, nos remerciements s’adressent à Alice Bloch, attachée de presse de l’Opéra Comique ainsi qu’à notre rédacteur Maître Frédéric Forgues, Avocat au Barreau de Paris. Photographies de Stefan Brion. L’Opéra Comique, une grande institution du lyrique à Paris, établi avec brio depuis 1714 à Place Boieldieu 75002 Paris - www.opera-comique.com - Novembre 2019

L’Orchestre des Champs-Élysées
au TAP de Poitiers

Un grand concert classique en Province Nous nous aventurons volontiers en Province dès que cela est possible afin de sortir du parisiano-centrisme de la création classique française. Pour notre grande première au TAP de Poitiers, nous sommes servis d’un programme éclectique: un récital dédié à Beethoven, en présence de l’Orchestre des Champs-Élysées (en résidence en Nouvelle Aquitaine et associé au TAP, fêtant cette saison sa 25ème année d’existence), accompagné avec brio de l’un des pianistes russes authentiques les plus en vue: Yury Martynov, fin spécialiste de Beethoven et des claviers d’époque, ici en l’occurrence du pianoforte. Une jolie promesse de réjouissances nous est faite.

 

Qu’il est agréable de se rendre au TAP ce soir là, sillonnant ces rues piétonnes illuminées de Poitiers, dans un centre historique magnifiquement rénové et rendu aux piétons. C’est sur les murs d’un ancien bâtiment que s’élance désormais cette imposante structure innovante que Le Corbusier n’aurait pas reniée. Une œuvre détonante signée de l’architecte portugais João Luís Carrilho da Graça, qui joue d’une habile opposition avec l’architecture millénaire du centre ville, fière contribution du 21ème siècle au plateau historique de Poitiers.

 

Nous découvrons tels des enfants devant un cadeau de Noël cette architecture cubique et résolument avant-guardiste qui contraste volontairement avec le paysage de cette ville historique aux 100 clochers. C’est en ces murs illuminés que l’ancien et le moderne vont se rejoindre, pour la création d’émotions inédites, dans le Grand Auditorium de ce nouveau lieu culturel du Grand Ouest de la France.

 

Nous entrons dans cette spacieuse salle résolument chaleureuse, toute de bois clair revêtue, avec cette proximité avec les auditeurs, marquée par la circularité du public qui peut ainsi avoir un 360 degrés sur la scène, configuration de plus en plus populaire dans les salles de concert en France, à l’instar de la Philharmonie de Paris sur laquelle nous avons écrit en ces lignes. Les poitevins sont venus nombreux ce soir là, au point que la presse a même du mal à s’y placer.

 

Au programme, la célèbre Symphonie N°1 en ut majeur qui fera l’introduction, suivie du Concerto pour piano et orchestre N°1. Deux primes œuvres du jeune Beethoven s’installant à Vienne qui seront jouées ici avec brio par l’OCE, sous l’habile direction de son premier violon, Alessandro Moccia, en absence de chef d’orchestre donc.

 

On aime cette fonction fondatrice populaire du Théâtre-Auditorium de Poitiers: 5 minutes avant le concert, une annonce informe l’assistance que la salle est dénumérotée, nous permettant de nous replacer librement. Nous voilà ainsi au premier rang, en premières loges d’un magnifique spectacle. Saluons le dynamisme culturel et musical de la Nouvelle-Aquitaine, qui démontre que spectacle et créativité rythment aussi avec la Province. Nous n’avons que trop parlé des spectacles parisiens, nous avons plaisir à couvrir ce concert à Poitiers. Les grands pans de bois des accès se referment afin de préserver l’acoustique des lieux, l’évènement peut prendre place dans un doux cocon de bois tendre.

 

La virtuosité sarde préside au jeu du premier violon Alessandro Moccia, qui d’un doigté remarquable, mène le bal. Fougue et tempétuosité marquent ce premier mouvement, justement donné en ouverture magistrale. Cet Orchestre des Champs-Elysées est spontanément attachant: il joue merveilleusement bien, d’autant plus qu’il est rendu accessible par cette proximité au public et servi par une acoustique irréprochable.

 

On notera la puissance et la finesse du jeu de tous les violons qui jouent comme un seul corps. Pas de piano sur cette Symphonie, la rendant toute aussi légère qu’enchanteresse. Nous sommes résolument dans un thème héroïque si cher à Beethoven. Le 2ème mouvement sera plus printanier et romantique, le 3ème est du domaine du fantastique. On remarquera le jeu puissant de la musicienne percussionniste de cette formation. Le premier violon italien a plaisir à jouer, cela transparaît dans tout son être sur scène et il nous communique sa joie non dissimulée.

 

A l’entracte, apparaît sur scène le pianoforte, revêtu d’acajou. Il sera l’instrument de la réussite du pianiste russe pour ce Concerto pour piano et orchestre N°1. Apparaît le grand Yuri, vêtu d’une chemise grise de gala slave. Le 1er mouvement est lancé et le son du pianoforte se marie à merveille avec le reste de la formation. Tout en finesse et en grâce, le maestro russe nous livre une démonstration de talent inné. Sans micro dans la salle, nous apprécions un son premier pur et vif qui donne toute son expression à la partition du maître Beethoven, laquelle laisse une belle place au soliste. Cet opus marque déjà les mouvements beethovéniens si reconnaissables, une œuvre précoce qui dénote un style unique. Nous voici aux premières loges de l’excellence et de la grâce, attentifs à chacun des mouvements du pianiste émérite.

 

Le second mouvement est des plus romantiques, avec ce jeu dextre du pianiste russe qui élève les coeurs vers des cieux élégiaques. Le sarde virtuose lui répond et rythme l’orchestre des mouvements de son archet, avec bienveillance et mesure. Le troisième mouvement est énergique et grandiose, il fait feu de tous les instruments. Quelle orchestration magnifique, un jeu précis et coordonné nous est livré, franc et sincère. Sous les applaudissements, le maître russe exécute un solo de Beethoven remarquable sur pianoforte. L’essence de cet art nous est livré à nu. Comme clin d’oeil à sa culture, Yuri nous donne également le jeu d’un air russe célèbre pour achever cette belle soirée en beauté.

 

Nous aurons grand plaisir à retrouver l’Orchestre des Champs Elysées en ces mêmes lieux le 10 novembre pour un concert placé sous la direction de Philippe Herreweghe, dédié à Brahms et Bruckner. Notons que le TAP accueillera dans sa programmation classique le Quator Arod le 14 novembre. Pour cette belle découverte culturelle, nos remerciements s’adressent à Ingrid Gouband du TAP. Le Théâtre-Auditorium de Poitiers, une institution culturelle dynamique et Scène Nationale établie depuis 2008 au 6, rue de la Marne 86000 Poitiers - www.orchestredeschampselysees.com et www.tap-poitiers.com - Octobre 2019

Le Festival Les Coréades
par le CoRéam

Du beau classique en Province Qu’il est agréable de sortir de Paris et de vivre d’intéressants moments de classique de qualité en Province. En Nouvelle Aquitaine, le dynamique CoRéam (subtil jeu de mots conçu avec corps et âme) nous fait cette année encore la démonstration de la passion fraîche et vivifiante qui anime ce groupe de fiers amateurs aux talents remarquables et nous réjouit de la 25ème édition de leur Festival des Coréades, réchauffant de hauts lieux architecturaux du Poitou-Charentes de sonorités et d’émotions classiques.

 

Saluons cette troupe de joyeux troubadours qui pendant un mois cet automne, ont sillonné les routes de Nouvelle Aquitaine, de Poitiers à Angoulème, La Rochelle ou Mérignac, produisant cette année nombre de concerts intimistes notamment sur l’axe La Rochelle, Niort, Poitiers. Rare est démontrée autant d’énergie itinérante au service d’une mission: donner à tous l’accès à la culture de la musique classique.

 

Une telle initiative riche de créativité est rendue possible grâce à l’action continue de son émérite directeur artistique et chef d’orchestre Jean-Yves Gaudin (1er Prix de Direction d’orchestre ENM Paris 1978). Flamboyant et généreux, il mène cette entreprise désintéressée d’une main experte, assisté de fidèles collaborateurs associatifs. En association avec la Philharmonie Nationale de Roussé de Bulgarie dont il est proche, ce festival itinérant dynamise la présence culturelle du classique dans l’Ouest de la France, avec toujours cet objectif: offrir des sorties classiques familiales accessibles à tous. Notons sur ce point la gratuité aux moins de 16 ans.

 

Crée en 1982, cette association CoRéaM (pour Collectif Régional d’Activité Musicale) force le respect: 250 membres, plus de 100 concerts à son actif, 2 festivals annuels (les Coréades et le Bach à Pâques – qui n’est pas programmé cette année, espérons qu’il le sera l’année suivante -). On se souviendra de l’opus sur Verdi en 2012 qui a rassemblé 5500 spectateurs. En sus de son activité de formation, cette organisation conserve une riche bibliothèque de textes pour les chorales de France.

 

Au programme des réjouissances de cet automne, un foisonnement d’amabilités symphoniques: Dvorak, Massenet, Schumann, Liszt et bien sûr Brahms lequel donne le fil directeur de ce festival haut en couleurs et en passions: Voyages avec Brahms, lequel, avec ses amis Robert et Clara Schumann, étaient de fins voyageurs européens. Deux ensembles vocaux remarquables accompagnent cette odyssée charanto-poitevine: Bois d’Amour sous la direction de Jacques Richard et Polymnie sous la direction de Fabrice Maurin, accompagnée au piano de Massanori Kobiki.

 

En ce 15 octobre, nous sommes conviés à Poitiers, ville charmante et au coeur historique rénové qui est le siège d’édifices remarquables. C’est à deux pas de l’imposante Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers que l’assistance afflue, à l’Église Sainte-Radegonde, qui sera l’écrin privilégié des festivités du soir. Ein Deutsche Requiem de Brahms est donné, tout un programme, en présence des solistes français Fabienne Conrad soprano et Matthieu Lécroart, baryton. Ils seront secondés par une grande chorale en formation conjointe: l’Ensemble Choral Régional du CoRéaM, l’Ensemble Chorus 17 et les Accords Libres de Mérignac.

 

En ce doux soir d’octobre, qu’il est agréable de déambuler de nuit dans le centre historique de Poitiers et de contempler ces vieilles pierres historiques subtilement illuminées. Nous pénétrons dans l’Église Sainte-Radegonde, célèbre figure de Poitiers, fondatrice du baptistère Saint-Jean de Poitiers situé à quelques pas. Nous saluons le porche du 11ème siècle et la nef du 13ème siècle, sous nos pas, une crypte du 6ème siècle. Un lieu propice au répertoire qui est donné ce soir: Ein Deutsches Requiem, qui n’en est pas un réellement mais qui est l’interprétation libre du protestant Brahms et qui sera chanté en allemand, suivant un air proche de celui du français Fauré. Un opus écrit en 7 parties, dont la 5ème est ajoutée après la disparition de sa mère, qui sera chantée par la soliste soprano. L’assistance est venue nombreuse ce soir là.

 

De retour de ce même concert présenté à Angoulème quelques jours avant, nous découvrons une chorale au grand complet et tout sourire, accompagnée d’un orchestre philharmonique expert, celui de Roussé, qui honore le festival de sa 23ème participation continue. Nous prenons place au premier rang, gentil privilège pour la presse et nous pouvons admirer l’orgue rutilant et sa charpente métallique restaurée, certainement l’un des plus beaux d’Aquitaine. Nous sommes impressionnés de voir un orchestre et chorales aussi complets, cordes, cuivres, harpe, rien ne manque. La disposition de l’église accentue cet effet intimiste, nous sommes à un petit mètre des artistes.

 

Le premier mouvement est chaud et grave, on remarque le chef d’orchestre grand patriarche qui dirige ce grand ensemble d’une main de maître. L’acoustique de l’église donne un résultat confortable. Le choeur fait la démonstration de sa vitalité, même s’il est composé principalement de femmes à l’âge émérite. L’ouverture est magistrale, sans les violons dans cette introduction pour plus de tendresse partagée.

 

Le deuxième mouvement marque une envolée lyrique, nous songeons volontiers à un Christmas Carol, annonçant les festivités de Noël qui sont là dans un mois. Le troisième mouvement salue l’entrée du baryton lequel révèle une puissance vocale impressionnante, il vit son texte et le chante avec clarté, nous sommes en présence de l’un des grands barytons français assurément, donnant la mesure de l’un des nos mouvements préférés de ce Requiem. Le 4ème mouvement sera similaire au deuxième, la première violoniste du Roussé seconde le chef d’orchestre avec application et tous les musiciens sont d’un très bon niveau de précision et d’expression.

 

Le 5ème mouvement laisse place à la démonstration de Fabienne Conrad qui manie sa voix avec puissance et douceur. Étincelante de bijoux et en grande robe de bal, elle nous fait penser à une Callas qui se révèle, le charme opère sur un public conquis. Fabienne Conrad a illuminé la soirée de sa présence et de son talent confirmé. Le 6ème mouvement sera puissant et fantastique, l’orchestre bulgare donnant toute son énergie, pour une finale grandiose.

 

Un concert servi en apothéose qui achève ce riche festival, la dernière représentation étant donnée dans la Cathédrale Saint-André de Bordeaux ce 17 octobre. On pourra retrouver la remarquable soprano Fabienne Conrad en France le 10 novembre 2019 pour les Airs d'Opéras à la Tour Eiffel et le 31 décembre pour le concert du réveillon à la Tour Eiffel, puis en 2020, jouant Leonora dans le Trouvère, Marguerita & Elena dans Mefistofele et autres actualités à suivre sur son site www.fabienneconrad.com.

 

L’année prochaine, le festival des Coréades sera sous l’augure de Puccini (Messa di Gloria) et d’Edard Grieg (Olav Trygvason), nous aurons plaisir à revenir, notamment pour admirer ces beaux édifices dans lesquels les concerts du CoRéaM sont donnés. Pour cette découverte artistique très plaisante, nos remerciements s’adressent à Yasmine Gontard du CoRéam. Le CoRéaM, une formation vocale et musicale régionale de qualité, établie avec brio au 12 rue Joseph Cugnot 79000 Niort - www.coream.org - Octobre 2019

L'Opéra en plein air - Tosca

Un opéra dépaysant et magique Chaque été, nous ne pouvons manquer notre petit rituel qui marque l’ouverture des réjouissances estivales: l’Opéra en Plein Air, dont les premières dates ont lieu traditionnellement au majestueux Château de Sceaux, dans le parc de 180 hectares commandité par Colbert à Le Nôtre, Perrault et Le Brun. Cette année, au détriment d’une météo capricieuse, nous devons renoncer à être présents aux premières des 14 et 15 juin, c’est aussi cela l’aléa du plein air.

 

Après une date dans le sud à la Cité de Carcassonne (un haut lieu historique que nous aimons visiter chaque été), revoici la fine équipe de cet opéra ambulant unique en France de retour au Château de Saint-Germain-en-Laye, après une escale préalable au Château de Vincennes.

 

En ce samedi 6 juillet, nous nous retrouvons face à la large esplanade qui surplombe Paris, à côté des jardins dessinés par Le Nôtre, là où se dresse fièrement le Château-Vieux de Saint-Germain, dont la première construction remonte à 1124. L’histoire nous contemple depuis ses hautes pierres, le coucher de soleil sur la scène face au sud l’anime d’une lumière particulièrement romantique.

 

Quoi de plus opportun que de venir voir cet opéra Tosca ici à Saint-Germain, là où se situa le fameux duel du Coup de Jarnac, comme un écho lointain à l’intrigue, l’honneur et la passion de cette narration dramatique et romancée de l’oeuvre opératique de Giacomo Puccini.

 

Le foule est venue nombreuse ce soir, comme à chaque édition, cet opéra au format inédit en France rencontre un succès inaltéré depuis sa création en 2001. En tête d’affiche, Agnès Jaoui, la célèbre metteuse en scène et comédienne, attire certainement un large public. Elle signe ici sa première mise en scène d’opéra, elle qui est aussi chanteuse lyrique, un volet méconnu de son riche talent d’artiste française.

 

Nous voilà partis pour 2h30 de spectacle dont 20 minutes d’entracte. Un festival interrompu d’arts lyriques d’excellence, marquant de sa haute tenue un niveau digne des grandes productions internationales. Dans ce mélodrame riche et complexe, à rebondissements inattendus, écrit pour Sarah Bernhardt, on y découvre les amours et les jalousies de Tosca, célèbre cantatrice, de son amant peintre et une terrible police qui va semer la discorde dans ces idylles chancelantes.

 

Quel brio cet opéra Tosca, créé le 14 janvier 1900 à Rome. 3 actes tirés de la pièce de Victorien Sardou, qui fût aussitôt un échec, avant que la Scala de Milan le reprenne. En 1903, l’Opéra Comique le présente en France et le succès naît, avant de devenir un opéra mythique.

 

L’action se déroule en 1800 sous la république romaine des français. Floria Tosca maîtresse du peintre et cantatrice jalouse est au coeur d’un mélodrame devenu célèbre. Maria Callas fût l’une des grandes interprètes de ce magnifique rôle de 1942 à 1965, il sera aussi son dernier rôle sur scène. Cet opéra évoque le film Tosca de Jean Renoir de 1941. Il apparaît dans le James Bond Quantum of Solace dans son 1er acte pour les cinéphiles contemporains.

 

Le travail d’Agnès Jaoui est remarquable. On note ces écrans géants qui permettent de changer de décor avec simplicité, une innovation plaisante. La scénariste césarisée a travaillé avec rigueur et générosité pour cette mise en scène, en essayant de casser les codes pour livrer un opéra plus vrai et sincère. Elle qui a hésité entre le lyrique et la comédie est aussi membre de l’ensemble vocal Canto Allègre qui a publié quatre disques, le premier étant Canta en 2000.

 

Elle fût épaulé par Yannis Pouspourikas à la direction musicale. Du Conservatoire de Genève, ce chef associé à l’Opéra d’Essen et de Zurich, ancien chef assistant à l’Opéra de Paris, élève de Sir Simon Rattle et chef invité à l’Opéra de Sydney a dirigé les Noces de Figaro en 2017 pour l’Opéra en Plein Air. Il renouvelle cette saison son attachement pour une telle aventure humaine et lyrique hors normes.

 

Le grandiose succède à l’émotion dans ce chef d’oeuve porté par une troupe talentueuse, bien coordonnée et jouant en harmonie parfaite. Aucun temps mort ici, l’oeuvre fidèle à son créateur est portée à un niveau remarquable par l’énergie qui s’empare de la scène et qui communique à son public une belle émotion sensorielle. Le cadre majestueux et le plein air ajoutent à cette féerie théâtralisée, le son pur s’égaye dans la nuit. Un spectacle rêvé et charmant.

 

La scénographie de Philippe Miesch est une épure qui laisse place à l’action et à la narration. La maîtrise des Hauts de Seine, dirigée par Gaël Darchen ajoute une fraîcheur à l’émotion sonore qui anime cet opéra. Les costumes de Pierre-Jean Laroque répondent au classicisme intemporel de cette grande pièce opératique.

 

Nous distinguerons la soprano Ewa Vesin (en alternance avec Deniz Yetim) dans le rôle de Tosca, tout simplement merveilleuse. Elle fût remarquée dans ses rôles dans Halka et de Vitellia dans Clémence et Titus. Le ténor Paolo Scariano émerveille dans le rôle de Cavaradossi, donnant la réplique à Tosca. Enfin, le baryton niçois Jean-Luc Ballestra impressionne dans son rôle du baron Scarpia, chef de la police.

 

Une distinction sera donnée au premier violon de l’orchestre Anne Gravoin, célèbre violoniste de Montauban issue d’une père violoniste de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Elle fût remarquée par ses collaborations innovantes avec Laurent Voulzy, Nolwenn Leroy, Alain Souchon ou encore Véronique Sanson.

 

On aime dans cet Opéra en Plein Air leur ouverture au grand public, avec des tarifs doux pour un opéra. 2700 personnes sont venues ce soir admirer ce show lyrique gigantesque, devant la belle façade des Loges. L’année dernière avec Carmen de Bizet, ce sont 40 000 spectateurs qui sur 15 représentations ont pu admirer des performance scéniques brillantes sur plus de 7 sites historiques, notre préféré restera certainement celui du Château de Bataille. Nous retrouverons l’opéra-troubadour les 4, 5, 6 et 7 septembre à l’Hôtel National des Invalides.

 

On apprécie aussi la version pour enfants de cet opéra la Pucola Tosca, une innovation de cette saison. Pour cette belle découverte lyrique, nos remerciements s’adressent à l’agent de presse émérite Pierre Cordier et à Caroline Rocher de l’Opéra en Plein Air. L’Opéra en Plein Air, une production lyrique unique en France, établie avec passion au 5 Rue Beaujon 75008 Paris. Photographies: Teresa Suarez - www.operaenpleinair.com - Juillet 2019

Le Lac des Cygnes
par l'Universal Ballet

Un célèbre ballet consacré par l’Asie Le mois de juin est la période rêvée pour bénéficier des derniers grands spectacles parisiens avant la grande pause de l’été. C’est le cas avec le passage à Paris d’une grande compagnie de ballet venue d’Asie où nous sommes conviés. Nous nous y rendons très volontiers, curieux d’assister à une interprétation originale de cette œuvre grandiose, tirée d’une influence asiatique qui donnera certainement à ces tableaux archi-connus un twist inédit.

 

Nous avons hâte de découvrir une interprétation moderne et renouvelée, qui fera penser certainement à un beau tableau des célèbres ballets russes. Un événement de danse original qui fût à découvrir Porte Maillot, le célèbre ballet Le Lac des Cygnes fût à nouveau présent dans la salle magistrale du Palais des Congrès de Paris du 21 au 23 juin 2019 pour quatre représentations exceptionnelles de l’Universal Ballet qui compte parmi les plus prestigieuses compagnies de ballet classique au monde.

 

Cette compagnie très créative, basée à Séoul, remarquée pour son interprétation de Giselle notamment, est composée de 70 danseurs émérites. L’Universal Ballet n’a eu de cesse de gagner en reconnaissance et en réputation depuis sa création en 1984. D’après le New-York Times, l’Universal Ballet est l’une des compagnies de ballet les plus réputées d’Asie. Elle est dirigée par Julia H. Moon, fille du fondateur, qui y fût danseuse étoile depuis 2001.

 

L’Universal Ballet porte bien son nom puisqu’il rassemble des danseurs et danseuses de plus de 12 pays. Son ascension a été consacrée en particulier par le soutien de grands danseurs telle la fondatrice et directrice artistique Adrienne Dellas et son successeur Vinagradov, ancien directeur artistique de l’illustre ballet du Kirov de Saint-Petersbourg. L’Universal s’est notamment illustré sur les scènes internationales avec Don Quichotte et Giselle et dans un registre contemporain avec In The Middle et Somewhat Elevated de Willliam Forsythe.

 

Julia Moon, née aux Etats-Unis, a été formée par le Royal Ballet School de Londres et par l’école Princesse Grace de Monaco. En 1984, elle devient fondatrice de l’Universal Ballet puis directrice générale en 1996. Elle dirige également le Kirov Academy Ballet à Washington DC. Après une carrière internationale, cette célèbre danseuse sud-coréenne dansera la plupart des rôles principaux du répertoire de la compagnie. En 1989, elle est la première danseuse asiatique invitée à se produire au fameux Ballet Kirov de Saint-Pétersbourg où elle incarnera le rôle principal de Giselle, elle dansera également dans Don Quichotte en 1992 et dans Le Lac des Cygnes en 1995. Elle est nommée directrice générale de l’Universal Ballet en 1996.

 

Entre 1992 et 1998, Oleg Vinogradov collabore régulièrement avec la compagnie de Séoul en y apportant son héritage de la tradition classique du ballet russe. L’Universal Ballet devient ainsi leader dans le développement de la danse classique en Corée du Sud ainsi que dans toute l’Asie. Oleg Vinogradov est directeur artistique de l’Universal Ballet de 1998 à 2007 et reste encore directeur artistique d’honneur de la compagnie. Brian Yoo, qui a rejoint la compagnie en 1999 en tant que maître de ballet, devient en 2009 le directeur artistique.

 

Chorégraphié par Oleg Vinogradov et par Brian Yoo, ce Lac des Cygnes présenté à Paris reste le ballet romantique par excellence, d’après l’oeuvre originale de Marius Petipa et Lev Ivanov sur la musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Cette nouvelle version asiatique explore en deux actes les méandres de l’amour éternel en conjuguant l’union de l’harmonie et la grâce de la pensée culturelle asiatique, avec la force et la beauté de la danse classique occidentale. Un mix inédit et poétique que nous avons pu découvrir avec ravissement. Brian Yoo est d’origine chinoise, il rejoint l’Universal en 1999 et en devient maître de ballet, il rejoint la direction artistique en 2000. Il a chorégraphié les ballets coréens The Love of Chunhyang et Paganini Rhapsody.

 

Le formidable ballet Le Lac des Cygnes fut originellement créé à Moscou en 1877, sur une partition commandée à Tchaïkovski, la première de ses trois plus célèbres créations. Cette première production dirigée par Julius Reisinger fut un échec. Il fallut attendre la mise en scène de Marius Petipa et Lev Ivanov créée au Théâtre Mariinsky, à Saint-Pétersbourg, en 1895, pour que Le Lac des Cygnes reçoive son succès mérité. Au fil des ans, des changements furent apportés au ballet par l’équipe du Théâtre Mariinsky. Les plus notables furent ceux de Constantin Sergueïev en 1950. La version dansée par l’Universal Ballet comprend également des révisions apportées par Oleg Vinogradov qui succéda à Sergueïev en tant que directeur de la compagnie de ballet au Mariinsky.

 

Très annoncé, nous avions hâte de découvrir la toute première de l’Universal Ballet à Paris, l’une des rares manifestations parisiennes de l’un des plus prestigieux ballets d’Asie et certainement le premier de Corée. Quatre représentations exceptionnelles vont ravir le public parisien venu nombreux, fin spécialiste des ballets vu le nombre de représentations de niveau à Paris produites à Paris.

 

Nous sommes charmés de voir pour la première fois l’expression fine de la maîtrise asiatique de cet art dansé, telles des peintures humaines où l’harmonie et la précision célèbrent la tradition ancestrale de l’Asie pour la danse. Il est même étonnant que l’Asie n’ait pas plus de représentativité en ce domaine, l’Universal Ballet comble cette lacune.

 

Sous une chorégraphie de l’émérite Oleg Vinogrador, nous découvrons les tableaux impressionnants dressés par les danseurs et danseuses énergiques du ballet Coréen. Précision, contrôle et grâce marquent ces tableaux chatoyants ou graves qui sied bien à l’oeuvre mondialement connue de Piotr Tchaikovski, sinon l’un des plus connues du répertoire classique russe. Les costumes seront dans la tradition classique, le décor résolument baroque, un tout harmonieux et cohérent, visant l’excellence et la fidélité à l’oeuvre originale.

 

Dans la plus pure tradition du ballet européen, force et contrôle s’expriment sous les doux pas des danseuses, sublimant les célèbres tableaux du Lac des Cygnes (ou Swan Lake en anglais), désormais entrés dans l’image populaire des ballets classiques. Un haut niveau dansé qui nous enchante. Nous voilà partis voyageant dans un joli conte de fée surréaliste typique de l’imaginaire russe. La Russie et l’Asie nous livrent ici une ode stylisée, un hymne au superbe. Un entracte mérité nous permet de nous remettre d’autant d’émotions.

 

La chorégraphie initiale a été retouchée pour lui donner plus de modernité, elle révèle la pate experte d’Oleg Vinagrador et de Brian Yoo. La scénographie de Simon Pastukh laisse place à l’expression des corps des danseuses, mises en avant et mises en lumière avec beauté par Kyoungwon Seo. Les costumes de Galina Solovieva reprennent la tradition du classicisme russe.

 

La Valse, la Polonaise, la Danse Espagnole ou Hongroise, sans oublier la Mazurka ou le célèbre Pas de Trois, tout y est dans cette consécration vivante de la maîtrise excellente du ballet. Odette sera jouée par Misun Kang, donnant la répartie à Konstantin Novoselov qui danse Siegfried. On distinguera Jiwon Choi pour sa très belle interprétation de la Reine et Seungyun Seo pour sa danse remarquable des petits cygnes.

 

Pour cette belle découverte dansée, nos remerciements s’adressent à l’agent de presse spécialisée Sylvie Desnouveaux. Un spectacle magistral donné au Palais des Congrès au 2 Place de la Porte Maillot 75017 Paris, une belle production signée ValProd. - www.lelacdescygnes.valprod.fr et www.universalballet.com – Juin 2019

Ariane à Naxos
au Théâtre des Champs-
Élysées

Un opéra dynamique et moderne Une fois par trimestre, nous nous réjouissons à nous rendre au Théâtre des Champs-Élysées, haut lieu historique des représentations classiques internationales présentes à Paris. Parmi la riche programmation de cette salle d’exception de 1905 places construite par Auguste Péret, notre choix s’est porté sur un opéra annoncé à grand renfort de communication, l’Ariadne auf Naxos du compositeur allemand Richard Strauss. Notre œil est attiré par ces lumières modernes, cette mise en scène annoncée. Enfin un opéra qui connaît un renouveau stylistique.

 

Il s’agit d’une production d’exception, regroupant de grands noms internationaux du lyrique. Ainsi Ariane sera incarnée par la soprano finlandaise Camilla Nyland, une grande interprète straussienne, Olga Pudova, soprano russe personnifiera la tonitruante Zerbinette, Jean-Sébastien Bou, baryton français, sera le maître du musique.

 

Ariane à Naxos est un opéra écrit à l’apogée de l’art straussien. On lui connaît deux versions, celle de 1912 présentée à Stuttgart qui fait jouer une pièce de Molière et celle de 1916 avec son prologue ajouté, présenté à Vienne, la version la plus jouée aujourd’hui. Revisitant la tradition viennoise de l’opéra de caractère, Strauss y fait jouer une pièce dans la pièce, une mise en perspective très adroite, où l’on verra l’opéra Ariane à Naxos se confronter à une opérette de style Commedia dell’Arte. Les deux troupes convoquées à l’occasion d’une fête bourgeoise vont se livrer une joute vocale pour le plus grand plaisir des spectateurs venus nombreux ce soir. Inspirée du Bourgeois Gentilhomme de Molière, Strauss conçoit ici une œuvre onirique à double narration réunie en une seule. La toute première d’Ariane Avenue Montaigne a eu lieu en 1937.

 

Nous voici dans cette immense salle classique toute de rouge et d’or vêtue, qui donne une perspective majestueuse sur tout hémicycle. Nous nous lasserons pas d’observer les fresques de la coupole de Maurice Denis qui célèbrent les arts lyriques français. L’assistance est venue nombreuse ce soir, attirée par le casting international présent sur scène. L’Orchestre de Chambre de Paris est de la partie, dirigé par le jeune talent français Jérémie Rhorer. L’OCP sera en formation dite à la Mozart, à savoir 38 musiciens. Rhorer s’est distingué notamment dans le Cycle Mozart du TCE, dont il est un grand spécialiste. L’OCP fête ici ses 40 années d’existence et nous le retrouverons à la Philharmonie, sa salle de résidence.

 

L’artiste très attendue ce soir n’est pas sur scène, il s’agit de la britannique Katie Mitchell, assurant cette mise en scène novatrice, remarquée au Festival d’Aix-en-Provence, cet opéra ayant été présenté en juillet 2018 dans la belle cité du Sud. Katie Mitchell fût remarquée en France avec Pélleas et Mélissandre en 2016 et avec Alcina en 2015. L’opéra est chanté en allemand avec des sous-titres en français et en anglais.

 

L’action commence, nous découvrons un décor Années 30, dans un appartement bourgeois de Vienne, une décoration soignée signée Chloé Lamford. Les personnages de la pièce déménagent et chantent le décor sous nos yeux, dans un ballet chanté qui donne de l’énergie à l’ensemble. Les personnages, habillés par Sarah Blenkinsop, alternent costumes des années 30 et pièces beaucoup plus modernes, on retrouvera des chanteurs en jeans, baskets et lunettes noires, donnant assurément un air bienvenue de West Side Story à l’ensemble.

 

Les rôles se mettent en place et les changements se font à vue du public, lequel est quelque peu décontenancé devant autant d’animation sur scène, avec plusieurs scénettes mimées ou chantées de part et d’autre. Pour nous, c’est très divertissant, en rupture de toute monotonie. Survient la mezzo-soprano américaine Kate Lindsey dans le rôle du compositeur qui illumine ce premier acte d’une voix fantastique, douce et enveloppante, elle donne à cet opéra tout son caractère de jeunesse et de joie. Elle communique une impulsion vive qui réveille toute la salle et nous laisse admiratifs devant autant de talent vocal.

 

Comme Monsieur Jourdain dans Molière, le commanditaire apparaît sur scène et assiste à la pièce avec son épouse. Les chanteurs font démonstration de leur talent inné et emplissent l’immense salle toute entière de leurs voix étincelantes. On distinguera l’allemand Roberto Saccà (exceptionnel) dans le rôle de Bacchus. On reconnaîtra le célèbre air de Zerbinette de 11 minutes.

 

Le livret de Hofmannsthal joue habilement avec les mises en scènes croisées, les styles mélangés. C’est la première fois que nous voyons du tragique mêlé à du comique pour un style des plus décalés et réussis. C’est inhabituel et cette facétie de Strauss s’harmonise habilement sous le jeu adroit et fin de ces acteurs-chanteurs. Une dramaturgie signée Martine Crimp et des mouvements orchestrés par Joseph Alford.

 

On s’étonne et s’amuse des tableaux présentés, certains modernes comme le cours de sport en baskets, la cigarette sur scène et le sable qui symbolise l’île grecque de Naxos. Ce tout abracadabrantesque et stylé est relevé par des éclairages leds modernes qui donnent une lecture pluritemporelle de la pièce chantée. On aime ce mix irrévérencieux et décomplexé qui réveille l’opéra allemand, c’est frais et talentueux.

 

Le premier acte laisse jeu à un duo féminin en face à face et s’achève sur une gifle magistrale. Le second acte sera plus intimiste et réunira les deux troupes sous une apothéose d’applaudissements (sauf des anciens trop perturbés par autant d’audace stylistique). L’OCP se sort avec les honneur d’un Prologue difficile, l’Acte étant plus fluide et mélodieux.

 

Olga, soliste du Théâtre Mariinsky, occupe de sa vive présence tout l’Acte. Quatre chanteurs masculins entourent la belle Zebrinette, on chante sur les tables, on sort une arme, on pleure aussi, on sent l’unicité narrative d’une scène double qui devient une, deux univers qui s’affrontent avec vigueur, mais la musique finira par convaincre tous les cœurs. On apprécie ces jeux scéniques sans voix qui se fondent dans les arrière-plans. Deux comédiens français sont sur scène, Rainer Sievert et Anna Daria Fontane, ils embellissent le jeu de cette joyeuse troupe. On est charmé des lumières futuristes et modernes de James Farncumbe qui réhaussent l’opéra d’atours contemporains.

 

Un opéra frais et fluide, deux heures de grand spectacle opératique. Nous avons apprécié un tel opéra vivant et coloré et nous saluons la performance remarquée de Kate Lindsey qui signe ici l’un de ses plus grands rôles selon nous. Kate Lindsey a été vue dans Poppée à Salzbourg l’été dernier sous la direction de William Christie. Nous recevons du service de presse un carnet de photographies des répétions signées Patrick Messina, célèbre photographe français, un doux souvenir de ce moment riche de talents remarquables.

 

Pour cette belle découverte opératique, nos remerciements s’adressent à Orane Dousse et à Amélie Deletre du service communication du Théâtre des Champs-Élysées. Photographies G&P et Vincent Pontet. Le Théâtre des Champs-Élysées, une institution émérite des arts lyriques parisiens établi depuis 1913 avec panache au 15 Avenue Montaigne, 75008 Paris– www.theatrechampselysees.frMars 2019

Berlioz par le Palais Royal
au Conservatoire

Un concert intimiste et brillant Encore sous le charme des belles images du dernier concert du Palais Royal, Tout est Lumière, un spectacle grandiose donné à la Seine Musicale, nous nous rendions avec joie à la salle historique du Conservatoire de Paris pour vivre un autre concert mis en espace par le jeune et talentueux Benjamin Prins, toujours assisté de Pénélope Briant pour un résultat des plus réussis.

 

Avec le tandem créé avec Jean-Philippe Sarcos, dynamique directeur de cette formation classique pleine d’énergie renouvelée, ils sont en train de révolutionner l’approche du classique, en y mêlant le théâtre, le lyrique et le comique, pour créer un show du plus bel effet.

 

Nous pénétrons avec respect dans cette salle historique du Conservatoire de 959 places, une première pour nous à titre personnel. Reconstruite tout en bois et en toile, elle fut l’écrin dans lequel la Symphonie Fantastique de Berlioz fût créé. Ce concert en ce lieu est un geste fort à l’occasion de la célébration des 150 ans de la disparition du compositeur français illustre (1803-1869). Pour le refaire revivre sur scène, le duo créatif Sarcos-Prins n’aurait pas mieux choisi que le fougueux comédien français Frédéric Giroutru dit Frédéric Le Sacripan, lequel incarne littéralement le personnage haut en couleurs de Berlioz.

 

Après un rappel historique des plus éclairants du chef d’orchestre, par lequel nous apprenons qu’entre la disparition de Rameau en 1764 et l’arrivée de Berlioz après la Révolution Française qui met à mal la musique de l’ancien régime, il faudra faire appel à des musiciens italiens faute de talents en France. Le concert s’ouvre, nous sommes dans la répétition de Béatrice et Bénédict, une œuvre de Berlioz inspirée de Beaucoup de Bruit pour Rien, l’oeuvre de Shakespeare, un auteur que Berlioz admire beaucoup (il se mariera avec une actrice irlandaise). Le décor sera des plus simples, relevé par cet imposant décor amovible rouge d’époque monté pour cette occasion spéciale, donnant une sonorité accrue à la salle.

 

Pour ce 35ème concert du Palais Royal dans cette salle toute revêtue de rouge et d’or, nous nous réjouissons de belles lumières, d’un enchaînement des scènes sans temps mort et d’une exécution parfaite. Le Palais Royal renouvelle ici ses qualités d’excellence. On aime le format de cette salle qui rend la scène proche et l’on a apprécié le solo décalé d’Orlando Bass couvert par des effets de fumigène. Du grand spectacle chanté et joué, avec des pointes d’humour fort à propos.

 

La troupe chante et joue admirablement bien, comme à son habitude, soutenue par les notes gaies d’Orlando Bass, ce pianiste franco-britannique prodige que nous avions remarqué lors du dernier concert du Palais Royal. On s’amuse des changements vestimentaires de cette vive troupe, tantôt en baskets et lunettes de soleil, tantôt en smokings et robe de soirée suivant les tableaux présentés.

 

Se succèdent le meilleur de l’époque de Berlioz, donné en scènètes de vie et entrecoupés d’actions théâtrales, une époque dominée par les italiens, seront ainsi chantés Piccini, Cherubini, Salieri, Rossini et aussi Gluck, sans oublier le fameux Berlioz, pivot de ce concert (La Damnation de Faust, Tristia, Lélio, Bienvenuto Cellini et bien sur la Symphonie Fantastique).

 

Le Sacripan fait littéralement revivre avec grand brio le jeune Hector Berlioz sur scène, venu d’Isère à Paris, prédestiné par son père médecin à une carrière en médecine. L’auteur Emmanuel Reibel a fait une travail en profondeur pour nous faire revivre sa personnalité chatoyante, ses humeurs et ses doutes, s’appuyant sur les Mémoires de Berlioz, lequel fût aussi un bon auteur. Frédéric, du Conservatoire de Grenoble, du Cours Florent et du CNSAD joue de tous ses talents d’orateur pour clamer et déclamer, les murs de la salle en tremblent presque. C’est vif et percutant, nous assistons ce soir là à du grand théâtre en la personne de Le Sacripan, lequel n’a rien à envier aux chanteurs lyriques présents en arrière-scène en terme de puissance vocale.

 

Berlioz le Fantastique est le titre du concert, il porte bien son nom. Nous apprenons de la vie de l’artiste, ses errements, ses succès et ses échecs, il nous touche aussi. Le jeune acteur a travaillé avec Michel Fau et sait nous émouvoir au plus profond de nous, nous faisant voyager dans une autre époque.

 

Nous venons de vivre une belle représentation, forte et saisissante. Nous aurons plaisir à revoir la ruche foisonnante de créativité artistique qu’est le Palais Royal en mai et juin avec leur concert Offenbach en Fête. Cette même salle historique sera le théâtre des concerts Coups de Foudre, à destination des jeunes sans accès à la musique classique, autre volet éducatif de la mission de cette formation attachante. Photographies G&P et Mylène Natour. Un concert réjouissant donné dans la Salle Historique du Conservatoire, une salle consacrant les arts vivants français établie depuis 1806 au 2bis rue du Conservatoire 75009 Paris. – www.le-palaisroyal.com - Mars 2019

Le concert Constellations
par l'ONDIF

Un doux et talentueux concert Pour célébrer la Saint-Valentin comme il se doit, rien de tel qu’un beau concert symphonique et romantique. C’est ainsi que nous nous rendons en ce 14 février sur l’invitation de l’Orchestre National d’Ile de France dans la belle Salle Gaveau du nom éponyme de l’ancien fabricant français de piano. Nous aimons cette salle pour son caractère intimiste, tel un cocon paré de bois ciselé couleur taupe à l’acoustique remarquable. Nous sommes salués par l’orgue Mutin-Cavaillé qui orne la scène, éclairé de tous les feux. Les 1020 places de la salle sont particulièrement remplies ce soir-là, ce qui fait que la presse aura du mal à s’y loger...placés en dernier rang de salle, nous sommes toutefois dans l’une de ces loges-cabines privatives et surélevées qui nous donnent une vue sur toute la scène. La cause de cette affluence est la présence ce soir du prodige français de la guitare, le bordelais Thibault Cauvin qui se produit ici dans l’une de ses rares dates parisiennes au cours d’une tournée mondiale débutée il y a plus de 19 ans.

 

Car le petit prince de la guitare est un phénomène artistique et médiatique. Après 9 albums, 1000 concerts dans 120 pays, 36 prix internationaux obtenus avant l’âge de 20 ans (il reste inégalé), le maestro va nous charmer de ses airs fins et subtils. Le jeune homme a commencé la guitare à l’âge de 5 ans, a suivi les cours du CRR de Bordeaux et ceux du CNSRDP, sorti avec les honneurs. Nous voilà excités d’assister à notre premier concert de guitare classique, une expérience inédite pour nous.

 

D’autant que la jeunesse talentueuse est au rendez-vous, avec le tandem Cauvin-Leroy. Julien Leroy est l’un des jeunes chefs d’orchestre qui montent, il dirigera la formation musique de chambre de l’ONDIF, les 95 musiciens de la formation ne sont pas présents mais nous sommes en présence de sa version rapprochée. Julien Leroy, violoniste de formation, développe un palmarès distinctif et précoce: Talent Adami 2014 (chef d’orchestre), chef assistant de l’Ensemble Intercontemporain, chef invité de l’United Instruments of Lucilin de Luxembourg, il collabore avec l’ONDIF et avec l’Orchestre National de Lorraine entre autres. Distingué par Pierre Boulez, il assiste Daniel Harding et a travaillé avec Sir Simon Rattle. Autant dire que de sincères et forts talents sont annoncés ce soir.

 

Le concert s‘engage avec la Brook Green Suite de Gustav Holsst (1933), faisant appel aux arts populaires anglais avec des accents wagnériens. Ce morceau de 8 minutes enchanteresses évoquent le quartier londonien où son auteur enseignait. On y trouve une sensibilité légère, printanière et aérienne dans ses deux premiers mouvements. Le troisième mouvement est plus dynamique. Le chef Julien Leroy nous séduit par son énergie, il fait même des révérences à son orchestre tant il s’implique dans son action, c’est un spectacle admirable qui se déroule devant nous. Cette œuvre influencera Britten, autre compositeur britannique qui est au programme de ce soir.

 

Vient la Pastorale d’Eté (1920) d’Arthur Honeger, qui fût créé le 17 février 1921 à Gaveau même avec l’Orchestre Philharmonique de Saint-Louis, il est joué ici presque jour pour jour 98 ans après ce soir. Une composition romantique, légère et poétique qui laisse libre cours à l’expression personnelle des musiciens. Nous remarquons le super-soliste vénézuélien Alexis Cardenas très remarqué dans le précédent concert Hiver Russe que nous avons couvert en ces pages. Cette troisième œuvre d’importance du compositeur franco-suisse né au Havre, trois ans avant Pacific 231 (1923) qui le fera connaître s’inspire de son voyage dans les Alpes suisses. Une fresque onirique et féerique réussie dont il dédicacera les Illuminations de Rimbaud sur sa partition originale.

 

Après ce voyage romantique fort à propos en ce 14 février, voici la Sinfonietta (1932) de Benjamin Britten, résolument énergique, symphonique, atypique avec ce jeu de cordes pincées, ces suspens, ce duo de violons qui semble improvisé tant il est rythmé, un style moderne qui marque le renouveau de la musique classique britannique. Cet Opus I composé à 18 ans révèle la vigueur du jeune compositeur anglais. C’est assurément le moment le plus intense du concert, une œuvre symphonique puissante, puis lente, achevée par une tarentelle en finale, signature de l’artiste. On se sent emportés par l’enthousiasme des musiciens de l’ONDIF, quelle vitalité!

 

L’entracte nous permet de reprendre nos esprits, pour laisser place aux Old Hungarian Ballroom Dances (mai 1949) de Gyorgi Ligeti, 10 minutes d’éloquence, magnificence et sensibilité. Le 2ème mouvement sera plus espiègle et jour franc-jeu, dans une œuvre écrite sous la contrainte de la dictature soviétique. Un joli moment d’émotion et d’intensité délivré par cet orchestre talentueux, placé sous la direction du brillant Julien Leroy qui réveille la scène de son jeu de direction virtuose.

 

Puis vient le moment tant attendu, avec l’entrée en scène du guitariste surdoué Thibault Cauvin, habillé d’une chemise colorée en rupture avec les autres artistes. Car Thibault est comme cela, expressif, simple et direct, tout comme son jeu extraordinaire sur sa simple et belle guitare du luthier français Jean-Luc Joie. Cauvin et l’ONDIF nous interprètent la Fantasia pour gentilhomme (1954) de Joaquim Rodrigo, cet illustre compositeur espagnol, aveugle à 3 ans, qui suite à la rencontre avec le guitariste d’exception Andres Segovia, compose cette œuvre de 23 minutes, magistrale. Douceur et délicatesse s’emparent de la salle à cet instant, dès les premières notes de Thibault Cauvin.

 

Voici un moment rare en classique, où le soliste prend toute la salle à coeur. De la virtuosité, du genre, un doigté inégalé sur ces cordes souples et subtiles, la réputation de Thibault qui le précède se confirme à nos yeux et à nos oreilles. Les harmonies sont fraîches et élégantes, poétiques, un solo sera même le terrain d’expression des atours de l’artiste. S’en suit un deuxième mouvement, plus dynamique, qui s’achève sous une ovation du public, saluant le duo Cauvin et Leroy, tels deux jeunes prodiges de la nouvelle scène musicale classique française. Qu’il est beau de voir que les nouvelles générations s’emparent de cette musique pour la rendre contemporaine et actuelle.

 

La foule demande un rappel, le jeune Cauvin remonte sur scène, ré-accorde sa guitare puis se lance, exécutant un Rocktypicovin, une œuvre pour guitare composé par son père le musicien Philippe Cauvin, lequel est dans la salle ce soir-là; ce titre constitue le cadeau d’anniversaire de ses 13 ans (déjà avancé!), une sensibilité très espagnole, l’artiste est décidément très doué, il frappe ses cordes et même sa guitare, bam nous reçevons une masterclass de guitare classique en direct. Puis en second rappel vient Un dia de Noviembre, composé par Leo Brouwer, une ode plus romantique et poétique qui charme toute l’assistance, laquelle applaudit et lance des bravos. Un final en apothéose de délicatesse.

 

La mannequin française, pianiste et auteur Marie Wagener-Selepec qui nous accompagne ce soir là et célébrant sa première à la Salle Gaveau, nous confie son impression de ce concert: «C’était waouw, c’était beau, et plus que parfait pour un soir de Saint Valentin! Jamais déçue par cet orchestre que l’on a vu récemment à la Philharmonie. En bouquet final, un solo de Thibault Cauvin dit le « petit prince » de la guitare, il mérite bien ce surnom séduisant! Ce virtuose est sympathique, souriant, chaleureux, on le sent passionné et c’est communicatif. Après avoir brillamment accompagné l’orchestre, il nous à parlé de son père musicien comme lui, avec une grande émotion puis nous a joué un morceau magnifique qu’il lui jouait probablement le soir avec amour lorsqu’il était enfant. Un moment d’une grande sensibilité sur un air tout à fait original, hors du commun, à son image. Merci pour ce grand moment. » 

 

A la signature-dédicace de son dernier album Cities II en sortie du concert, rendez-vous est pris avec le jeune maître de la guitare pour son concert solo donné le 19 février à l’Espace Pierre Cardin-Théâtre de la Ville. Un showcase personnel qui s’annonce fort en émotions, avec en featuring deux personnalités invitées sur l’album, le conteur malien Ballaké Sissoko et son kora magique ainsi que la jeune mezzo-soprano franco-italienne qui monte, Léa Desandre, que nous avions déjà remarquée en ces pages à l’Opéra Comique dans son rôle solo pour Et in Arcadia Ego.

 

Les prochains rendez-vous de l’ONDIF, ce bel orchestre français créé en 1974 que nous avons plaisir à suivre cette saison, sont donnés pour le 15 mars à la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris pour le concert intitulé La Cinquième (Bach, Mahler) et le 22 mars en ce même lieu pour le concert Liberté! (Chopin, Chostakovitch). Nos remerciements s’adressent à Ludmilla Sztabowicz de l’Orchestre National d’Ile de France. Photographies: G&P et Yann Orhan. Salle Gaveau, une salle parisienne agréable et intimiste établie depuis le 3 octobre 1907 au 45 rue la Boétie 75008 Paris - www.orchestre-ile.com - Février 2019

Concert Hiver Russe
par l'Orchestre National d'Île de France

Un concert riche et magistral Chaque hiver, nous avons pour plaisir de nous réfugier dans le doux cocon qu’est la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, pour prendre part à un grand concert classique qui réchauffe les coeurs. C’est le cas de ce concert fort annoncé Hiver Russe donné par l’Orchestre National d’Ile de France (ONDIF) qui nous invite avec générosité ce soir du 29 janvier 2019. Une grande ouverture sur un répertoire créatif et russe salué par une neige généreuse fort à propos pour nous mettre dans l’ambiance de ces réjouissances.

 

Nous pénétrons dans les halls modernes et blancs de la Philharmonie, la foule d’aficionados est venue nombreuse ce soir pour admirer l’un des concerts les plus en vue du mois. Nous remarquons que tous les âges sont représentés, ce qui n’est pas si courant en classique. C’est certainement le signe évident de l’engagement de cette formation dans des actions culturelles au sens large, l’ONDIF étant l’un des 20 orchestres au monde les plus impliqués dans l’action envers les jeunes et tous les publics. Cette formation fondée en 1974, résidente à la Philharmonie, transmet sa passion pour la belle musique à l’occasion de plus de 100 concerts par an. Ses 95 musiciens sont d’excellent niveau, habilement dirigés par Enrique Mazzola depuis 2012. Un orchestre qui aime explorer d’autres contrées musicales, telles des musiques de film (avec un studio dédié à cet effet, des ciné-concerts aussi), on l’a vu jouer du Air, du Louis Amstrong et encore des pièces contemporaines. On le retrouvera hors ses murs notamment le 14 février pour le concert Constellations à la Salle Gaveau ou encore jouant du Star Wars en mars.

 

Tous ces talents hors nome (citons la super-soliste Ann-Estelle Médouze ou encore le soliste Stefan Rodescu) sont très attendus ce soir car le programme est à la hauteur de la réputation de cette formation dynamique et créative: la première française de la dernière création contemporaine Glorious Clouds du compositeur japonais résident à Londres Dai Fujikura, une œuvre dont la première mondiale s’est tenue à Cologne le 2 novembre 2018. Suivi du Concerto pour violon N°2 en sol mineur de Serge Prokofiev, l’un de deux seuls concertons pour violon du compositeur ukrainien, avec l’interprétation d’une star française du violon, le jeune maestro Nicolas Dautricourt. L’entracte laissera place aux fameuses Danses Symphoniques op 45, la dernière et certainement la plus grande œuvre du compositeur russe Sergei Rachmaninov. Un magnifique programme donnant le La de la diversité, placé sous la direction de l’étoile montante des chefs d’orchestres outre-manche, le surdoué Jamie Phillips.

 

Nous avons hâte de découvrir ces œuvres inédites à nos oreilles. Nous voilà placés en premier balcon, ayant une vue d’ensemble sur l’orchestre et des rutilants instruments, ses musiciens habillés de robes de soirée et de smokings, avec un public disposé à 360 degrés, sous les bois vernis de cette immense salle signée Jean Nouvel et Brigitte Métra. Les 2400 places de la salle sont toutes occupées ce soir. Le silence se fait, voici les musiciens en position, sous les applaudissements généreux, entre le jeune chef d’orchestre anglais Jamie Phillips.

 

Phillips est un prodige de l’orchestration, lui qui fût primé à l’âge de 21 ans au Salzburg Conducting Award, est devenu le plus jeune chef d’orchestre de la formation classique la plus ancienne du Royaume-Uni, le Hallé Orchestra (Manchester, 1858), dirigé par Sir Mark Elder. Phillips a dirigé le Los Angeles Philharmonic, le London Symphonic Orchestra et bien d’autres, en France, l’Orchestre d’Auvergne (2018).

 

La toute jeune œuvre du surdoué japonais de la composition Dai Fujikura (Osaka, 1977) commence. Il s’agit d’une œuvre symphonique résolument contemporaine, asbstraite, une co-commande de l’ONDIF pour lequel Dai fût en résidence à l’ONDIF ainsi qu’au Nagoya Philharmonic Orchestra. Elle est une évocation symbolique d’un monde fascinant pour le jeune compositeur, dont on a vu d’autres pièces résolument inspirées des sciences (tel Solaris). Le jeune artiste s’inspire avec brio de cette vie invisible multiple qui règne dans le monde végétal et animal, il est allé jusqu’à rencontrer de grands scientifiques tel le Dr. Satoshi Omura (Nobel 2015 de médecine), pour parfaire ses recherches, c’est un artiste qui va jusqu’au bout des choses. Son œuvre est très abstraite, vive et complexe.

 

Il est sujet ici de la figuration sonore de la vie des microbiotes qui sont partout autour de nous, qui sont tous en symbiose, formant un tout constructif, telle une architecture orchestrée immense tout en étant subtile. La symphonie est brillante, ponctuée et avec quelques airs japonais forts à propos. C’est une pièce qui exprime toute sa modernité, avec chaleur et espièglerie, on se réjouit d’autant d’audace dans la composition, nous livrant des sons inédits à nos oreilles européennes bien habituées aux grands classiques. Un vent de fraîcheur souffle sur la Philharmonie à ce moment présent, une œuvre qui sied fort à propos au design ultra moderne de la salle.

 

On y sent une grâce, une jovialité fine, contrebalancée par des passages plus graves et sonores. On aime ses détournements, tels des xylophones joués à l’archet, les cors joués en sourdine. 15 minutes de découverte sensorielle inattendue, qui nous réjouit de nouvelles émotions musicales. Les 60 cordes de la formation s’en donnent à coeur joie, leur plaisir n’est pas feint. L’élève d’Edwin Roxbourg, Prix Silver à Venise réitère une belle œuvre au sein de l’ONDIF, lui qui avait initié une collaboration réussie avec l’orchestre francilien avec Ghost of Christmas (Fantôme de Noël) adapté des Christmas Carol (1843) de Charles Dickens. Virtuosité et talent vont de pair chez ce compositeur japonais attachant qui vient saluer le public parisien qui le reçoit avec chaleur ce soir là. Dans cette métaphore ludique et enchanteresse, on perçoit un travail méticuleux, précis, hors normes. Avec cette vue sur l’orchestre classique et ce son si avant-gardiste, c’est l’ancien et le moderne qui se marient avec grandeur ce soir. Une célébration réussi de la musique de demain.

 

Après autant d’effusion, place au recueillement, avec l’entrée d’un autre prodige, le violoniste français Nicolas Dautricourt (1977), Adami 1999, CNSM à l’age de 16 ans (1er prix), l’un des solistes les plus en vue du moment. Dautricourt est un maître passé par les enseignements de Philip Hirschhorn et du français Gérard Poulet entre autres. Grand amateur de classique, il explore également l’univers du jazz (on l’a vu à Jazz in Marciac et Jazz à Vienne notamment), il est reconnu pour un engagement sensible et passionné dans son interprétation, autant de promesses nous réjouissent.

 

Le Concerto pour Violon N°2 en sol mineur s’engage, alliant finesse et légèreté. La performance de Dautricourt saute aux yeux, magnifié par un tel orchestre d’excellence: tout simplement stupéfiant, avec une clarté et une profondeur de jeu dépassant l’entendement du réel. Dautricourt joue, il emplit la salle à lui tout seul, notamment dans ses passages en soliste. L’assistante, bouche bée, écoute la grâce de son jeu. Certainement l’un des meilleurs solistes violon vus à ce jour nous concernant.

 

L’oeuvre de Prokoviev est jouée à merveille. Elle est présentée une première fois en présence d’un autre génie français du violon, Robert Soetens, le 1er décembre 1935 par l’Orchestre Symphonique de Madrid. Nous voici embarqués dans 25 minutes de plaisirs symphoniques réunissant 50 cordes. Ce second concerto est bien différent du premier écrit 20 ans plus tôt à Saint-Peterbsourg, il est héroïque, constructif, tout en finesse comme le soulignait son ami Francis Poulenc. Majestuosité, force et finesse caractérisent ce premier mouvement. Une récurrence sourde opère aussi, avec des notes tantôt amusantes, tantôt dramatiques. Une complicité s’installe entre Dautricourt et Phillips, qui allient tous deux un talent remarquable. Le second mouvement est empreint de romantisme et de fraîcheur, avec des clarinettes en vedette, des castagnettes y font même irruption. Le troisième mouvement est plus relevé, il donne toute sa force à l’expression du violoniste français, lequel joue sur un Antonio Stradivari fait à Crémone en 1713, le Château Fombrange.

 

La salle applaudit avec force un tel exploit musical. Puis vient un bis improvisé, entre Dautricourt et le supersoliste de l’orchestre d’origine vénézuélienne, Alexis Cardenas, intitulé Spain. Un tour de force duettiste donnant toute la puissance des deux violons. Cardenas vit tellement cet instant qu’il frappe même du pied. Un mini-concerto des plus vifs, qui remplit la salle de hourras.

 

L’entracte bien mérité nous fait suivre le jeu du billet caché dans les programmes, une invitation pour les prochains concerts de l’ONDIF, nous voilà comme des enfants. L’oeuvre qui s’annonce est magistrale, puisqu’on parle des Danses Symphoniques Op. 45 de Rachmaninov, écrite à la fin de sale vie, présentée le 3 janvier 1941 par l’Orchestre Symphonique de Philadelphie sous la direction d’Eugène Ormandy. 36 minutes réparties en trois mouvements allégoriques de la vie (le jour, crépuscule, minuit), une œuvre riches de jouissances esthétiques et sonores, qui continue Tchaikovski par la sensibilité de l’âme russe. Une oeuvre poignante et fantasmatique, dont le titre originel était Danses Fantastiques.

 

Nous voici à nouveau dans l’immense salle moderne Pierre Boulez, l’orchestre au complet prend place, sous la direction brillante de Jamie Phillips. Se joignent à la formation cor anglais, clarinette basse, saxophone alto, contrebasse, piano, harpe, xylophone, glokenspiel et carillon tubulaire. Tout est prêt, la salle fait silence. Boum, l’oeuvre éclate, puissante, géante, dans un premier mouvement magistral, d’une énergie folle. Le son pur et fort de la salle se révèle soudain à nous, le concert prend à cet instant toute son envergure. L’orchestre joue avec brio, dans une précision absolue. Le jeune chef anglais est en extase dans l’action vive, il dessine des arabesques dans le ciel, joue tel un comédien, un mime vertigineux l’habite. Quelle énergie de toutes parts! A ce grandiose suivent des passages doux et romantiques, avec justesse et adresse. L’oeuvre nous charme instantanément, c’est le véritable coup de foudre fait de cette brillante alliance entre l’oeuvre, l’ONDIF et l’excellent Jamie Phillips.

 

Le deuxième mouvement sera plus doux et laissera place à l’expression du super-soliste Cardenas. Nous sommes ici dans le romantisme dans toute sa splendeur, tout l’orchestre est sollicité, on y entendra même des cloches. Le troisième mouvement allie gravité et légèreté. Poursuivant la tradition romantique du 19eme, l’oeuvre de Rachmaninov est empreinte d’effets que ni Chopin ou Rimski-Korsakov n’auraient renié. On rélèvera la clarté de l’écriture du génie russe, dans ces trois mouvements non allegro, andante et lendo assai. Le troisième mouvement est frais et printanier, l’orchestre donne tout et en premier lieu son chef virtuose, on jouera même du gong dans cette apothéose de savoureuse réjouissance musicale.

 

Nous venons d’assister à un concert incroyablement vivant, riche d’une programmation de premier choix. La foule ressort de la Philharmonie sous la neige toujours, comblée. La mannequin française Marie Wagener, mélomane, auteur et pianiste à ses heures se délecte à nos cotés d’autant de mélopées fantastiques de symphonies lyriques qui charment nos sens. Elle nous partage son vécu: «Je déteste être en retard mais le suis souvent malgré moi... Ce coup-ci j’ai compris la leçon: ne pas arriver en retard à la Philharmonie sous peine d’être punie la moitié du spectacle en rang supérieur. Par contre cela vaut le détour, une belle salle alliant esthétisme architectural et musical avec une qualité de son se répandant uniformément, s’élevant progressivement dans la salle circulaire et sans perdre en intensité d’un balcon à l’autre. Je me suis sentie en immersion totale, les notes voyageant de mon oreille jusqu’à mon ventre sous forme de secousses agréables. Première fois que je vais à la Philarmonie, pas déçue de la balade. J’ai pu regagner ma place à l’entracte et profiter plus profondément encore de cette belle représentation de Rachmaninov, Prokokiev et surtout de Dai Fujikura en première partie qui m’à profondément touchée par des sensations d’angoisse puis d’apaisement dont il sait habiller l’espace sonore à sa guise.»

 

Pour un tel moment rare de joies symphoniques, nous remerciements s’adressent à Ludmilla Sztabowicz du service communication de l’ONDIF. Photographies: G&P, Bernard Martinez, Benjamin Ealovega, Ruben Olsen Lærk. L’Orchestre National d'Île-de-France, une formation française prestigieuse établie depuis 1974 au 19, rue des Écoles, 94140 Alfortville - www.orchestre-ile.com - Février 2019

Le Palais Royal
à la Seine Musicale

Un concert virtuose et magique – Si nous avons peu couvert de concerts classiques cet automne en raison d’un reportage prolongé sur les terres ensoleillées d’Espagne, il fallait que nous assistions à celui-ci sans manquement possible: une apothéose de joie lyrique à réchauffer tous les coeurs cet hiver. Nous avions certes déjà entendus et lus en ces pages tous les éloges de notre rédaction faite sur le tout premier concert de ce nouvel opus réussi de cette jeune formation vivante qu’on aime, Le Palais Royal. Ce grand concert théâtralise, intitulé Tout est Lumière, une création de mars 2018, est directement inspirée de poème éponyme de Victor Hugo (repris ensuite par Ravel). Nous nous devions personnellement d’assister à ce concert vivifiant et brillant tant il était couvert de louanges. D’autant plus qu’il est donné ce soir du 25 janvier dans le Grand Auditorium de la Seine Musicale, parfait décor et joli cocon tout de bois vêtu, lieu idoine pour une telle célébration des arts français, les Ars Gallica si chers à Saint-Saëns.

 

Nous pénétrons dans l’immense salle dessinée avec grâce par Shigeru Ban et sa chaleur communicative nous apaise. Les beaux sièges larges et confortables, revêtus de rouge nous accueillent volontiers et petit à petit, les 1150 places se remplissent d’un public de fidèles afficionados de cette formation qui diffère des autres formations classiques parisiennes. On sent chez eux un formidable élan toujours renouvelé de communiquer une passion inébranlable en la musique classique, pour notre plus grand bonheur. Sur scène, on accorde un piano d’époque, sur lequel le jeune talent franco-britannique Orlando Bass nous fascinera de douces sonorités. Nous voici admiratifs de cette architecture grandiose, conçue en vignoble de bois, qui sied si bien à des concerts classiques, avec cette particularité d’avoir un public disposé à 360 degrés, c’est-à-dire faisant le tour entier de la scène.

 

Les applaudissements fusent à l’entrée de l’orchestre, des 33 chanteurs-acteurs et du charismatique Jean-Philippe Sarcos, l’un des chefs français qui monte et que nous trouvons touchants par son humilité, son approche et son accessibilité, lui qui fût l’élève de William Christie, excusez du peu. Le chef nous présente, comme à son accoutumée, la genèse et l’histoire de ce concert, avec son accent chantant du Sud. Une performance placée sous le signe de l’héritage musical français puisque seront présentées ce soir, entre autres: Le Printemps de Debussy l’anticonformiste, la Matinée de Provence de Marcel l’impressionniste ou encore Les Saintes Maries de la Mer Dans la Vigne de Paladilhe, un chef d’oeuvre français oublié. Sarcos, élève de l’émérite chef français Georges Prêtre, a une fine connaissance de cette période musicale française riche, étudiant Bizet ou Poulenc notamment.

 

Le concert peut commencer. A cet instant, il est immédiatement interrompu par une intervention en public: il s’agit de la soprano Marina Ruiz qui harangue le chef puis monte sur scène: voici l’une des pirouettes scéniques du jeune et brillant Benjamin Prins, ce normand de Lisieux issu de la renommée Ecole Supérieure des Arts Dramatique de Vienne (2007), reconnu en Allemagne, qui va nous réjouir d’agréables saynètes-interludes tout au long du spectacle. Son acolyte Pénélope Driant (Cours Simon, Ecole des Chartres), grande spécialiste du mime, y a aussi mis tout son savoir théâtral pour nous livrer un format de concert unique en son genre: l’opéra-théâtre lyrique. Le duo Sarcos-Prins fonctionne à merveille et à eux deux ils redéfinissent un nouveau style qui dépoussière le concert classique, on s’en délecte. Nul doute que leur prochaine œuvre conjointe en préparation, Episodes de la vie d’un artiste (sur Berlioz, présenté en mars 2019) sera d’une aussi grande qualité scénique.

 

L’action commence et nous voici vite embarqués dans un voyage musical beau et léger, avec cette ouverture sur le fameux Aquarium, Carnaval des Animaux de Saint-Saëns. Nous voici recueillis devant autant de beauté, servis par un son de salle d’une qualité exceptionnelle. Le premier violon solo Nguyen Nuu Nguyen s’y distingue, tout comme chaque membre de cet orchestre qui joue à la perfection. Sur scène, le jeune prodige du piano Orlando Bass, passé par les classes de Roger Muraro et de Jean-François Zygel, nous sert un jeu fin et très expressif, au plus juste des partitions des maîtres de ce soir, tels Fauré (Pavane), Widor le symphonique (La Toccata) ou encore Gounod (Ainsi que la brise légère).

 

Ce premier morceau joué, sous les applaudissements de la salle (ici on applaudit, le classique se lâche ce soir), nous assistons à l’entrée en scène des chanteurs de la soirée, à parité de femmes vêtues de robes de bal rouges et d’hommes tous en smoking de grand gala. Nous sommes dans les salons de la célèbre baronne Pauline Von Metternich, qui refait vivre les fêtes impériales parisiennes. On se croirait dans un film de Fellini, c’est si bien joué, les acteurs-chanteurs se donnent tous à corps et à coeur-joie, c’est enthousiasmant de voir tant de jeunes talents (déjà confirmés) avoir du plaisir à transmettre sur scène et avec quelle puissance vocale collective! Farces et contrepéteries vont bon train sur le plateau et les titres s’enchaînent avec une fluidité naturelle (Saint-Saëns, Coeur des Sylphes), Gounod (Farandole), Fauré (Les Djinns). Entre en scène Victor Hugo incarné avec panache par le comédien Philippe Girard (du Théâtre National de Chaillot). Celui-ci, placé dans le public, jouant des multiples balcons de la salle, déclame ses vers et apostrophes les comédiens, un jeu de croisés s’en suit, nous voici au théâtre. La musique repart et nous voici à nouveau dans le chant lyrique, nous savourons cette mise en espace de génie, qui nous fait entrer dans une expérience immersive grandiose.

 

Quel spectacle, quelle audace! On aime ce classique décomplexé et remis en scène. Le jeune Bass se transforme tout à coup en véritable showman lorsque changeant de piano, il exécute un immense showcase de son talent sur un Steinway étincelant, sans partition comme le veut la tradition du Palais Royal. Une boule de discothèque géante subitement illuminée remplit la salle de lumières magiques tournoyantes. Tout simplement féérique!

 

Nous n’avions rarement vu un tel concert classique, hors cadre, riche de romantisme, de talents innés et d’innovations scéniques. Le public est conquis, d’autant plus que le final (Gounod, Faust) est chanté parmi le public.

 

Nous avons hâte d’être encore surpris et émerveillés par Le Palais Royal, jeune formation qui devient grande, au cours de son programme de l’année 2019: Berlioz en mars, Haendel en avril, Vivaldi en mai et Offenbach en juin (au fameux Cirque d’Hiver). Des rendez-vous que nous prenons volontiers, tant cette joyeuse équipe est attachante. Elle nous donne envie d’aimer le classique et donne aussi en retour, au travers de concerts coups de coeur, caritatifs ou auprès de jeunes publics. Un élan qui allie générosité et excellence, à l’instar de son chef d’orchestre motivant ses troupes pour nous livrer un concert d’exception, certainement l’un des plus brillants de ce début d’année.

 

Après Orient Express l’année dernière, Le Palais Royal réitère ses concerts à succès avec cette maestria collective énergique, un vent de fraîcheur souffle résolument sur la scène classique française. Crédits photos: G&P et Mylène Natour, Laurent Prost, Martin d'Hérouville. Nos remerciements s’adressent à Margaux Heuacker du Palais Royal. La Seine Musicale, une nouvelle grande et belle salle parisienne de concerts établie sur l’Île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt www.laseinemusicale.com Le Palais Royal, une formation classique française d’excellence établie avec brio au 3 rue Vineuse 75116 Paris – www.le-palaisroyal.com - Janvier 2019

Le CCN Ballet de Lorraine
au Palais de Chaillot

Le mystère fait un sans faute – Au riche programme du Théâtre National de Chaillot, il est des compagnies dont nous guettons la venue, parmi elles, l’une des figures phares de la danse contemporaine française, le CCN Ballet de Lorraine, qui nous charme à chaque édition d’oeuvres touchantes, inspirantes, pleines de vie et d’ambitions. C’est donc tout naturellement et avec une certaine excitation que nous assistons à la grande première de leur nouvelle œuvre, Plaisirs Inconnus, présentée pour la première fois à Londres en 2016 mais en primeur ce soir pour nous à Paris. Une œuvre moderne magistrale ce soir.

Nous nous engageons dans la grande salle Jean Villar, déjà pleine en ce jeudi soir, et nous y croisons d’autres membres émérites du SJPP, tous aussi férus de danse que nous. Il faut reconnaître le sujet peu facile, tout public ne peut y trouver son attrait mais ici, l’auditoire est déjà conquis à ce grand nom de la danse française, laquelle bénéficie d’un rang international reconnu.

Le CCN s’est d’ailleurs arrogé les auspices d’un directeur artistique de talent, en la personne de Peter Jacobsson, qui sera également sur scène ce soir, à l’instar de son acolyte Thomas Caley, autre grand danseur international (ainsi qu’Emma Gladstone, collaboratrice confirmée). Jacobsson insuffle depuis six saisons un nouveau rythme au CCN Ballet de Lorraine et cette pièce dansée en cinq actes fait aussi office de rétrospective du parcours artistique du maître au sein du ballet. Jacobsson, ancien danseur étoile du Saddler’s Well Royal Ballet puis au Royal Opera House de Stockholm avait ses fonctions au Ballet Royal de Suède avant d’être appelé au CCN en 2011, pour succéder à Didier Deschamps, actuel directeur de Chaillot. Autant dire qu’en ces lieux, le CCN est comme à la maison. Nous remarquons à ses côtés sur scène la présence de Thomas Caley, ancien danseur de Merce Cunnigham de 1994 à 2000 qui se démarque par un style fin et racé.

L’intérêt de cette œuvre collective présentée est son caractère totalement anonyme, faite comme un tout cohérent et rassemblant cinq chorégraphes mais dont les noms nous sont volontairement cachés, tout comme le directeur des lumières, du son ou même les costumières. Tout est mis en œuvre pour que le génie créatif se libère instantanément, sans arrières-pensées, ni pour déplaire à un public dans l’attente d’un nom ou de l’artiste en appréhension du quand-dira-t-on. Liberté et énergie seront les maîtres-mots de ce grand tableau, réunissant dans un effort collectif suprême le meilleur du CCN, avec l’ajout de chorégraphes invités, soit au total quatre femmes et un homme, pour 26 danseurs sur le plateau.

La scène s’ouvre, immense, aux coulisses apparentes. Face à elle, un mur translucide multicolore. Les danseurs s’échauffent derrière ce mur coloré qui nous fait penser aux vitraux des églises. Les derniers spectateurs s’installent, les lumières s’éteignent petit à petit, puis silence: le mystère commence. Face à nous, une puis deux, puis trois danseurs-chanteurs, ouvrent la narration avec l’un des interludes qui ponctueront notre parcours initiatique pendant 1h15 de danse merveilleuse. Une jeune femme s’approche en bord de scène. Pieds nus, elle commence à marquer le tempo. Puis son corps se désarticule, ses mouvements se répètent au son d’une musique de plus en plus forte, de plus en plus angoissante. Deux autres artistes la rejoignent. Ils paralysent la salle par leurs mouvements saccadés et répétés mais également par leurs cris et leurs chants. Une évocation latine ou asiatique, faisant appel à des chants ancestraux. 

Une ode à la nature certainement, qui introduit à propos le premier tableau: une évocation instinctive, animale, de la nature et de ses éléments. Les danseurs hommes et femmes, vêtus de jeans bleus et de t-shirts blancs, fondent sur la scène puis forment des énergies, des vibrations, ondes et courants qui nous font penser à la mer, sous un rythme puissant. Si West Side Story n’est pas loin, c’est en réalité une vue poétique de l’homme et de sa nature qui nous est livrée ici. Une vingtaine de danseurs s’imposent sur l’immense scène. Tous vêtus d’un jean, de chaussettes blanches et d’un t-shirt blanc: leur uniformité nous hypnotise, nous intrigue et nous emporte dans leur univers. Cette première chorégraphie, nous envoûte et nous donne presque le mal de mer. Nous soulignons l’incroyable synchronisation des mouvements et des déplacements. De sexes et de gabarits différents, tous les jeunes danseurs ne font plus qu’un. Ils tournent, avancent et s’alignent puis nous remarquons que chacun d’eux portent sur leur t-shirt blanc une inscription, plus précisément une lettre. Ensemble ils forment une phrase voire un message sur le monde d’aujourd’hui. Mais nous vous laissons le découvrir par vous-même… Un premier tableau grandiose, qui donne le ton, le souffle de la représentation à laquelle nous assistons les yeux ébahis. Belle, admirable, presque envoûtante, l’oeuvre nous fait nécessairement penser à la mer, comme si toute la troupe se fondait en un seul élément, comme un hypnose collective joyeuse. La danse est brute et vive, l’exécution parfaite. 

Cette formidable présence scénographique laisse place au tableau des trois couples enlacés, qui se font, se défont, combattent. Un hymne à l’amour et à la passion. Une œuvre poétique, légère et à la fois forte qui laisse transpirer l’humain et sa beauté. Une épure d’émotions dansées, que l’on retiendra pour sa douceur. Trois couples se présentent à nous et nous racontent leur histoire. Chaque duo se trouvent dans leur bulle, dans leur îlot de lumière avant de rejoindre les autres pour faire de fabuleux ensembles chorégraphiques. Le romantisme est ici à sa plénitude. Nous ne résistons pas longtemps à nous émouvoir par chacun de leurs gestes qui racontent l’amour, la vie de couple, la vie tout simplement. Le choix de costumes minimalistes pousse au réalisme de cette scène et nous nous prenons d’affection pour chaque duo, différents et pourtant si semblables à la fois. 

Puis vient l’énergie, la lumière, l’or. Tels des dieux grecs, les danseurs du CCN, tout d’or vêtus, se présentent à nous. Fluidité et puissance des gestes s’allient à la beauté des harmonies chromatiques, le tout sur un imperturbable fond noir. Nous sommes résolument dans le minimalisme ici avec la ferveur donnée par tous ces danseurs que nous trouvons admirables par la précision requise à l’exécution de tous leurs gestes. 

Vient ensuite l’un des moments rares de la danse contemporaine: une réinterprétation magistrale du Boléro de Ravel, exécuté avec puissance et fougue. On se sent volontiers transporté en Espagne devant ces fiers toréadors et ces Carmens qui s’exclament, se meuvent telles des pantomimes en ombres chinoises. C’est beau et puissant, saisissant. Immense coup de cœur pour le tableau final  , comme un chef d’œuvre. Par petits groupes, les danseurs traversent la scène. Le mécanisme de leurs gestes répétitifs nous rappellent la mythique scène de Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes le tout dans un esprit comédie musicale de Broadway où le féminin et le masculin se réconcilient à la fin. Ce Boléro de Ravel revisité nous émeut depuis notre siège. Et nous en voulons encore et encore.  Très certainement, l’un des plus beaux Carmen vus dansés, saluons ici l’inventivité et la créativité de tout l’équipe du CCN qui se renouvelle à chaque saison avec des œuvres toujours plus étonnantes. Nous quittons les lieux avec des étoiles dans les yeux, riches de ces belles images vivantes vues ce soir.

Le CCN  Ballet de Lorraine nous a fait vibrer, voyager et rêver. Nous tenons à féliciter le travail et la rigueur de chaque danseur. Bravo aux cinq chorégraphes mystères. Nous ne sommes une fois de plus pas déçu par cette nouvelle sélection du Théâtre de Chaillot. Nous vous invitons à découvrir cet incroyable et majestueux ballet avant le 25 janvier 2019. Pour ce spectacle admirable, nos remerciements s’adressent à l’attachée de presse émérite Catherine Papeguay du Théâtre National de Chaillot ainsi qu’à notre rédactrice Célia Baroth de l’IEJ de Paris. Photographies: G&P et Arno Paul. Le Théâtre National de Chaillot, un haut lieu des arts vivants célébrant la danse depuis 1937, établi avec majesté au 1 Place du Trocadéro, 75016 Paris -  www.theatre-chaillot.fr et www.ballet-de-lorraine.eu - Janvier 2019

Carmen, Opéra en plein air
au Château de Sceaux

Un opéra magnifique dans un cadre majestueux – Il y a un spectacle en particulier qui, chaque année, marque pour nous le réel commencement de l’été: il s’agit de l’Opéra en Plein Air, créé en 2001, dont la riche saison débute traditionnellement au Château de Sceaux. De juin à septembre, ils traversent la France en proposant des représentations dans des sites remarquables de l’hexagone. C’est ainsi qu’en ce 15 juin, nous voici conviés par la production du Moma Group à assister à la grande première de l’opéra Carmen au sein de l’un des plus beaux parcs de l’Île de France. Craintifs qu’une météo hasardeuse ne gâche la fête, nous voilà rassurés le Jour J lorsqu’un beau ciel ensoleillé salue les préparatifs de ces réjouissantes festivités.

 

Le domaine de Sceaux est un lieu impressionnant par sa grandeur et par sa beauté : nous sommes au cœur d’une vaste superficie de 180 hectares. Le Parc de Sceaux, un jardin à la française réalisé par André Le Nôtre, a été labellisé « Jardin remarquable », et cet adjectif lui va à ravir. De nombreux édifices historiques le jalonnent : en effet, le domaine de Sceaux se révèle être également un lieu chargé d’histoire. Le Château de Sceaux, devant lequel nous passerons une soirée riche en musique, a été réalisé par l’architecte Jean-Michel Le Soufaché pour le duc et la duchesse de Trévise. Le monument est magistral : cette imposante demeure nous emporte instantanément en des temps royaux. Sa construction commencera en 1856, et la réalisation prendra quelques années. Construit sur l’emplacement du château de Jean-Baptiste Colbert lequel sera malheureusement détruit par la suite, l’actuel Château de Sceaux est aujourd’hui un monument historique très bien conservé et un joyau du passé. Le domaine se compose également d’édifices à ne pas manquer : l’Orangeraie, le Petit Château, le Pavillon de l’Aurore ainsi que les Écuries. Un musée présente ses œuvres au sein de ces différents bâtiments.

 

Le public est venu nombreux ce soir-là, se rassasiant de petites collations bio ou de fin champagne avant le début du spectacle fixé à 20h30. Quelle belle contemplation que ce décor de la façade rénovée et étincelante du Château de Sceaux. On ne peut rêver d’un plus beau cadre pour un opéra français. Assister à un opéra en plein air l’été est une expérience enthousiasmante, elle augure de tous les festivals de l’été que nous aurons loisir de couvrir.

 

Le spectacle s’apprête à commencer et le parrain de la saison, le comédien Antoine Duléry, salue le public et rappelle l’esprit de l’opéra en plein air : donner à tous sa chance dans le monde lyrique en soutenant les jeunes talents et permettre également à un plus large public de connaître l’opéra en faisant sortir celui-ci de ses murs. C’est ainsi que cette saison transportera Carmen au Château du Champ de Bataille en Normandie, au Château de Carcassonne, aux Invalides en septembre et dans bien d’autres lieux remarquables de France.

 

Le personnage de Carmen est sûrement l’un des plus célèbres de la littérature. À l’origine, Carmen est une nouvelle de Prosper Mérimée. Elle raconte l’histoire d’une jeune femme dont le charme ne laisse aucun homme de marbre. Le célèbre opéra de Bizet commence, et nous voici plongés dans ce doux conte espagnol, mais aussi dur par son histoire mouvementée, romantique et passionnelle, qui finit par la mort de la principale protagoniste. Cet opéra se distingue également par l’histoire de sa réception : présenté en France à l’Opéra-Comique le 3 mars 1875, il reçut une flambée de critiques acerbes et horrifiées. Depuis, l’opéra de Bizet a pris sa revanche puisqu’il est de nos jours le plus joué au monde après La Traviata. Ce qui a été jugé choquant et violent à l’époque est devenu au fil du temps la pièce opératique la plus enthousiasmante saluée dans le monde entier. Un chef-d’œuvre des arts lyriques français nous est présenté, nous voilà partis pour trois heures de grand show, en quatre actes.

 

L’opéra commence et nous sommes portés par des voix remarquables, celle de Carmen jouée par Gala el Hadidi (en alternance avec Marion Lebège) ou celle de Don José, joué par Eric Fennel. Un duo incroyable à la puissance vocale remarquée.

 

Le décor peint et classique s’associe aisément avec le château en arrière-plan et la première scène s’ouvre sur le fameux épisode des soldats rencontrant les cigarières à la sortie de leur travail. Dès lors, le personnage principal est campé : Carmen, la femme fatale par excellence, attisant le désir de tous les hommes. L’autre personnage clef de la pièce, Don José, semble indifférent, mais succombera vite aux charmes de la belle, avec l’aide de quelque sortilège d’amour que la belle bohémienne a dans son sac.

 

Nous voici ainsi transportés dans cette fable hispanique inspirée de l’œuvre de Prosper Mérimée, plongé au cœur du Séville des années 1820, charmés par les beaux costumes, la scénographie fluide et les chorégraphies soignées et énergiques d’Isabelle Bangoura (dont nous publierons l’entretien prochainement). La richesse des personnages, la complexité des scènes et des changements de costumes produisent un effet saisissant d’une grande scène d’opéra où les personnages sont foison. On a aimé la vive intervention des jeunes chœurs de la Maîtrise des Hauts de Seine qui ont apporté une fougue supplémentaire à des scénettes vives et grandioses.

 

On se laisse charmer par le jeu fort des personnages, par les choix scénographiques faits, voici un opéra fluide, qui se laisse apprécier sans ennui, c’est même rare, nous nous sommes retrouvés plongés dans autant de profusion de couleurs et de douces mélodies, au cœur de l’action et de la passion. Ce Carmen, un vrai opéra à vivre, une source de fraîcheur et d’émotion pour l’été. L’effet visuel est réussi, les beaux costumes chatoyants formant un contraste avec la lumière solaire qui inonde le plateau, cédant ensuite place à de beaux éclairages nocturnes finement étudiés.

 

Les scènes et les actes s’enchaînent, nous sommes pris par l’action et par le jeu scénique. Le premier acte est un prélude entraînant qui fait ensuite place à une mélodie plus pesante, puisqu’elle aborde le thème de la destinée. Cet acte représente notamment la rencontre entre Carmen et Don José. Le deuxième acte traite d’affaires de séduction entre Carmen et des contrebandiers dans une taverne. La chanson bohème de Carmen est peut-être la plus connue de cette deuxième partie. Suit le troisième acte, qui se passe à la montagne, où les contrebandiers se réunissent. Un duel entre Don José et Escamillo a lieu, puis Don José est incité à retourner au village; une décision que Carmen encourage. Nous voilà de retour à Séville pour le dernier acte : un nouveau duel entre Escamillo et Don José va avoir lieu, les deux hommes se battant pour l’amour de Carmen, qui dit se vouée à Escamillo. Au comble du désespoir, Don José assassine Carmen sous les yeux d’Escamillo.

 

La nuit est tombée et les acteurs, danseurs et chanteurs, tout feux de toute leur énergie pour animer cette large scène. L’orchestre, remarquable, nous réjouit d’une exécution parfaite, associé à une jolie acoustique. Placés sous la scène, nous apercevons le chef d’orchestre Vincent Renaud, qui le dirige avec vigueur et brio. Vincent Renaud assure également la direction musicale de cette belle production de saison. Le roumain Radu Mihaileanu a fait œuvre de génie dans la mise en scène dynamique et divertissante de cet opéra qui oscille entre le comique et le tragique. C’est l’un des opéras les plus réussis que nous ayons vu, dans un registre traditionnel.

On retrouvera avec joie les deux airs les plus célèbres de cet opéra : L’Amour est un oiseau rebelle et Toréador, deux extraits connus du grand public, désormais inclus dans le patrimoine national français du classique. Parmi les artistes doués présents sur scène, nous distinguerons la chanteuse russe Olga Tenyakova ainsi que le chanteur français Franck Lopez jouant le Dancaïre. Deux artistes impressionnants par leur puissance vocale et leur jeu distinctif, très mature et si brillant à la fois.

 

L’Opéra en Plein Air, une belle manifestation d’excellence des arts lyriques français, un rendez-vous incontournable des amoureux des émotions d’exception dans des cadres somptueux. Avec les réjouissances estivales de Versailles, l’une des plus belles expressions créatives de l’été. - www.operaenpleinair.com -

 

Juin 2018

Merce Cunningham
Théâtre national Chaillot

La résurrection du chorégraphe - Nous avons eu grand plaisir à venir découvrir pour la première fois les œuvres riches et mythiques du célèbre chorégraphe américain Merce Cunningham. Chorégraphe novateur et comptant parmi les plus influents du XXème siècle, il a créé plus de 200 œuvres en moins de soixante ans de carrière. Tout commence avec ses années étudiantes, à la fois intenses et accomplies puisqu’il étudie la danse à la prestigieuse Cornish School de Seattle, où il rencontrera son principal collaborateur, John Cage. Avant de devenir l’un des plus grands chorégraphes et danseurs de notre temps, il débute dans des compagnies contemporaines et ne cesse d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. Représenté actuellement par des compagnies renommées telles que le Ballet de l’Opéra de Paris ou encore la Rambert Dance Company de Londres, il est populaire dans le monde entier.

 

C’est sous forme de tryptique que le travail de Merce Cunningham nous est présenté lors de cette représentation. Se distinguent ainsi John Cage, le poète et compositeur spécialisé dans la musique contemporaine expérimentale, accompagné du grand et virtuose Robert Swinston, assistant chorégraphe et directeur du CNDC qu’il crée en 1978. Aujourd’hui et depuis la disparition de Merce Cunningham, il continue de transmettre le répertoire emblématique de celui-ci, en recevant notamment le titre de Directeur de la Chorégraphie du Merce Cunningham Trust, même s’il présente aussi ses propres pièces de danse.

 

Nous nous asseyons sur les sièges de la salle Jean Vilar et attendons avec impatience le début joyeux de cette fantaisie dansée. Dans une grande rétrospective historique, le Théâtre National de Danse de Chaillot nous réjouit des meilleurs morceaux choisis de l’un des grands noms de la danse contemporaine, un artiste engagé qui célèbre avant tout l’expression de l’homme et de la nature. Tous se battent afin d’avoir une place près du nom du célèbre chorégraphe, mais c’est le brillant Centre National de Danse Contemporaine d’Angers qui a remporté cet honneur, et leurs danseurs nous interprètent les superbes chorégraphies de l’auteur, à savoir trois constructions d’espaces et de rythmes liées par un même fil conducteur: dépasser l’Homme et entrer en symbiose avec la nature, la sublimer.

 

L’entrée en scène se fait sur Inlets 2, une mise en scène épurée sur un fond or chatoyant, qui laisse libre cours à notre imagination et à l’improvisation des danseurs. Créée en 1983 par le fameux chorégraphe, la pièce est une variation d’Inlets, initialement jouée en 1977. Pas cadencés, silences et évocations sonores font le jeu réussi de cette grande fresque poétique évoquant le climat ainsi que la topographie de la Pacific North-East Coast. En effet, l’endroit n’est pas anodin puisqu’il s’agit du lieu de jeunesse de l’auteur. Tant de travail personnel produit une réussite, solaire et marque une rupture, un renouvellement dans le style du maître. Nous sommes restés émerveillés devant autant de grâce et de jeux subtils des danseurs qui personnifient les éléments de la nature, des êtres légers qui se baladent au firmament des astres. L’art de l’exécution des mouvements nous éblouit tout autant qu’il nous impressionne, leurs mouvements sont d’une coordination épatante, nous concevons tout le travail qui a dû être accompli à l’entraînement. Le spectacle est inauguré en mettant à l’honneur directement les souvenirs de l’auteur du ballet.

 

Vient ensuite Beach Birds, créée en 1991. Pièce complémentaire du premier épisode du spectacle, elle porte sur des études de la nature dans laquelle la présence humaine se fond. La pièce devient plus structurée et nous inspire une évocation ludique et imagée de superbes oiseaux des mers. Ils vont et viennent, tels une construction-déconstruction de leurs espace-temps, ils se posent, volent et virevoltent sous le rythme des percussions, utilisant des coquillages pour reproduire les sons marins. De prime abord la pièce nous a décontenancé, mais très vite, nous entrons dans cet univers et nos sens partent en voyage vers les douces côtes de Californie.

 

A travers cette superbe pièce, nous sentons le talent intemporel de Merce Cunningham, transmit par les pas gracieux de chacun des onze danseurs. Les mouvements du bas des jambes, les longs bras noirs étendus ainsi que chaque pas dansé des artistes avec précision soulignent notre regard attentif durant toute la comédie dansée.  Cette pièce reçoit les ovations d’un public conquis et passionné venu nombreux ce soir.

 

Pour clôturer ce festival d’émotions pures, le How To Pass, Kick, Fall and Run est présenté. Il s’agit de l’une des pièces fondatrices de l’œuvre de Merce Cunningham, construite à partir d’histoires de John Cage de 1965, compositeur des représentations. Deux narrateurs sont sur le côté de la scène et récitent des textes de Cage, une minute chacun. Original et authentique, la place des conteurs dans ce spectacle de danse rend celui-ci  unique et exceptionnel, c’est l’une des qualités que nous admirons chez le célèbre chorégraphe. Sur scène, les danseurs, en solos, en duos ou toute la troupe entière exécutent des pas de danse inspirés par l’instant dans une souplesse qui nous fascine, leurs sentiments expriment toujours avec grâce et puissance une force douce mais assurée. Certains passages nous évoquent volontiers West Side Story. Cette pièce, résolument rock, est typique des années 1960 et n’a pas pris une ride. On a apprécié autant de spontanéité et de force dans ces danseurs doués faisant foison de créativité personnelle et collective.

 

L’attraction spectaculaire et élégante se finit sous les applaudissements admirateurs de l’assemblée.

Pour notre plus grand plaisir, le brillant Robert Swinston vient saluer la salle avec ses danseurs du  CNDC d’Angers. Spectacle admirable et légendaire, nous avons adoré le talent et l’inspiration du chorégraphe Merce Cunningham et reviendrons volontiers voir l’une de ses compositions. Le spectacle fut un réel bonheur pour nous ainsi qu’une once de plaisir de pouvoir assister à cette commémoration de Merce Cunningham.

 

Nous remercions chaleureusement Catherine Papeguay, attaché de presse du Théâtre National de Chaillot, Clémentine Perrot notre rédactrice, ainsi que chaque danseur, chorégraphe et compositeur du spectacle de Merce Cunningham. Le théâtre de Chaillot est situé au 1 place de Trocadéro 75116 à Paris, www.theatre-chaillot.fr

Juin 2018

Domino Noir
Opéra-Comique

Moment musical et enflammé dans un lieu de prestige - Rendez-vous à l’Opéra-Comique pour une soirée haute en couleurs et en émotions. En cette fin du mois de mars, l’équipe de Gouts et Passions a assisté à Domino Noir, opéra d’une qualité incroyable que nous avons eu un grand plaisir à découvrir.

 

Les deux heures de représentation sont passées à une vitesse folle. Dès les premières notes, exécutées avec brio par l’orchestre, nous sommes sous le charme. Patrick Davin dirige les musiciens avec talent et bonne humeur, et cela se ressent. L’histoire est simple, mais son interprétation relève du génie. Horace est fol amoureux d’une jeune femme qu’il a rencontrée lors d’un bal l’année précédente, mais leur amour semble impossible pour des raisons qui lui restent obscures. Le premier acte relate alors leur deuxième rencontre, pleine de bonheur, musicalement intense, et pourtant trop vite écourtée. Il part alors à sa recherche et nous entrons dans un tourbillon d’aventures aussi drôles que farfelues.

 

La mise en scène est très moderne. Le Domino Noir est remis au goût de jour par Valérie Lesort et Christian Hecq, émérites metteurs en scène, accompagnés d’une troupe dotée d’un talent de folie et d’un niveau artistique inégalable. Les nombreux comédiens, chanteurs, danseurs, sont tous exceptionnels par leur jeu des plus sidérants. L’actrice principale, soprano, atteint des notes difficiles avec une facilité déconcertante et une clarté de voix remarquable. L’audience est conquise, nous rions, sourions et nous demandons si Horace pourra enfin retrouver sa belle inconnue. Les costumes, à la fois loufoques, beaux et inventifs, sont sans aucun doute le fruit d’un travail d’orfèvre, avec pour résultat des créations que nous ne verrons nulle part ailleurs. C’est aussi le cas pour les décors qui font partie intégrante du spectacle. Quelle n'était notre surprise et notre amusement, notamment à la vue des gigantesques gargouilles qui riaient et bougeaient en réponse aux performeurs.

 

L’Opéra-Comique est une institution musicale et théâtrale depuis sa création sous le règne de Louis

XIV. Théâtre National depuis 2005, la programmation proposée est d’une qualité hors pair. Les mises en scène ainsi que les événements mis en place par le lieu sont superbes, d’une modernité incroyable et de très bon goût.

 

Du XIXème siècle à nos jours, le Domino Noir n’a pas pris une ride pour notre plus grande joie. Dans le superbe écrin qu’est l’Opéra-Comique, nous sommes heureux d’avoir participé à cette délicieuse soirée. Nous remercions Alice Bloch-Rattazzi, attachée de presse de talent, pour son travail de qualité et sa réactivité, ainsi que notre rédactrice Bénédicte Alessi - 1 Place Boieldieu, 75002 Paris - Crédits photos : Vincent Pontetwww.opera-comique.com 

 

Avril 2018

L'Odyssée
Théâtre Impérial de Compiègne

Un opéra jeune et enchanteur - Trois solistes, un quatuor à cordes et un chœur d’enfants enthousiastes pour une nouvelle Odyssée. C’est toujours un immense plaisir que de répondre à l’invitation d’Éric Rouchaud, audacieux directeur du Théâtre Impérial de Compiègne, qui plus est pour découvrir une nouvelle œuvre de son jeune compositeur de génie : Jules Matton. D’une émouvante fraîcheur, sa version de l’Odyssée est des plus percutante. Pour soutenir cette œuvre sophistiquée et sensuelle, mais parfois brutale, qui de mieux que le Quatuor Debussy ?

 

Cette nouvelle partition nous offre d’explorer toute la palette de nos sensations et de jouer délicieusement de nos émotions. Ces quatre musiciens d’exceptions attaquent de front, sans apparente difficulté, des sommets techniques, ambitieux et riches pour nous embarquer ensuite dans de suaves nappes mélancoliques. Ils ne sont que quatre, et pourtant on l’oublie si vite. Cette nouvelle Odyssée Homérique nous invite à changer son habituel point de vue. Ce n’est plus d’Ulysse que part cette réflexion, mais de Télémaque, son fils. Enfermé dans ce no man’s land entre adolescence et jeune adulte, perdu, il n’a d’espoir que le retour de son père. Retour qui libérera sa mère, Pénélope, des assauts de faux prétendants et lui offrira, à lui Télémaque, fils du grand Ulysse, son identité, sa position. C’est Fabien Hyon qui déploie ce rôle semblant lui être taillé sur mesure. Avec une belle présence scénique, sa voix pleine et intense nous transporte avec facilité dans ses colères, ses interrogations, ses doutes et ses espoirs.

 

Pour soutenir Télémaque, un chœur d’enfants. Déjà si professionnels, leur fraîche myriade emplit la scène avec beaucoup de dynamique. Jules Matton n’a pas allégé pour autant sa partition et leur excellente cheffe de chœur Valérie Thuleau s’efface totalement tout en conduisant ces 25 jeunes artistes avec une grande précision. Dans leurs rôles de filles et fils des compagnons d’Ulysse, s’égaillant sur la plage, ils prennent soin de Télémaque. Ils lui inventent les exploits, les échecs de leurs pères, tentant ensemble de grandir malgré leur absence.

Ulysse est toujours présent. Avec une grande d’élégance et beaucoup de sobriété, le baryton Laurent Deleuil ne semble parfois n'être qu’une chimère sortie de l’esprit complexe de Télémaque. La mise en scène géniale de David Gauchard le fait évoluer en filigrane, nuançant sa présence jusqu’à son retour triomphant. Laurent Deleuil y excelle tant par son jeu précis et distingué que par son chant toujours irréprochable, autant dans les murmures que dans les tempêtes.

 

Notre plaisir était aussi dans l’impatience de retrouver l’excellente soprano Jeanne Crousaud. Résidente du Théâtre Impérial de Compiègne au même titre que Jules Matton, elle s’est montrée si performante et juste dans ses interprétations précédentes que le metteur en scène David Gauchard lui aura, pour cette Odyssée, réservé une double peine, qui sera pour nous une double récompense. Elle campe en effet Athéna, la sage et sublime déesse aux yeux pers qui veille sur Ulysse et accompagne les enfants, ainsi que la noble et magnifique Pénélope. Aucune déception, ses jeux se font encore plus brillants et sa voix paradoxalement aussi douce que puissante trouve exactement sa place dans cette si précise acoustique que Jeanne Croussaud maîtrise et avec laquelle elle joue avec délices, sans parler du ravissement provoqué par la joie évidente et partagée entre Jeanne et tous les enfants du chœur.

 

Tous évoluent sur un décor minimaliste mais absolument suffisant. Plus de trente artistes sont en permanence sur scène et pourtant la scénographie de Fabien Teigné accompagné des créations visuelles et numériques de David Moreau, effacent toute lourdeur dans une impression d’ensemble extrêmement dynamique. Nous n’avons en revanche pas été convaincus par le livret de Marion Aubert, lequel, dans un choix évident d’éclectisme, se voulait simple et accessible. Il nous a semblé manquant de ’’beaux verbes’’, limitant ainsi quelque peu le kaléidoscope des mélodies. Nous aurions sans doute apprécié pour cette œuvre d’une très grande richesse musicale un texte plus soutenu et imagé.

 

Nous remercions chaleureusement les dynamiques équipes du Théâtre Impérial, ainsi que Mathilde Lacour, leur chargée de communication pour son accueil et notre excellent placement, Isabelle Gillouard de l’agence Ysée pour ce moment de grande qualité au sein de ce lieu exceptionnel, ainsi que René Zimmerman, notre rédacteur - www.espacejeanlegendre.com

Avril 2018

Sydney Dance Company
Théâtre national Chaillot

Energie, fougue et équilibre – Le Sydney Dance Company, une compagnie de danse contemporaine originaire d’Australie, comme son nom l’indique, se produit du 11 au 13 avril 2018, dans ce magnifique écrin qu’est le Théâtre national de Chaillot. Sis au sein du Palais Chaillot, à côté de la Place du Trocadéro, nous sommes accueillis par une architecture grandiose, nous faisant presque paraître… Insignifiant, tandis que nous descendons les marches d’escaliers (et empruntons l’ascenseur) menant à nos places. La salle Jean Vilar s’emplit petit à petit, jusqu’à en devenir comble. Devant nous s’étend une immense scène, pour le moment close par des rideaux. Enfin, ces derniers se lèvent, pour dévoiler le spectacle proposé par le Sydney Dance Company, en trois « actes » : Wildebeest, Full Moon et Lux Tenebris.

 

Wildebeest, de Gabrielle Nankivell

Nous pouvons littéralement traduire ce titre néerlandais en Bête Sauvage. Et c‘est précisément ainsi que débute le premier acte : avec l’humain sauvage, l’homme qui est encore un loup pour ses contemporains. Ce dernier se contorsionne, se tord les membres, tandis qu’il peine à se tenir sur ses appuis, et quand il y parvient, il titube et retombe lourdement au sol. Enfin, il se redresse, marche, court et danse, rejoint par d’autres congénères.

Puis… Le tic-tac insistant d’une horloge, tandis que se met en place une chorégraphie se réglant petit à petit sur ce rythme. La civilisation. C’est l’instinct face à la connaissance.

 

Full Moon, de Cheng Tsung-lung

La Lune est un astre des plus singuliers. On déclame des sérénades à l’objet de son cœur, illuminé par la lumière argentée de cet astre, on l’associe à la fécondité et à la féminité. Chez les grecs anciens, elle était personnifiée par la déesse Séléné, décrite comme une femme sublime d’une blancheur étincelante, dame de nombres d’amants mythiques. Mais aussi, la Lune est associée aux sautes d’humeurs, et une légende urbaine conte qu’elle influence certaines maladies mentales.

Full Moon retranscrit parfaitement ces deux pendants de l’astre lunaire, tout d’abord en mettant en avant la Femme, avec un grand F, celle qui nous fait rêver, qu’elle se fasse proche ou distante, étrange ou mesurée, puis en jouant sur le thème de la folie, projetant les danseurs au sol, les tordant en tous sens jusqu’à ce que, épuisés, éreintés, ils retournent dans les ombres…

 

Lux Tenebris, de Rafael Bonachela

La lumière dans les ténèbres. Un titre approprié : les lumières ouvrent plusieurs tableaux sur scènes, qu’occupent les danseurs se contorsionnant en tous sens dans une danse tribale endiablée… Jusqu’à ce qu’un petit îlot d’accalmie vienne nous bouleverser, nous couper le souffle. Un couple, seuls sur scène, s’engage dans une danse calme et lascive. Leurs mouvements et postures créent une harmonie des plus troublantes. Et voir qu’il fut choisi de clore cet « acte » avec cette danse plonge le spectateur dans une sorte de bulle au sein de laquelle il peut se remettre des émotions de la soirée.

 

Nous noterons en particulier ce duo, composé de Charmene Yap et Todd Sutherland, qui nous invite au sein de leur intimité et qui, par leur simple interprétation, permet au spectateur de se délasser, de se reposer de l’énergie qui fut libérée tout le long de la représentation.

 

Nous tenons à remercier Catherine Papeguay, attachée de presse au Théâtre Chaillot, pour son invitation, ainsi qu’Antoine Barré, notre rédacteur. Sydney Dance Company se produit du 11 au 13 avril 2018 au Théâtre Chaillot. Crédits photos : Pedro Greig. www.theatre-chaillot.fr

 

Avril 2018

Tout est lumière
par le Palais Royal

Soirée royale, lumineuse, enchanteresse – Quelle belle surprise nous avons eu au Palais Royal en cette soirée de mars. Les solistes et le chœur de ce lieu d’exception nous ont présenté Tout Est Lumière, une œuvre complète qui nous a beaucoup plu. 

 

Les premières minutes nous en disent énormément sur la superbe soirée que nous allons passer: histoire et humour seront au rendez-vous pour notre plus grand plaisir. Le chef d’orchestre Jean-Philippe Sarcos nous présente la création et le lieu avec passion, nous voulons en savoir plus tant cela est intéressant, mais il est arrêté par la marquise sur le ton de la plaisanterie. La belle nous intrigue par son magnifique accent germano-italien, elle nous invite alors à sa cour. Bienvenus au XIXème siècle, à l’époque de Napoléon III, du retour des mondanités et de la légèreté. Tout est plaisir et joie.

 

Les chanteurs sont en scène et interprètent leur premier chant, accompagnés de l’incroyable pianiste Orlando Bass. Il nous a impressionnés par son jeu de talent pendant près de deux heures. Pour embellir une fois de plus cette représentation déjà sublime, le musicien est sur le même piano qu’utilisaient les plus grands tel Liszt, le piano Erard. Quelques notes suffisent pour nous charmer tant l’instrument produit un son doux et clair. 

 

Nous assistons à une mise en scène de génie dans laquelle les scènes de joie, de plaisir, sont succédées par des scènes de peur, de surprise ou de chamanisme. Les esprits s’invitent, Victor Hugo arrive et parle avec le grand Napoléon, oui le grand, le premier surtout. Les références sont nombreuses et les musiques épousent chaque thème avec goût. Nous reconnaissons La Matinée de Provence (1903) et Tout Est Lumière (1901) du superbe Ravel, mais aussi Le Chœur de Sylphes (1884) de Camille Saint-Saëns. Nombre de ces œuvres furent composées pour le prix de Rome, elles sont belles et émotionnellement très fortes.  

 

Le chœur du Palais Royal est grand par son nombre et sa qualité. Nous nous croyons face à une peinture de Monet: l’ensemble est incroyable, tout comme l’individuel. Nous regardons chaque personne, l’intensité du jeu reste la même, prenante et gracieuse. Les interprètes sont dotés d’une capacité vocale hors norme qui nous marque, ils sont aussi très bons acteurs. Nous avons adoré Tout Est Lumière, et tout particulièrement le final, surprenant, moderne et si fort que nous avons eu le droit à un rappel! 

 

La mise en scène était magique, nous la devons à Benjamin Prins, jeune surdoué dans le milieu. Après avoir étudié à l’école supérieure d’art dramatique et de musique de Vienne, il s’est fait connaître internationalement par des mises en scène éclatantes telles The Beggar’s Opera à Montpellier ou Les Joyeuses Commères de Windsor au Anhaltisches Theater Dessau en 2017. 

 

Nous avons adoré Tout Est Lumière, une œuvre fraiche, moderne et joyeuse. Nos remerciements s’adressent à Margaux Heuacker du Palais Royal, et à notre rédactrice Bénédicte Alessi. Palais Royal  3 rue Vineuse 75116 Paris - www.le-palaisroyal.com 

Mars 2018 

The Propelled Heart,
au Théâtre National de Chaillot

Le corps humain à l’honneur – Le célèbre Théâtre National de Chaillot est connu pour sa programmation de danse d’une qualité inégalable, avec des chorégraphes et danseurs à un niveau difficilement atteignable. C’est pour ces raisons que nous aimons nous y rendre, et cette fois encore, nous y avons vécu une expérience exceptionnelle. L’ Alonzo King LINES Ballet nous a présenté The Propelled Heart, un travail sur le corps humain, capable de beaucoup. 

 

Une création poétique que nous avons énormément appréciée avec des artistes danseurs, performeurs, acteurs, mais surtout, Lisa Fischer. Sa voix envoutante à la capacité déroutante laisse l’audience bouche-bée. Elle atteint des notes avec une aisance stupéfiante, la choriste favorite des Rolling Stones et de Sting est magnifique. Personnage principal souvent en retrait physiquement, elle agit telle une charmeuse de serpent avec son vibrato divin.

Elle attire les danseurs, les fait bouger, sauter, elle les calme aussi. Lisa leur permet de se libérer de cette force invisible qui semble les retenir au sol. En quelques notes, ils s’envolent suivant la mélodie de sa voix, adoptant une certaine animalité. Nous sommes épris de cette capacité à changer d’émotions, d’attitudes, la beauté des gestes est incroyable. 

 

Nous voyons et entendons un singe, des oiseaux, chaque artiste est superbe dans son jeu et l’ensemble s’accorde dans un désordre étonnamment organisé. L’ambiguïté est omniprésente et de l’animalité ressort une sensualité saisissante. Leur respiration, leurs bruits son repris par Lisa qui dirige et inspire la troupe. Rythmée par des moments tintés de sérénité, The Propelled Heart nous offre des duos dans lesquels Femme et Homme se confondent, sont égaux et beaux. La soliste intensifie le mystique de la performance en utilisant deux micros.

La modernité et la virtuosité s’assemblent parfaitement, c’est divin et nous adorons cela. La représentation se termine sur un retour à l’humain, nous comprenons les mouvements des corps qui ont traversé de nombreux états, et la musique s’accroît, restant toujours aussi prenante. 

 

La compagnie Alonzo King LINES Ballet cherche les jeunes talents d’outre-Atlantique depuis sa création à San Francisco en 1982. Alonzo King travaille avec les compagnies du monde entier en gardant son style déjanté, sensuel, vibrant, et son envie d’allier modernité, tradition et les différentes cultures. Une ligne artistique magnifique que nous avons pu expérimenter avec plaisir. 

 

The Propelled Heart est une création belle et poétique que nous avons adorée. Nous remercions l’attachée de presse Catherine Papeguay pour son invitation à ce beau spectacle et le placement de qualité, ainsi que notre rédactrice Bénédicte Alessi. The Propelled Heart au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 16 mars prochain -  Théâtre National de Chaillot,1 Place du Trocadéro, 75016 Paris- www.theatre-chaillot.fr

Mars 2018 

La saison d’Irina Kolesnikova à Paris
au Théâtre des Champs-Elysées

Grâce, pureté et passion.- C’est ainsi que l’on peut résumer la saison de la danseuse étoile Irina Kolesnikova, du Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre, à Paris. Durant cinq jours, cette danseuse de renommée internationale a régalé son public en interprétant Le Lac des cygnes, de Piotr Illitch Tchaïkovsky, Chopiniana, de Chopin et Stravinsky, et Paquita, d’Edouard Deldevez.

Créé en 1994 par Konstantin Tachkin, le Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre a comme but de faire (re)découvrir au monde la qualité des ballets russes classiques. Une grande partie des membres du corps de ballet vient de la Vaganova Ballet Academy, considérée comme la source même du ballet moderne. Depuis 24 ans le Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre effectue des tournées à travers le monde, et notamment en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud et, annuellement, à Paris.

 

Ce qui marque notamment le spectateur, c’est l’harmonie parfaite qui règne au sein du corps de ballet, donnant une impression de simplicité à une exécution en réalité extrêmement technique: nous avons ici affaire à la quintessence de la chorégraphie des ballets russes traditionnels. Les chorégraphies originelles ont en effet été respectées à la pointe prête, telles que les voyaient, et surtout, les voulaient Michel Fokine, Marius Petipa et Lev Ivanov.

A la demande d’Irina Kolesnikova, afin de fêter ses dix années sur scènes, la représentation du 25 février 2018, rassemblant originellement Chopiniana et Paquita, voyait s’intercaler entre les deux ballets l’acte 1 du Lac des cygnes, mettant ainsi en place une nette graduation dans l’intensité des chorégraphies, tout en créant, involontairement ?, une chronologie dans les décors. On débute ainsi au cœur d’une luxuriante forêt (Chopiniana), pour s’aventurer ensuite auprès de ruines gothiques surplombées par un sombre castel (Le Lac des cygnes) pour finir notre voyage au cœur d’un palais de boyard aux chaudes couleurs (Paquita).

Chacun de ces ballets porte en lui les graines d’une histoire, d’un scénario pouvant être complexe au premier abord, en particulier pour le néophyte. La Chopiniana, présentée pour la première fois au public en 1907, fut renommée Les Sylphides deux ans plus tard. Toutefois, la musique originale, composée par Chopin, fut orchestrée pour la première fois en 1892 par le compositeur Alexander Glazunov, sous le nom de Chopiniana Op. 46.

C’est toutefois à Michel Fokine que l’on doit sa chorégraphie. Il s’agit d’un ballet blanc (où le corps de ballet est vêtu de blanc, ndlr) non-narratif, dans lequel les danseuses, représentant des sylphides (génies ou esprits de l’air provenant des mythologies celtes, gauloises et germaniques), dansent auprès d’un poète ou d’un jeune homme perdu dans la forêt.

 

Le Lac des cygnes (Tchaïkovsky, Op. 20), conte d’amour tragique s’il en est, est inspiré de contes populaires allemands (d’où les noms à consonance germanique plutôt que slaves), notamment le Voile dérobé, extrait de Volksmährchen der Deutschen, de Johann Karl August Musäus, auquel il ajoute un « ingrédient » supplémentaire : les cygnes. Ces derniers sont en effet souvent évoqués dans les contes romantiques russes et symbolisent généralement l’amour et la fidélité.

La première version de ce ballet fut vraisemblablement créée en 1871 par Tchaïkovsky, qui avait pris l’habitude de créer des œuvres en une représentation. La version finale, telle que nous la connaissons, fut créée quelques années plus tard lors d’une réunion du groupe artistique moscovite Le Salon de Chikhovskaya, auquel appartenait Tchaïkovsky.

Enfin, Paquita parvient à réunir un tour de force, à savoir mélanger harmonieusement deux cultures, une latine et l’autre slave, l’une provenant d’un pays aux températures douces, voire chaudes, et l’autre d’un pays aux conditions de vie (notamment hivernales) rudes.

Et pourtant, ces deux cultures, ces deux visions du monde diamétralement opposées parviennent à transcender leurs différences autant culturelles que géographiques afin de proposer un ersatz de flamenco au pays des tsars.

Créé originellement par Joseph Mazilier le 1er avril 1846 à l’Opéra de Paris, ce fut toutefois Marius Petipa qui, en 1847, en remania la chorégraphie telle qu’on la connait aujourd’hui. Cette version-ci fut jouée sans interruption aucune en Russie jusqu’à la révolution bolchevique.

L’accompagnement musical, magistralement interprété par l’orchestre du Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre, est autant à la hauteur que le sont les chorégraphies. Sous la baguette de Timur Gorkoventko, les accords s’élèvent jusqu’aux fresques de la voute de la salle, emplissant peu à peu l’espace, faisant vibrer le cœur des spectateurs et transformant, le temps de quelques heures, le chef d’orchestre en un véritable magicien.

Dans cette immense cathédrale qu’est le Théâtre des Champs-Elysées, c’est dans un silence quasiment religieux que le public communiait en cœur avec les officiants et célébrants de cette grand-messe dédiée à la danse. Mais, à la fin, nul ite missa est, nul renvoi, simplement les dernières notes de Paquita qui s’éteignaient, noyées sous les applaudissements.

 

Les costumes eux-mêmes ne sont guère en reste. Certes, ces derniers s’inscrivent dans la mouvance vestimentaire traditionnelle du ballet, mais possèdent en plus ce petit quelque-chose qui permet d’ancrer une sensation au cœur d’une histoire. Cela est d’autant plus remarquable dans Paquita. Après avoir assisté à deux ballets dont l’action prenait place en extérieur, nous sommes alors invités à entrer au cœur d’un palais russe, aux chaudes couleurs, tandis que le ballet évolue entre ses piliers. La tenue des danseuses étoiles et du soliste masculin change alors, passant du blanc virginal (ou d’un proche du gris souris pour le soliste) à un ersatz de la parure portée par la noblesse tsariste, laissant entrevoir, l’espace d’un instant, ce que pouvaient être les bals donnés au Kremlin de Moscou, avant la chute de l’Empire de Russie.

Nous retiendrons tout particulièrement, en plus de la performance d’Irina Kolesnikova, celle du soliste masculin, ainsi que la deuxième étoile. Leurs mouvements, emplis de grâce, magnifiaient les tableaux et permettaient la sublimation de la représentation. Bien entendu, ces efforts seraient vains, sans l’appui coordonné du corps de ballet, dont la performance, réglée tel le mécanisme d’une horloge, envoûte de par sa précision.

Comment ne pas apprécier cette cohésion de groupe, tandis que la cour devient le reflet du jardin et qu’un couple, emporté par la passion de la danse, se laisse ainsi porter par la musique ? Enfin, comment ne pas apprécier les heures de répétition en amont, nécessaire pour permettre au public, l’espace de quelques heures, d’oublier la réalité, de rêver d’un monde autre, dans lequel l’émerveillement l’emporte sur la raison ?

Deux heures et demie durant, nous avons pu vibrer de passion, en résonance avec le corps de ballet, à tel point que les deux entractes prévus entre les différents ballets n’étaient de trop pour nous permettre de nous remettre de nos émotions. Avec cette saison parisienne de 2018, le Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre continue d’assurer sa position en tant que l’un des plus grands ballets au monde.

 

Elégance, classe, agilité, force, synergie, esthétisme… Autant de mots (encore trop faibles) pour qualifier cette saison annuelle, rendez-vous obligé des amateurs de ballet franciliens.Voir Irina Kolesnikova et mourir.

 

La saison d’Irina Kolesnikova à Paris était autant une performance artistique qu’une déclaration d’amour au ballet traditionnel russe, un spectacle à couper le souffle, ravissant autant la vision que l’ouïe. Nous tenons à remercier Maria Romanova Gallon, directrice des tournées pour le Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre Europe, ainsi qu’Antoine Barré, notre rédacteur. La saison d’Irina Kolesnikova à Paris se déroulait du 21 au 25 février 2018, au Théâtre des Champs-Elysées au 15 Avenue Montaigne 75008 Paris.- www.spbteurope.com

 

Mars 2018

Two,seul
au Théâtre National de Chaillot 

Le baroque dansé devenu vif et brillant – Le spectacle Two, seul est l’histoire d’une rencontre de l’homme avec un territoire; de la chorégraphe Annabelle Bonnéry avec le Burkina Faso. Sur les planches du Théâtre Chaillot, danseurs, musiciens et chanteur nous immergent dans un dialogue entre musique et danse, entre homme et nature, entre inconnu et familier.

 

Interprète, danseuse depuis le début de sa carrière, Annabelle Bonnéry rencontre l’artiste plasticien et galeriste François Deneulin en 1998, aboutissant à la création de la Compagnie Lanabel qui compte aujourd’hui une vingtaine de créations jouées en France mais également lors de festivals à l’étranger. Cette collaboration est la promesse d’une rencontre entre la chorégraphie et d’autres formes artistiques. Dans toutes les pièces d’Annabelle Bonnéry, c’est notamment l’union de la danse et de la musique qui apparaît comme inhérente. Two, seul met au cœur de la représentation le Stabat Mater de Vivaldi. Avec Serge Kakudji, passionné d’opéra depuis le plus jeune âge, elle en fait une relecture contemporaine en exploitant un original binôme entre violoncelle et accordéon. Ce contre-ténor congolais s’est très vite fait connaître: en 2006, il représente la République démocratique du Congo au Festival International « La Voix ». Il se fera connaître de plus en plus massivement quelques années plus tard lors de la tournée internationale du spectacle Pitié, et est vainqueur de plusieurs prix internationaux.

 

Force et rupture sont les maître-mots de cette nouvelle œuvre de la chorégraphe et danseuse française émérite Annabelle Bonnéry. Intrigués au début de ce spectacle poétique, chatoyant et atypique, nous voilà vite séduits par l’intensité scénique et musicale de cette fresque vivante, multiculturelle et multiverse comportant une scénographie aussi riche qu’originale. Les expressions corporelles sont ici magnifiées par un décor simple, épuré, franc. L’espace est laissé libre à notre imagination, à des envolées lyriques fruits d’un immense chanteur lyrique présent sur le plateau, le contre-ténor congolais Serge Kakudji. Il emplit de sa voix de diamant la salle Firmin Gémier toute entière et créé l’émotion vive qui sied à une telle célébration des arts et de la culture. Il est accompagné d’un violoncelle et d’un accordéon qui donne au Stabat Mater de Vivaldi une résonance particulière, à la fois baroque et populaire.

 

On aime ce parti-pris audacieux, de faire danser ces deux artistes danseurs, ce couple et duo, en jeans et basquets. A des pas inspirés du classique, se mêlent un style résolument moderne, c’est fort et détonnant. Les corps s’enlacent, se débattent, se fuient et s’attirent. Tout prend forme et tout prend corps, par de subtiles touches, des scénettes qui s’imbriquent dans le puzzle géant de la vie.

 

Nous ne sommes ni dans l’univers occidental, ni dans les rythmes de la danse africaine, mais dans un échange vrai de cultures magnifiées. L’ouverture est singulière, elle dérange mais elle en tire toute sa puissance évocatrice: Annabelle danse sur des pavés de terre, qu’elle va déconstruire peu à peu, s’en enduire, s’y allonger et elle redeviendra terre immobile à nouveau pendant tout le reste de la représentation.

 

Le terre meuble devient brique, se transforme en terrain de jeu des deux danseurs principaux et constituera le mur qui va séparer le couple au fur et à mesure. L’intensité émotionnelle prend toute son ampleur lorsque la musique de Vivaldi rythme les séquences. C’est beau, nous voilà en voyage à travers les évocations lyriques. Le contraste est saisissant avec la forme moderne de cette chorégraphie et cela en fait une rencontre très intéressante. Le silence est aussi un acteur de ce jeu intimiste car une grande partie de la pièce est dansée en silence. Les corps s’animent, seul le geste compte, c’est beau et magique.

 

Two, seul, c’est l’apothéose d’une danse internationale collaborative qui nous libre la richesse du langage des gestes, des corps, qui enflamme la scène d’une libération d’émotions et de vigueur rythmée. C’est une célébration des arts premiers réussie, un appel à l’humain, à la terre, un choc de cultures qui devient un mariage, c’est aussi beau qu’intrigant.

 

Le contre-ténor Serge Kakudji apporte une âme à cette pièce dansée. Son chant fin emplit l’espace à lui seul et devient une danse en elle-même. Sa douce mélodie nous berce et devient symbolique, spirituelle, elle nous élève. Le chant baroque de Vivaldi nous subjugue et le contraste est saisissant avec ces deux danseurs chaussés de simples baskets, de jeans et de t-shirts colorés. La modernité qui rencontre le classicisme, un nouveau style est né, pour notre plus grand plaisir.

 

Two, seul, une jolie pièce dansée et chantée qui fût notre réjouissance partagée ce soir-là au Théâtre National de Chaillot. Nos remerciements vont à l’attachée de presse Catherine Papeguay pour son invitation, ainsi que nos rédacteurs, parmi lesquels nous comptons Adèle Mondine. Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro 75016 Paris – www.theatre-chaillot.fr.

Février 2018

Ballet Béjart Lausanne, 
La Flûte Enchantée

Un ballet enchanteur et grandiose - Très attendu à Paris, le fameux Ballet Béjart Lausanne célèbre son grand retour à Paris avec l’une des pièces maîtresses de son répertoire, La Flûte Enchantée, le réputé opéra comique, chanté en allemand, de Mozart sur un livret de son ami Emmanuel Schikaneder est l’un des plus joués au monde. C’est la grande salle du Palais des Congrès de Paris , où se produisent comédies musicales et spectacles à succès en tout genre, qui sera l’écrin choisi de ce beau spectacle de danse classique et de chant.

 

La première représentation a lieu le 30 septembre 1791, dans les faubourgs de Vienne au Théatre de Scikaneder. Toute la presse parisienne a été conviée, Porte Maillot, pour cette générale de presse intimiste. Les 40 jeunes danseurs du ballet, fondée par Maurice Béjart en 1987, prennent place. La Flûte Enchanté est le seul opéra, en deux actes, chorégraphié par ce danseur membre de l’Academie des beaux arts française disparu il y a dix ans, son successeur et directeur de la compagnie Gil Roman a voulu lui rendre hommage.

 

Pendant presque trois heures, soit la durée d’un opéra, le public découvre un ballet nécoclassique inscrit dans une pure tradition. Composé quelques semaines avant sa mort, ce testament lyrique de Wolfgang Amadeus Mozart est par excellence l’opéra universel, source de joie où l’on s’émerveille jusqu’à la fin. On sent leur maîtrise déjà confirmée, du plus haut niveau. L’orateur, Mattia Galiatto, clame au public, il nous conte l’histoire romancée de ces amours impossibles, on repense à Roméo et Juliette, de ces désirs juvéniles et de ces luttes guerrières entre les hommes, sous l’oeil sage des dieux. Chants et danses s’entremêlent, sous les jeux adroits de lumières mouvantes.

 

Le ballet s’élance et d’un seul corps donne vie à la formidable fresque riche de beaux pas, de gestes doux et d’une poésie onirique faisant appel à notre imaginaire. Nous entrons rapidement dans ce voyage mozartien fait de féérie et de charmantes déclamations des coeurs. On retrouve tous les personnages que l’on aime de l’opéra: Tamino, Pamina, Papageno et Papagena. Le décor est résolument minimaliste,  nous sommes dans l’épure absolue : une estrade rouge, quelques marches et des symboles par ci par là. Elle donne à ces corps un relief, une puissance expressive d’autant plus grande. Le tout est harmonieux, beau et nous reconnaissons là le style si distinctif de Béjart: des pas classiques mais modernes.

 

Des croisés arrêtés, des ciseaux élancés coupés, tout est différent ici, plus tranchant, plus fort. On ne se lasse pas d’admirer une telle maîtrise de leur art, tout est précis, fin. On aime le jeu des acteurs-danseurs- chanteurs qui allient jeux scéniques et danse parlée. On apprécie ces scènes chantées-parlées décalées de pas de danse mimétique mais aussi tous les ensembles chorégraphiques. La mise en scène reprend tous les codes du classique mais avec un twist si distinctif de modernité futuriste. Amusant d’apercevoir des pierrots perchés sur le décor surélevé, ballons de baudruches à la main. Le passé des pharaons rencontre le futur du XXIème siècle. L’oeuvre réalise une symbiose heureuse et intriguante de tous les genres et de tous les styles.

Les costumes sont également réduits à l’expression simple et franche des corps. Les tuniques monochromes mettent en valeur le physique et les mouvements des danseurs qui nous subjugent par leur interprétation d’excellence. Leurs courbes s’alignent parfaitement avec la musique qui nous appelle, nous transporte et trouve écho dans nos têtes et dans nos coeurs. Impossible de passer à côte de l’incroyable Air de la Reine de la Nuit, hymne classique universellement écouté. Des pointes jusqu’au bout des doigts, les danseurs s’expriment avec leurs corps, en rythme et dans une parfaite harmonie.

 

Le début de la seconde partie nous donne l’impression de flotter avant un final digne d’un rêve éveillé où se crée une véritable osmoze entre danseurs, lumières et prouesses vocales d’un enregistrement dirigé par Karl Böhm. Nous distinguerons le jeu si charmant de la danseuse Kathleen Thielhelm dans son rôle de Pamina, la fille de la Reine de la nuit. Nous tenions à souligner l’incroyable interprétation du danseur Massayoshi Onuki dans le rôle de l’amusant Papageno.

 

Un humour, des cabrioles et des farces très appréciés par les spectateurs et qui font tout le charme de cette histoire. En deux actes, le célébrissime ballet de Mozart est fluide et harmonieux, dense et expressif aussi. Tout comme l’étoile inscrite sur la scène du Palais des Congrès, les étoiles du Ballet Béjart n’ont pas fini de briller. Nous sortons du spectacle enrichis de belles émotions et d’images radieuses. L’histoire d’amour qui est le fil conducteur de cette narration nous séduit, elle est le symbole d’un amour pur et joyeux.

 

Nous avons assisté à une jolie représentation de très haut niveau international. Pour cette grande première, pour nous, nos remerciements s’adressent à Anne Simode et à notre rédactrice Célia Baroth. -  Palais des Congrès de Paris, 2 Place de la Porte Maillot, 75017 Paris - www.bejart.ch

Février 2018

 Carmen(s)
au Théâtre National de Chaillot 

Danse, diversité et liberté - C’est une Carmen ultramoderne que GoutsetPassions a eu la chance de découvrir en ce début de février au Théâtre National de Chaillot. Un mélange exquis de plusieurs artistes venant des quatre coins du monde pour interpréter la Carmen de leur choix. C’est avec plaisir que nous assistons alors à une création éblouissante, avec des danseurs plus que talentueux. Ils sont chanteurs, comédiens, performeurs, des boules d’énergie et de bonne humeur.

Quelle fougue, quel enthousiasme ce Carmen(s) de Montalvo Une magistrale claque d’énergie dansée, d’expression vitale, de duos hommes-femmes enflammés, de corps et de pulsions libres et déchainées. Mêlant les styles et les genres avec adresse, Montalvo nous emmène dans un univers résolument latin, espagnol et brillant de tous les feux. Dans une scénographie très almodovarienne ou très salvador-dalienne, c’est avec faste et spontanéité que le grand chorégraphe français José Montalvo nous décrit et nous conte les Carmens, les femmes avec splendeur, vestales ou égéries toutes vêtues de rouge, émotionnelles et communes mais aussi si différentiées. Chaque personnalité d’entre elle transparaît dans leur danse énergique, presque violente mais aussi dans ces portraits filmés intimistes porteurs d’intenses émotions. Un moment rare.

Neuf Carmens sont sur scène, chacune avec son propre caractère et c’est dans la première partie de l’œuvre de Montalvo qu’un réel hommage est fait à la création de Bizet. Nous nous réjouissons à l’écoute des fameuses notes de celui-ci: Prends garde à toi! Les danseurs sont en constante évolution sur scène, une approche nouvelle et dynamique du Carmen. La seconde partie est plus poétique, rythmée par des vidéos dans lesquelles les danseurs s’expriment sur cette femme sulfureuse, sure d’elle et dotée d’un très fort caractère, ce qu’elle leur apporte et ce qu’elle représente pour eux. Les styles se mélangent et s’assemblent avec succès. Une œuvre féministe, simple et remarquable. Le quatrième mur se brise pour créer une interaction réussie entre le public et la Carmen espagnole pétillante et pleine d’une belle énergie. Car le spectacle de Montalvo est bien plus que de la danse, c’est un assemblage adroit de tous les arts. Vidéos, théâtre, cinéma muet, chants et instruments rythment cette magistrale interprétation d’un Carmen de Bizet revisité à la sauce moderne survoltée. Un Carmen destructuré et réassemblé, qui mêlera avec allégresse batacudas brésiliens, chants japonais, hip hop, folklore traditionnel et cornemuses celtes.

On est intrigués, émerveillés devant autant de ferveur et de passion, l’ensemble de ces femmes agit et danse d’une seule voix, d’un seul pas. Tout est libre mais aussi juste, si bien exécuté que cela a l’air facile et fluide. Montalvo nous fait oublier la technique pour nous faire rêver, nous faire vivre de la poésie et porter un regard attendri sur l’Humanité. Chaque Carmen est une actrice, femme fatale qui se joue des hommes, elle est une femme vraie qui célèbre son corps et sa liberté. Tel un toréador brave et fort, elle affrontera le taureau avec courage pour se libérer du joug des hommes.

Montalvo, chorégraphe de talent, nous offre une superbe mise en scène dans laquelle les Carmens se retrouvent dans chaque personnalité, qu’elle soit française, japonaise, gitane, femme ou homme. Une création très attendue dans la célèbre salle Jean Vilar du Théâtre National de Chaillot. Ce beau lieux, créé pour l’exposition universelle de 1878, est un Théâtre Populaire depuis 1920. Les chorégraphes et créateurs sont invités dans ce magnifique écrin de marbre pour partager leur talent. C’est aujourd’hui Didier Deschamp qui dirige ce somptueux Théâtre National, érigé au flanc de la colline du Trocadéro. Il surplombe Paris avec grâce, et nous y avons une vue imprenable sur la Tour Eiffel.

Le spectacle est une intense libération d’énergies et d’extases chantées et dansées. Un peu comme si West Side Story rencontrait le Boléro de Ravel, tout y est coloré, vif et surtout vivant. Une salle comble salue et ovationne debout autant d’audace stylistique réussie. Un vent de fraîcheur renouvelé souffle dans la grande salle Jean Vilar du Théâtre National de Chaillot ce soir-là. Pour son invitation et le placement de qualité, nous remercions l’émérite attachée de presse Catherine Papeguay, ainsi que notre rédactrice Bénédicte Alessi - 1 Place du Trocadéro, 75016 Paris - www.theatre-chaillot.fr

Février 2018

 Et in Arcadia ego
à l'Opéra Comique

Un opéra magistral et enchanteur – L’Opéra-Comique est un lieu qui vaut le coup d’œil: y assister à un spectacle est d’autant plus saisissant. Le bâtiment, classé monument historique, a été créé en 1714 et est de fait l’un des plus anciens établissements dédiés au théâtre et à la musique de France. Avec ses trois cents années d’existence, l’Opéra-Comique a dû connaître d’importantes restaurations au fil du temps, respectant cependant toujours le style architectural d’époque.Pour notre première collaboration avec l’Opéra-Comique, celui-ci nous chouchoute avec de belles invitations pour aller voir Et In Arcadia Ego, l’un des opéras les plus attendus de la rentrée. Nous découvrons pour la première fois les marbres miroir et lustres dorés à l’or fin de la magnifique Salle Favart, totalement rénovée pour le plus grand plaisir des mélomanes parisiens.

 

Et in Arcadia ego raconte le cheminement du personnage de Marguerite, une vieille dame de quatre-vingt-quinze ans, de l’enfance à la vieillesse jusqu’à la mort. Tout est sublime dans cet opéra, de bout en bout, prenant, fort, comme une claque d’émotions vives qui nous transpercent. On assiste à la lutte de la vie contre les ténèbres et la vie de Marguerite se déroule sous nos yeux. La mise en scène de Phia Ménard est digne du génie, elle renouvelle le genre, elle crée un nouvel opéra à elle seule. Cette metteuse en scène également jongleuse et performeuse a créé la compagnie Non Nova en 1998. A l’origine de ses inspirations, Jérôme Thomas et Hervé Diasnas, de qui elle a suivi les enseignements avant de créer sa propre compagnie.

 

A l’origine du spectacle, les musiques composées par Jean-Philippe Rameau, une figure du siècle des Lumières passionnée de musique qui se révèle également être un grand intellectuel et théoricien de cette grande époque où la pensée se renouvelle. Son œuvre lyrique représente un monument capital de l’époque classique. Christophe Rousset, directeur musical, met en relief ce « caractère visuel de l’art de Rameau », qui a les a poussé lui, la metteuse en scène Phia Ménard et le dramaturge Eric Reinhardt à concevoir une chorégraphie qui se fonde sur la musique symphonique du compositeur du XVIIIème siècle.

 

Nous assistons à une réelle performance visuelle, vocale et sensorielle qui nous fait voyager à travers le temps et l’espace. Léa Desandre, virtuose française, porte cette pièce avec toute sa force et sa grâce, elle signe ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière selon nous. Cette jeune artiste lyrique franco-italienne s’illustre au chant, entre récitals et concerts, dans de très nombreuses salles en France et à l’étranger. Artiste en plein essor, elle a été nommée Révélation Artiste Lyrique lors des Victoires de la Musique Classique 2017. C’est une artiste épanouie, également forte de douze années de pratique de danse classique. Dans Et in Arcadia ego, elle représente une figure soliste face à la nature et à la thématique du temps qui s’écoule et nous rapproche fatalement toujours un peu plus de la mort. Le spectacle se déroule comme le récit d’une histoire, celle d’un personnage chantant l’écoulement de la vie à travers la narration des trois tableaux de l’enfance, de l’âge adulte puis de la vieillesse.

Du haut de ses vingt-quatre ans, Léa Desandre évoque la figure d’une jeunesse qui se veut éternelle malgré le personnage de vieille dame qu’elle incarne avec Marguerite. Le personnage adopte différents costumes au fil des âges, celui-ci se teintant de plus en plus de la couleur noire symbolique de la disparition. Bien que nous soyons fatalement conduits chaque jour qui passe vers la mort, il s’agit ici de se rebeller contre celle-ci, comme le soutiendra Phia Ménard: « C’est donc dans un état de révolte contre la mort imminente que je propose de vivre le spectacle.» Les tourments et questionnements de Léa Desandre trouvent un écho dans la musique interprétée par les Talents Lyriques, un orchestre créé par Christophe Rousset, claveciniste et chef d’orchestre, en 1991. L’Ensemble détient un répertoire musical très varié et ses musiciens ont plaisir à remettre au goût du jour de grands chefs-d’œuvre musicaux.

Le spectacle fait preuve de renouvellement, d’actualisation des pièces de Rameau en passant par une réécriture « apte à servir une expression contemporaine », selon Christophe Rousset. Et effectivement, il s’agit pour la metteuse en scène Phia Ménard de dérouter le spectateur, de le saisir, pour reprendre ses propres mots, de se laisser prendre par l’émotion de l’imaginaire créé sur la scène. Cette vision de la mise en scène illustre bien le nom de la compagnie qu’elle a fondé en 1998, « Non nova, sed nove », c’est-à-dire « Nous n’inventons rien, nous le voyons différemment ».

 

L’ingéniosité de la mise en scène nous fascine. Tels ces jouets géants, des totems qui s’effondrent ou ces feux étincelants qui illumineront la salle entière comme dans Rencontre du IIIème Type, c’est comme si Stanley Kubrik rencontrait sur scène l’artiste de la lumière Olafur Eliason. Du jamais vu et c’est brillant. On voyage, on est pris par l’émotion de ce personnage unique et attachant de Marguerite. Elle est touchante de fraicheur et de splendeur. Son combat nous anime et nous éveille. Elle se révèle être un personnage évocateur pour tout spectateur: elle est simple, et son histoire peut rappeler celle de chacun d’entre nous. Il s’institue un dialogue entre Marguerite et le Chœur qui introduit une figure d’altérité et permet ainsi de créer comme un échange avec le monde extérieur.

 

On aime ces mots contés plein écran qui rythment les intermèdes, ils sont tels de mignons haikus de langue française pleine qui se jouera de l’adresse de notre belle langue. L’opéra mue en un conte fantastique qui séduit son spectateur happé par autant de splendeurs visuelles et symphoniques sur scène.Comme avec un canif laser géant, la metteuse en scène a taillé dans tout le superflu pour ne laisser que l’épure absolue, l’essence même du jeu, du chant, du vrai. Aucun artifice, tout y est plein, entier, noir ou blanc, simple et fort, réduit à sa plus belle expression, aux fondements même de l’action, de la performance, du pur génie créatif, on est admiratifs devant autant de créativité.

 

Nous sommes bercés par la musique si typique de Rameau et les chants en français élogieux sont comme une douce poésie. L’émotion se crée en un instant, elle se vit et cette fresque vive et grandiose nous emporte vers les lointains rivages de l’introspection et de la découverte intérieure. Tourments et espoir, joies et peines, amour et mort se mêlent inextricablement dans cette ode à l’être féminin fragile mais courageux si agréablement incarné par Léa Desandre.Tout est beau ici et nous assistons à l’un des plus fins spectacles vus. Le rythme est fluide, les scènes se succèdent allègrement et les décors se transforment efficacement (on prend alors la pleine mesure de la rénovation de l’Opéra-Comique avec ces nouveaux mécanismes).

L’ensemble est exécuté avec brio. On ne se lasse pas de se remémorer ses images à la sortie de ce spectacle brillant. Des ténèbres, la lumière ressurgit toujours, c’est le message fort de cette pièce étonnante.

 

Léa Desandre transcende son rôle et le sublime. A elle seule de sa voix ciselée comme du diamant, elle saisit toute l’assemblée de la soirée, elle transperce d’émotions pures tous nos corps subjugués.

Volontairement minimaliste, tout est soigné, fort et puissant. Elle mêle avec adresse les genres, téléscopant le XVIIIème de Rameau avec le futur du XXIème siècle. Ca clashe ou ça passe et si la moitié de la salle hue en finale, nous on adore, on jubile même. L’Opéra-Comique revient en force sur le devant de la scène parisienne et cet opéra génialissime est certainement le meilleur de cette rentrée 2018, bravo!

 

Avec cet opéra, l’Opéra-Comique frappe haut et fort et clame sa liberté artistique accomplie, avec ce parti-pris réussi qui brille de mille-feux. L’Opéra-Comique dépoussière l’opéra, le rend vivant et moderne. Un tour de passe-passe qui séduit et met l’émotion à son plus haut paroxysme.

Nous remercions très vivement l’attachée de presse Alice Bloch-Rattazzi pour cette éblouissante découverte et nous tardons de retourner sur les sièges de l’Opéra Comique pour une prochaine représentation, ainsi que nos rédacteurs, dont Adèle Mondine. Théâtre National de l’Opéra Comique, place Boieldieu 75002 Paris – www.opera-comique.com.

Février 2018

 La Sirène 
au Théâtre Impérial de Compiègne

Une folle farce aux senteurs d’insolence et de liberté. -  C’est encore un immense plaisir que de répondre à l’aimable invitation de Mathilde Lacour, dynamique Chargée de Communication de l’Espace Jean Legendre et du Théâtre Impérial de Compiègne ainsi qu’à l’accueil toujours parfait de son Directeur visionnaire, Éric Rouchaud. Ils nous présentaient La Sirène de Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) sur un livret d’Eugène Scribe (1791-1861) qui fut présenté pour la première fois en la salle Favart de l’Opéra-Comique de Paris le 26 mars 1844. Ce tandem qui a connu en son temps un succès retentissant nous est à nouveau proposé, près de 170 ans plus tard, par Les Frivolités Parisiennes en résidence à Compiègne. Cette compagnie s’attache pour notre plus grand bonheur à redécouvrir de telles pépites et à rendre leurs lettres de noblesse à ce répertoire de l’Opéra-Comique Parisien du XIXème siècle.

Daniel-François-Esprit Auber proche de Rossini a imposé son propre style très abondant (47 ouvrages lyriques, dont 36 opéras comiques, 6 opéras, 3 drames-lyriques, 2 opéras ballets et un ballet) avec, entre autres des œuvres tels que Fra Diavolo, le Domino Noir ou son incontournable Manon Lescaut. Ses partitions plutôt savantes, qui s’écoutent et s’apprécient avec attention au risque de sembler ’’datées", sont toujours enthousiasmantes.

 

De fait, l’orchestre Les Frivolités Parisiennes, sous la direction de son jeune chef David Reiland, a fort à faire. Mais on peut saluer sans réserve leur extraordinaire précision, leur impeccable équilibre tirant partie pleinement de l’acoustique parfaite et mondialement reconnu du Théâtre Impérial de Compiègne. Le livret d’Eugène Scribe dont le tact musical, l’habileté dramatique et la verve n’ont rien à prouver, nous transporte au cœur d’une histoire de brigands et de contrebandiers et de deux hommes. L’un à la recherche de sa Prima Donna à la légendaire voix de sirène capable d’enchanter des troupes entières, Zerlina, l’autre chargé de capturer le chef des brigands qui retrouvera son amour d’enfance sous les traits de la belle.

Jeanne Croussaud nous a encore émerveillé, l’hypnotique Zerlina La Sirène lui va si bien. On ne peut que se poser la question des voix de l’époque et notamment celle de Melle Lavoye. Créatrice du rôle, elle était considérée comme l’idéal de la cantatrice comique, mais grâce à son chant pur, ses inflexions charmantes et sa voix de nature délicate Jeanne Croussaud emmène son texte avec délice.

La puissance qui lui permet de n’être jamais en défaut est même paradoxale avec le rôle de douce ingénue que lui impose le livret. Soprano d’exception, elle vocalise avec aisance les mélodies funambulesques imaginés par Daniel-François-Esprit Auber dans une comédie toujours juste.

Xavier Flabat qui tient le rôle de Francesco est complet, tant dans sa capacité à jouer la comédie que dans son chant et même son apparence très charismatique. Il est subtilement accompagné de Jean-Noël Teyssier, Scipion, Jean-Fernand Setti, le duc et Benjamin Mayenobe, Bolbaya. Leur trio qui nous offre des personnages bien différenciés est aussi réjouissant en comédies qu’en chants.

Le groupe vocal des Métaboles, le décor minimaliste à étage dynamique de Thibaut Fack et les costumes hauts en couleurs de Madeleine Lhopitalier forment un ensemble cohérent qui sert  à merveille le livret, les partitions et le travail de nos artistes.Un spectacle réjouissant porté par des artistes prompts à partager leur bonheur de jouer, chanter et danser.

Un immense merci à Mathilde Lacour pour ses invitations toujours si plaisantes et à Éric Rouchaud qui permet à ce merveilleux théâtre de vivre enfin de si belle manière. Nous remercions également notre rédacteur René Zimmermann et l'agence Ysée. 3, rue Othenin 60200 Compiègne - www.theatre-imperial.com

Février 2018

   Morphed
au Théâtre National de Chaillot

Un seul homme derrière ceux de Morphed : Tero Saarinien.  A l’occasion du Festival Nordique du 16 au 27 janvier 2018, le chorégraphe finlandais revient au Théâtre national de la danse de Chaillot. En 2014, il vous avait séduit avec Borrowed Light, une pièce inspirée de l’univers des Shakers ou plus tôt en 2010, avec sa reprise du rôle Blue Lady. Cette année et à nouveau en collaboration avec  son mentor Carolyn Carlson, il vous présente Morphed. A l’origine d’une trentaine de signatures de  pièces,  l’interprète du Ballet national de Finlande a choisi pour ce nouveau projet, de jouer sur les forces opposées et tout cela  sur des notes orchestrées par Essa Pekka  Salonen. Un choix musical  idéal pour représenter l’agressivité et la douceur  de la pièce ! Dès son plus jeune âge, le natif de Pori a été sensible à la musique qui lui stimulait son imagination. Il a très vite compris le lien qu’il existe entre la musique et la danse.

 

Tels de fiers Vikings, sept danseurs se dressent hauts et forts face à leur public. Pieds nus, c’est sur un immense tatami qu’ils vont se livrer un combat singulier. Ils se taisent mais la musique qui les accompagne est envoûtante. L’intensité monte immédiatement avec ce premier tableau oppressant où chacun de ses protagonistes se meuvent tels des robots fous, toutes capuches relevées, faisant penser à des Anonymous luttant contre un système de matrice et pris aussi dedans. C’est sans fin qu’ils se déplacent, tels hypnotisés et hypnotisants dans un univers carcéral évoqué par cette double rangée de cordes verticales qui cernent le plateau. Ils se taisent mais la musique qui les accompagne est envoûtante.

 

Morphed, c’est avant tout l’occasion, pour le chorégraphe, d’utiliser la danse pour aborder les sentiments complexes et changeants qu’éprouvent les hommes. Mais aussi de s’explorer lui même, de retourner à ses racines de danseur  mâle et de ce que cela peut signifier tout en s’émancipant des stéréotypes auxquels les hommes doivent faire face depuis toujours. On est pris, avalé par un univers où tout un chacun peut y projeter son malaise ou ses pensées.

 

Le tout est réussi et obsédant. Petit à petit, des changements subtils s’opèrent, les hommes se détachent de leurs habits, la lumière se mue et c’est un univers bleu enveloppant qui bercent ces individus dans des sentiments fusionnels, les cordes sont alors l’évocation d’un temple bouddhiste, tout est devenu zen, en verticalité spirituelle. Mais bientôt, c’est la rechute, la guerre et l’oppression des hommes par les hommes est de mise. Nous assistons à l’un des plus beaux duos de danse masculins. Francs et virils, ils finissent sur scène torses nus et crânes rasés. Le style de danse de Tero Saarinien dans Morphed s’appuie donc  sur l’accentuation des contraires, mise en valeur par  la scénographie,  les lumières de Mikki Kunttu et les costumes de Teemu Murrimäki. Une sorte de clin d’œil à la nature des pays nordiques rythmée par l’obscurité permanente de l’hiver et la lumière aveuglante de l’été.

 

Morphed est une merveille, d’une intensité rare et on se prend l’émotion brute en pleine face tel un uppercut. On en sort abasourdis et charmés, le public ovationne à raison. Certainement le plus beau ballet masculin vu à ce jour et assurément la plus belle pièce de ce Festival Nordique. On en redemande ! Saluons le Théâtre National de Chaillot pour son excellente programmation, infaillible. Nous avons assisté à un spectacle de danse absolue, une épure humaine et spirituelle inspirée, qui ne laissa personne indifférent, bravo !

 

Nous remercions l’attachée de presse Catherine Papeguay pour ses invitations à cette jolie représentation. Le spectacle Morphed est à découvrir au Théatre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro 75016 Paris- www.theatre-chaillot.fr

Janvier 2018

   Le Ballet Cullberg
au Théâtre National de Chaillot

Force et conviction du Ballet Cullberg – Paris Trocadéro, 19h45: la salle Firmin Gémier du Théâtre National de Chaillot affiche complet. Les spectateurs venus assister au dance show Protagonist prennent place dans des fauteuils rouges qui surplombent la scène du théâtre construit en 1937 par les frères Niermans. Seul un tapis de sol rouge sur lequel sont disposés parallèlement deux néons et une structure métallique en fond de scène sont installés. On nous annonce le début du ballet, nous n’entendons plus que le silence, la salle s’assombrit peu à peu et c’est sur un discours dans une langue d’outre-manche que les danseurs du Ballet Culberg, compagnie suédoise de danse moderne et contemporaine active dans le milieu du spectacle depuis sa création en 1967 par Brigit Cullberg (et qui fut co-dirigé par la célébrissime Carolyn Carlsson), font leur entrée pour leur première en France. C'est dans le cadre du Festival Nordique, une riche manifestation impulsée par les dynamiques équipes de Chaillot, que le spectacle prend vie au sein du Théâtre National de Chaillot. Au programme: la découverte d'un «continent de danse», selon les mots de Philippe Noisette, journaliste spécialiste du spectacle vivant. Face au public français, un choix de représentations innovantes et atypiques.

Dans une vive ambiance électro impulsée par David Kiers, une voix nous questionne: «Parfois tu sais que quelque chose doit changer. Tu le sens. Dans l'air. Dans tes tripes». Faut-il suivre cette voix en nous qui appelle à la révolution? Dans la pénombre, nous découvrons les corps désarticulés des quatorze danseurs, dont presque autant de nationalités, de la troupe. Chacun d’eux prend place et nous invite à le suivre dans son histoire. A la façon d’une mise en scène de comédie musicale, chaque spectateur regarde et interprète ce qu’il veut. Le regard se porte d'un danseur à l'autre et voudrait saisir tout à la fois, mais c’est impossible: les danseurs se meuvent tous ensemble en occupant l'intégralité de la scène, et sont emplis d'une vitalité sans pareil. Ainsi, chaque danseur devient protagoniste de la pièce et de l’imagination de quelqu’un.

La troupe ne s'accorde pas un instant de trêve. Seul, à deux, en groupe, les danseurs sollicitent leurs corps entier comme pour en chercher les limites. Le mouvement est roi, et il semble incontrôlable. Tous vêtus différemment, les danseurs affichent des visages qui nous ressemblent. Ces corps dont nous ne connaissons pourtant pas l’identité, nous deviennent au fil de la représentation plutôt familiers. Sur un rythme effréné, des placements non-académiques, une musique parfois angoissante ou même assourdissante et un éclairage sombre ou quelques fois éblouissant, les danseurs bougent de la tête aux pieds, et à la manière du mime ou du langage des signes, nous reproduisent des scènes du quotidien et tout autant d'étapes de questionnement de l'homme. L’espoir, le rêve et le changement de vie; tant de situations explicites par la mouvance de leurs corps, malgré un mutisme admiratif généralisé dans la salle.

La troupe propose une véritable remise en question de notre rapport à nous-mêmes et de notre place dans la société. Bien plus que des danseurs, il s’agit là de véritables interprètes qui dialoguent avec la lumière, les sons et apprivoisent l’environnement qui les entoure. Voilà toute la marque du chorégraphe et danseur Jefta Van Dinther, dont Protagonist se trouve être la seconde chorégraphie destinée au Ballet Cullberg après Plateau Effect en 2013, dans cette nouvelle pièce autobiographique. En empruntant la démarche physique et sauvage du singe, les personnages se découvrent et se redécouvrent, font appel à leurs perceptions du monde et à leurs sensations: ils se touchent, communiquent et évoluent ensemble par des mouvements répétitifs et singuliers de l’ordre de l’état primitif de l’Homme. Lorsque l’on tend l’oreille, il nous arrive même d’entendre leurs respirations saccadées. Au cours d'une heure de représentation, sans aucune sortie de scène, les danseurs du Ballet Cullberg se dressent devant et au plus près de nous, se mettent à nu, libèrent leurs maux pour tenter de changer l’espèce humaine d’aujourd’hui telle une œuvre d’art qui prend vie.

Nous remercions chaleureusement l'attachée de presse Catherine Papeguay pour ses très aimables invitations à cet événement de danse hautement qualitative, ainsi que nos rédactrices Célia Baroth et Adèle Mondine. Le spectacle Protagonist est à découvrir au Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro 75016 Paris – Photographies: Urban Jörén – www.theatre-chaillot.frJanvier 2018

   Paris Mozart Orchestra
à la Seine Musicale

La truculence de Rabelais, la joie du Paris Mozart Orchestra - C’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons répondu à l’aimable invitation de Florence Pétros, spécialiste émérite des relations publiques dans l’univers de la musique classique pour découvrir un concert atypique intitulé Rabelais en Musique. La découverte du tout nouvel Grand Auditorium de La Seine Musicale est un incontournable de cette nouvelle saison. Fièrement érigé sur l’Ile Seguin à Boulogne-Billancourt aux portes de Paris et inauguré en avril 2017, ce lieu d’exception est un complexe unique en Europe. Il concentre sur plus de 36000m² des espaces de concert, d’exposition, de promenade, de restauration et des commerces liés à l’art et à la culture.

La Seine Musicale, conçue par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, est posée sur la Seine, sa coque en bois semble flotter sur le fleuve. Une grande voile équipée de plus de 1 000m² de panneaux solaires en rotation autour de l’extraordinaire structure en bois rond qui suit la course du soleil lui confèrent une identité unique. Plus qu’un lieu de concerts et d’expositions, il s’agit bien là d’un nouveau symbole pour l'entrée ouest de Paris reflétant un rayonnement culturel, accessible à tous et répond à l’ambition de s’inscrire dans un futur écoresponsable.

C’est donc très impatients que nous nous installons dans cette extraordinaire salle pour rencontrer enfin le Paris Mozart Orchestra (PMO). C’est une formation d’excellence de 11 à 45 musiciens non permanents, créée en 2011 à l’initiative de Claire Gibault. L’une de ses forces réside dans sa démarche citoyenne: aller à la rencontre de nouveaux publics, partager sa passion pour le répertoire classique pré-romantique et la création contemporaine avec le plus grand nombre. Le PMO développe régulièrement des partenariats avec des associations à vocation sociale et humanitaire et collabore fréquemment avec des artistes tels que les sopranos Natalie Dessay et Julie Fuchs, la mezzo Karine Deshayes ou les pianistes Anne Queffélec et Jean-Claude Pennetier. Tous fervents défenseurs de la musique contemporaine. Une autre de ses raisons d’être est de mettre en valeur les jeunes et talentueux solistes de l’orchestre dont les membres du talentueux Quatuor Psophos.

Avant de déguster un Rabelais en ’’mélologue’’ porté très haut par Eric Genovese de la Comédie-Française, la cheffe d’orchestre Claire Gibault nous offre La Sérénade nocturne en ré majeur du tout jeune Mozart qui offre l’occasion aux musiciens du Quatuor Psophos de dialoguer avec leurs collègues du PMO. C’est avec une joie communicative réciproque qu’ils interprètent parfaitement cette pièce de style galant à la forme désuète, transcendée par le génie orchestral de son auteur.

’’Au commencement du monde ou à peu près – je n’y étais pas – au commencement était le verre, la bouteille’’ : la première phrase Des Inestimables Chroniques donne le ton. Eric Genovese se régale avec talent et nous régale de ce texte truculent, riche et intelligent, d’une verdeur et d’un humour irrésistible. L’accompagnement musical savoureux et poétique de Jean Françaix prend alors toute sa dimension narrative pour dépeindre les ’’hénaurmes’’ et aventures du géant. Un beau moment d’émotion et de partage enthousiaste.

Un immense merci à Florence Pétros pour cette invitation qui nous aura permis de découvrir autant cette forme musico-théâtrale si riche et interprétée avec tant de bonheurs et d’émotions, que ce lieu exceptionnel et ses équipes à l’accueil aussi charmant que parfait. Nos remerciements s’adressent à notre rédacteur René Zimmermann. Une forte recommandation pour le Paris Mozart Orchestra et ses approches si intelligentes de la musique classique que nous ne manquerons pas de suivre assidument. - www.parismozartorchestra.com - Décembre 2017

   L'Académie Jaroussky
à la Seine Musicale

Un concert de gala vivant et magistral – C’est avec grande attente et tous émus que nous nous rendons pour une double première au majestueux et grand Auditorium de la Seine Musicale: premier concert vécu dans ces nouveaux lieux parisiens du classique et des arts vivants et première rencontre avec le contre-ténor Philippe Jaroussky et ses nombreux talents. Un concert de gala Haendel placé sous les meilleurs auspices de la découverte et de la créativité sensorielle.

 

Nous entrons tous émerveillés dans la magnifique salle ronde et englobante, très féminine, toute de bois vêtue qui forme un cocon harmonieux et doux dans laquelle le public peut prendre place de façon circulaire autour de la scène. Une configuration inédite qu’avait inauguré la Philharmonie de Paris. Le public est venu nombreux ce soir pour un concert déjà complet depuis des semaines. C’est que le talent du contre-ténor Philippe Jaroussky dépasse nos frontières et le voir sur scène se livrer aussi intensément est une expérience aussi rare qu’incroyable. Nous n’imaginons pas pouvoir rencontrer une telle voix aussi douée, capable d’exploits symphoniques saisissants, de surcroit dans le corps d’un homme.

Philippe Jaroussky a créé l’Académie Musicale afin de partager sa passion pour la musique, découverte grâce à l’un de ses professeurs qui a cru en lui. Il cherche à faire de même en accompagnant les jeunes talents dans leurs études. La Scène Musicale accueille l’Académie, composée d’un groupe de jeunes allant de 7 à 12 ans et de jeunes adultes de 18 à 25 ans voulant s’insérer dans le monde de la musique classique. C’est la promotion Mozart, constituée de jeunes diplômés, que nous avons eu la chance d’écouter en ce soir de gala.

L’assemblée se fige et le concert commence. Nous découvrons l’ensemble de musique baroque qui accompagnera le maestro et ses jeunes chanteurs. Le tout est fluide et fin, si présent qu’il emplit la salle entière de très plaisantes mélodies. Nous assistons surpris à notre premier concert baroque qui donne un air frais et de renouveau moderne à ce style chanté si particulier. Les compositions de Haendel sont magnifiques et l’interprétation qui en est faite plus encore, un bel exploit vocal, une performance des musiciens précise et parfaite, ces premiers titres annoncent un régal musical et festif hors normes.

Les étudiants de l’Académie nous surprennent par leur justesse. Clarisse Dalles, soprano, et Louis De Lavignère, baryton, forment un duo sensationnel avec un magnifique contraste vocal lorsqu’ils interprètent Al trionfo de nostro furore. Nous en frissonnons, tant la passion est grande. Ils nous émeuvent accompagnés d’un orchestre baroque composé entre autres, d’un clavecin et d’un théorbe, instruments d’époque qui nous plongent dans l’univers du XVIIème siècle. Le premier violon, Raul Orellana, retient notre attention par son incroyable talent. Il se pose en chef d’orchestre dynamique et doué. Les musiciens forment un ensemble uni, ils vivent la musique, esquissent de petits pas de danse, sourient: leur émotion est palpable, tout comme la nôtre.

Dans l’auditorium, réelle prouesse technique, l’acoustique parfaite rend l’utilisation des microphones presque inutile. Julie-Anne Moutongo-Black se dévoile dans un duo romantique avec Philippe Jaroussky: Son nata a lagrimar est une œuvre poignante interprétée avec brio. Dans nos confortables sièges, nous découvrons avec émerveillement la voix d’Evann Loget-Raymond, contre-ténor, chantant Pena tiranna, sa puissance et son exécution de l’œuvre rendent notre soirée encore plus agréable qu’elle ne l’était déjà. Le récit Vieni, d’empietà mostro crudele sera notre coup de cœur. Nous retenons notre souffle à l’écoute de Philippe Jaroussky, qui nous impressionne dans cet incroyable performance. Sa voix est comparable à un diamant fin, elle est magnifique.

Ce concert fera certainement date en ce qu’il transforme le style baroque en une musique moderne et accessible. C’est tout là l’œuvre réussie de Philippe Jaroussky: donner à tous l’accès à cette belle musique. Ces efforts sont ici salués pour ce concert qui fut le meilleur vu ce mois de décembre et l’un des meilleurs de cette saison parisienne. Rendez-vous est pris très volontiers pour l’année prochaine pour revivre un tel foisonnement de musiques saisissantes d’émotions vives. Pour ce concert d’exception, nos remerciements s’adressent à notre rédactrice Bénédicte Alessi et à Sébastien Leroux, délégué général de L’Académie Jaroussky. Nous le remercions tout particulièrement pour un superbe placement, avec une vue imprenable sur les artistes. La soirée de gala Haendel fut un succès, dans le magnifique écrin qu’est la Scène Musicale, établie au 1, Cours l’Ile Seguin, 92100 Boulogne Billancourt – Photos : Amandine Lauriol et notre rédaction. – www.laseinemusicale.com - Décembre 2017

   Le Quatuor Debussy
au Théâtre Impérial de Compiègne

Un grand concert intimiste à Compiègne - Très impatients de découvrir les nouvelles œuvres de ce jeune compositeur surdoué, Jules Matton, accompagné par l’exceptionnel Quatuor Debussy, nous nous présentons, par un temps maussade au Théâtre Impérial de Compiègne à l’invitation de son directeur, Éric Rouchaud. Dès l’entrée, oubliée la pluie ! Nous sommes immédiatement transportés hors du temps, tant l’histoire de ce lieu est particulière, voire unique. En effet, commandé par Napoléon III à l’architecte Gabriel-Auguste Ancelet en 1867, les travaux furent interrompus par la défaite de Sedan en 1871. Le bâtiment resta en l'état, seul le gros œuvre terminé, il tomba dans l'oubli pendant près d’un siècle. L’impression produite par cette construction absolument magnifique, sobre dans ses décors, fraîche et pourtant ancienne, est indescriptible. C’est de plus avec talent qu’Éric Rouchaud nous réserve, et vous réservera, un accueil brillant et enthousiaste, toujours dans une démarche pédagogique et ouverte de sensibilisation à la musique et à ce lieu magique.

Pour assister à ce concert de musique de chambre, nous prenons place dans le Salon de l’Empereur qui, par sa taille réduite est absolument propice tant en acoustique qu’en proximité avec ce type de formation. Trois pièces nous sont proposées: Trio pour violon, violoncelle et piano de Jules Matton par Guillaume Vincent, Marc Vieillefon et Cédric Conchon; Ariettes oubliées de Claude Debussy par Jeanne Croussaud et Guillaume Vincent ; Quatuor à cordes eu Ut mineur de Jules Matton par le Quatuor Debussy.

Les musiciens sont unanimes : pour la musique de chambre occidentale classique, le quatuor à cordes est la formation idéale. Deux violons, un alto, un violoncelle, ces quatre instruments forment un équilibre parfait. C’est pourquoi les plus grands compositeurs l’ont abondamment illustré. Pour autant, il s’agit aussi de l’une des disciplines d’écriture et de jeu dans laquelle peu se risque tant elle est complexe. Pour créer de nouvelles œuvres avec, par-dessus l’épaule les regards d’immenses prédécesseurs tels que Joseph Haydn, Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Ludvig van Beethoven ou Belà Bartók, il ne fallait rien moins que le génie précoce de Jules Matton. Ses œuvres, et c’est heureux, sont admirablement exécutées par l’incroyable virtuosité du Quatuor Debussy sous l’ombre tutélaire de deux autres compositeurs français, Claude Debussy et Maurice Ravel.

C’est à l’aune de ces géants qui guettent la faute que Jules Matton nous offre une première création mondiale, moderne et périlleuse. Profonde et dramatique, parfois Dantesque, les tensions entre le piano et le violoncelle finissent par éclater sous les envolées d’un violon aérien, allant même jusqu’à s’approprier des accents tziganes. Puissante, narrative et très éclectique, cette œuvre vous emmènera loin dans l’imaginaire riche et complexe de son jeune compositeur.

La seconde partie du concert nous offre une pause plus traditionnelle. Grâce à l’étonnante Jeanne Croussaud, parfaitement accompagnée par Guillaume Vincent au piano, Ariettes Oubliées de Claude Debussy sur des poèmes de Paul Verlaine trouve parfaitement sa place en ce salon intime. Ces chansons sont l’opportunité pour l’interprète d’exploiter l’étendue de ses talents. De l’extase langoureuse à la tristesse la plus profonde pour finir sur les accents de la Fête Foraine, elle nous rappelle que ’’Mon cœur n’est pas que pour vous, ne le déchirez pas’’. L’intelligence de son interprétation ainsi que sa puissance et sa parfaite justesse dans toutes les nuances en font un grand moment lyrique.

Le Quatuor Debussy revient en troisième partie nous livrer cette œuvre commandée à Jules Matton en parallèle de son futur opéra l’Odyssée (que nous sommes très impatients de découvrir début avril 2018 en ce même Théâtre Impérial de Compiègne), le Quatuor à cordes en Ut mineur. Toujours éclectique, on y assiste à de nombreux ’’grand-écarts’’ entre différentes couleurs musicales allant du classique Joseph Haydn mêlées aux puissants accents d’Europe de l’Est. Pour autant, cette richesse d’influences est toujours homogène et parfaitement maitrisée.


Le troisième mouvement est scintillant, il met au défi nos quatre musiciens dans une explosion complexe de styles et de techniques explorant les limites physiques des hommes et des instruments. Nous osons même, au risque de choquer certains, entendre là des accents Jazz, Funk et Rock ‘n Roll ! Un concert généreux, intelligent et de très haute volée au sein d’un théâtre qui, sous l’impulsion de son directeur éclairé et de ses équipes n’est en aucun cas dans l’ombre des salles parisiennes, française ou même européennes mais avec une forte identité qui lui est propre et unique. Nos remerciements s'adressent au Théâtre Impérial de Compiègne, à l'Agence Ysée et à notre rédacteur René Zimmermann. Crédit photo : Olivier Dhoury - www.theatresdecompiegne.com – Novembre 2017

   L'Orchestre de Chambre de Paris
au Théâtre des Champs-Elysées

Un grand concert héroïque – Nous l’attendions depuis son annonce en début de rentrée, comme «le» concert parisien de cet automne consacré à l’oeuvre estimée de Beethoven et nous ne fûrent pas déçus. Sous les ors du beau Théâtre des Champs-Elysées, nous nous apprêtons à vivre un grand moment d’émotion, à vivre la musique classique sous sa forme la plus épurée et grandiose, confortablement assis aux premières loges..

 

Vont s’y produire deux pointures du registre, le grand Orchestre de Chambre de Paris (OCP), sous la dynamique direction de l’écossais Douglas Boyd, brillant nouveau directeur de l’OCP et d’autre part, le prodige montant du piano américain, le très doué Jonathan Biss, soliste hors pair acclamé sur toutes les scènes mondiales. Cette symbiose harmonieuse va produire un récital remarquable qui enchantera tous les amateurs éclairés ce soir-là.

 

Samedi 11 novembre, soir d'Armistice, un orchestre français dirigé par un Britannique accompagne au Théâtre des Champs-Élysées un pianiste américain jouant les œuvres d'un Allemand. Ainsi l'Orchestre de Chambre de Paris donne-t-il le Concerto pour piano et orchestre n°1 en ut majeur et la Symphonie n°3 de Beethoven avec Douglas Boyd à la baguette et Jonathan Biss au piano.

 

La soirée, sous l'imposante coupole en verre art-déco de la majestueuse enceinte de l'avenue Montaigne, débute par le concerto de Beethoven créé à Vienne en 1795, pour s'achever par la célèbre symphonie dite Héroïque. Beethoven, rongé par la surdité, aurait, paraît-il, songé au suicide. Il aurait été sauvé en s'identifiant à Prométhée et en suivant les événements français conduisant à installer l'Empire. L'interprétation est virtuose et la direction très énergique.

 

La prestation commence et toute l’assemblée est figée dans une écoute attentive et enthousiaste, reconnaissant deux des plus célèbres titres de Beethoven, dont la très attendue Symphonie N°3 dite «Héroique». Nous sommes émerveillés par la complexité et la finesse symphonique de cette œuvre majeure du répertoire de Beethoven et cette écoute nous renvoie à notre première découverte de cette œuvre, qui n’a jamais rêvé d’assister à sa grande production sur scène ? Le pianiste américain fait œuvre d’une interprétation inégalée, il laisse son énergie jeune et spontanée dicter son geste adroit et délicat, l’orchestre symphonique joue à la perfection avec le même rythme soutenu et faut-il le rappeler, l’OCP est l’une des formations françaises des plus reconnues et des plus qualitatives. L’ensemble nous livre une soirée éclatante de vie et de sentiments, d’audace et de brio, un beau moment de partage collectif.

 

Et entre les deux morceaux de l'Autrichien, l'Orchestre de Chambre de Paris joue City Stanzas, concerto pour piano de Sally Beamish qui vient in personam présenter son œuvre. Celle-ci est à la fois une parodie des concertos de Beethoven – d'où son interprétation ce soir - et une ode à la ville ou plus précisément une critique des métropoles. Ancienne altiste, l’Écossaise a décidé dans les années 1990 de se consacrer à la composition. Elle est fortement influencée par le jazz et la musique contemporaine. On retrouve donc la subtile et volontaire dissonance qui caractérise parfois ces deux genres. L’œuvre est protéiforme, par séquence, et s'achève dans une sorte de fureur que la compositrice explique avoir puisée dans le résultat des dernières élections américaines et britanniques.

 

Le spectacle fût fort plaisant, admirable et instructif. Nous reviendrons avec plaisir vivre autant d’émotions musicales et sensorielles qui ravissent tout auditeur émérite ou néophyte. La salle était élégante et, à la sortie, le quartier, sous la pluie de novembre, bruissait de l'animation parisienne des samedis soirs. Pour ce magnifique concert, très certainement parmi les plus beaux concerts classiques de la saison, nos vifs remerciements s’adressent à Emmanuelle Gonet, émérite agent de presse spécialisée en classique et à Frédéric Forgues. Photographie: Jean-Baptiste Millot - www.orchestredechambredeparis.com - Novembre 2017

 

   Le Ballet National de Cuba
à la Salle Pleyel

Un ballet magistral dans une nouvelle Salle Pleyel scintillante – Chez GoutsetPassions, nous n’aurions pas pu laisser passer ce mois de juillet sans aller voir «Le» ballet de l’été, à savoir les quatorze représentations exceptionnelles du Ballet National de Cuba, qui célèbre son grand retour à Paris après dix ans d’absence. Cette institution internationale de la danse classique ne pouvait mieux choisir pour cet évènement tant attendu qu’un écrin particulièrement seyant à cette performance: la toute nouvelle Salle Pleyel, elle aussi une institution des arts vivants (parisiens), une salle grandiose inaugurée le 18 octobre 1927.

 

C’est sous l’impulsion de 3S Entertainment, la filiale Spectacles de Fimalac, qu’est re-née la grande Salle Pleyel, qui connût quelques aléas au cours de son existence: conçue par Gustave Lyon sous l’impulsion de Camille Pleyel, héritier des pianos du même nom qui fit faillite en 1933, la salle sera reprise par le Crédit Lyonnais sans grande ambition jusqu’au jour où 3S décida de faire renaître ce joyau parisien des arts et spectacles. Le projet d’envergure de plusieurs mois de travaux est confié à DVVD Architectes et Ingénieurs et en particulier au talentueux architecte français Daniel Vaniche. La salle remarquable par son style Art Déco élégant est alors reprise de fond en comble et c’est une nouvelle Salle Pleyel qui apparaît. Nous découvrons son célèbre hall à colonnes immaculées, tout a été reconçu, planifié et organisé à merveille. De gentils hôtes en pull marinière nous guident à travers les nombreux escaliers qui desservent les trois étages et balcons de la grande salle, d’une capacité de 2024 à 2491 personnes.

 

Les spectateurs sont venus nombreux pour l’une des dernières représentations de cette tournée qui a présenté deux des répertoires emblématiques du corps de ballet de Cuba: Gisèle, dans la version d’Alicia Alonso et Don Quichotte, d’après la version originale de Marius Pepita et Alexandre Gorski remastérisée en 1988 par la chorégraphe virtuose cubaine Alonso.

 

Nous nous installons dans les nouveaux sièges de la Salle Pleyel, toute revêtue de noir pour une meilleure acoustique. Le prologue est lancé, nous voilà partis pour deux heures trente de danse enjouée pour le plus grand plaisir des sens. Ce qui nous frappe d’emblée, c’est la richesse scénique de ces tableaux car le ballet comprend 90 danseurs, d’un niveau d’excellence rare, car formés par la célèbre danseuse et chorégraphe cubaine Alicia Alonso, laquelle a fondé la troupe du ballet en 1948. Une femme au fort caractère qui a su démontrer une abnégation et un courage hors normes, elle qui devint aveugle à l’âge de 19 ans. La maestro fût désignée comme la Prima Ballerina Assoluta et porte haut encore aujourdhui à plus de cent ans révolus, les couleurs et le professionnalisme de ce ballet national. C’est qu’à Cuba, le ballet est aussi populaire que le football, elle est une école de vie à part entière.

 

La musique de Ludwig Minkus nous enchante et nous sommes subjugués. Les costumes sont magnifiques, certainement les plus beaux que nous ayons vus sur scène depuis des années. Les décors de Salvador Fernandez accompagnent l’aventure ibérique de Don Quichotte et de ses voyages extraordinaires. Nous sommes marqués par la belle acoustique de la salle, claire et limpide, à son juste niveau en toutes occasions. Il est vrai que la Salle Pleyel est la première au monde à avoir été conçue par un acousticien de renom. On se réjouit d’un tel spectacle qui allie joie et beauté. La performance est remarquable, d’autant plus que les hommes sont d’un très haut niveau, ce qui n’est souvent pas le cas en danse classique. On y relèvera tout particulièrement le talent scénique de Raul Abreu et d’Oziel Gouneo, talents montants du ballet cubain.

 

La scène du ballet entre en jeu dans toute sa splendeur et bientôt nous voici pris dans les jolis rêves oniriques du conte de Don Quichotte. On se laisse prendre au jeu des amours, luttes et joies de ce ballet chantant et dansant les vicissitudes d’un couple amoureux. Certains tableaux marquent plus, tel celui des toreros (magnifique), le célèbre tableau des Dryades ou certains solos dont la grâce n’a d’égal que leur difficulté. La ballet est dense et riche et les deux entractes ne sont pas de trop pour nous remettre de nos émotions. Nous découvrons alors les deux jolis bars et prenons note de la présence d’un restaurant gastronomique qui fera certainement l’objet de l’une de nos futures visites gourmet à la Salle Pleyel.

 

Le spectacle reprend. L’oeuvre y conte les amours de la belle Kitri et de Basilio, le barbier du village, qui auront à lutter pour leur couple et leur amour. Le ballet danse d’un seul corps et nous sommes stupéfaits de la qualité de la performance. Tout y est exécuté de façon précise et franche, nous sommes bel et bien en présence d’un ballet de niveau international.

 

Chaque membre du ballet transmet sa joie de danser, sa passion au corps, on sent la chaleur toute cubaine dans cette interprétation dynamique et chaleureuse de cette version colorée de Don Quichotte. La salle est comble et comblée et applaudira chaleureusement chaque scène et acte. La prestation est harmonieuse et particulièrement technique, tout est fluide, on ne cesse d’être subjugué par ces admirables tableaux qui se succèdent avec faste.

On aime dans la Salle Pleyel cette intimité relative à la scène, on peut tout voir, on se sent proches des artistes. Une aisance renforcée par l’acoustique irréprochable de la salle. La Salle Pleyel a fait fort et a choisi à propos une telle représentation pour inaugurer sa nouvelle saison estivale.

Enchantés par ce beau spectacle, une production ValProd, nous avons hâte d’y retourner afin de suive la belle programmation de cette saison. Pour ceux qui n’ont pu voir le baller incontournable de l’été, des répétitions publiques sont organisées à certaines dates. Pour cette très aimable invitation de presse, nos remerciement s’adressent à Claire-Marine Chassain du service communication de la Salle Pleyel. La Salle Pleyel, une institution célèbre à nouveau à son firmament parisien, établie avec brio depuis 1927 au 252, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris 8ème. - www.sallepleyel.com - Juillet 2017

   Concert philharmonique
à l'Hôtel National des Invalides

Un concert solennel vibrant - L’orchestre symphonique de la Garde républicaine s’est produit le 11 mai dernier sous la direction de François Boulanger au Musée de l’Armée (en l’église Saint-Louis des Invalides), en parallèle à l’exposition France-Allemagne(s), 1870-1871. Le thème central du récital était donc le premier conflit franco-allemand. En ouverture, La guerre, de Chostakovitch, extrait de la musique du film La nouvelle Babylone. Si le russe n’est évidemment point contemporain de la guerre de 1870 (il est né en 1906), La nouvelle Babylone est relatif, lui, audit conflit. C’est une pièce martiale mais néanmoins guillerette, assez brève, conduite tambours battants par l’orchestre. Elle évoque sans doute plus la ferveur du départ en guerre que le fracas des combats et l’apocalypse de la défaite.

Vient ensuite le concerto n°1 en la mineur de Camille Saint-Saëns, contemporain lui, de la guerre de 1870. L’oeuvre est magnifique et assez peu connue. Entre alors en scène la voluptueuse soliste Emmanuelle Bertrand. Révélée au grand public depuis les années 2000, elle enchante l’assistance autant par sa virtuosité que la beauté physique de son jeu. Long cheveux et robe à fleurs, on dirait qu’elle danse littéralement avec son violoncelle, loin de la seule virtuosité souvent si froide. Sa main est légère et d’une précision tranchante. Après l’entracte, c’est La muse et le poète, également de Saint-Saëns, avec pour soliste la même Emmanuelle Bertrand et le français Guillaume Plays au violon. Ce dernier est membre de la Garde républicaine depuis près de 25 ans et a été nommé violoniste solo en 2006. L’ensemble exécute la symphonie n°4 en ré mineur de Robert Schumann, contemporain allemand du conflit.

Les lieux ont la frugalité et la démesure des bâtisses militaires. L’acoustique est celle, unique, des enceintes religieuses. En sortant, le ciel capricieux de mai fait aux pierres beiges de l’Hôtel des Invalides comme un manteau gris. Nous avons apprécié la qualité d’écoute de cette salle, la grande maîtrise de tous ces artistes hors du commun qui s’y son produits. Assurément l’un des grands concerts du mois. Nos remerciements s’adressent à Nina Lebalh du Musée de l’Armée et à Frédéric Forgues. - www.musee-armee.fr - Mai 2017

   D.I.V.A.
au Théâtre de Montparnasse

L’opéra comique venu du futur – Notre première venue au Théâtre de Montparnasse fût saluée par une belle découverte, une rare surprise, un bijou de créativité lyrique. Nous fûmes très cordialement conviés par l’émérite agent de presse spécialisé Pierre Cordier à venir assister à l’une des représentations de ce nouvel opus de la très qualitative sélection de ce théâtre: D.I.V.A. . Nous nous rappelons avec vive émotion d’autres pièces vues dans l’autre salle du Montparnasse, le moderne Petit Montparnasse Chatouilles (Molière 2016) avait marqué nos esprits. S’y joue actuellement la pièce Alma Mahler, Eternelle Amoureuse où se distingue la talentueuse Julie Judd. L’écrin feutré rouge et or du Montparnasse sera la scène idéale à la création et à cette belle performance qu’est D.I.V.A.

 

Un choix fait par Myriam Feune de Colombi, de la Comédie Française, qui dirige avec expertise et passion le Théâtre de Montparnasse depuis 1984. Nous pénétrons ainsi dans une salle comble en ce dimanche 23 avril, un amphithéâtre baroque à souhait, signé Charles Peigniet, architecte français qui dessina le socle de la Statue de la Liberté à New-York.

 

Le show commence, nous sommes vite projetés dans un univers fantastique, comique et burlesque de bon aloi. Le travail des lumières et de la mise en scène saute aux yeux: les jeux de contre-jours, d’incrustations vidéo donne le La d’un spectacle résolument moderne, débarrassé de tout ce qui peut être guindé dans le lyrique.

 

On aime tout de suite ce quintette de chanteuses lyriques de haut niveau qui telles un seul corps, donne de la voix. C’est tout simplement prodigieux, leur aisance, leur puissance, leur belle énergie, tout. Nous ne sommes ni à l’opéra, ni au cabaret, ni au théâtre mais tout cela à la fois. C’est beau et efficace, subtil et décomplexé paradoxalement, D.I.V.A. vient de réinventer la façon de chanter et de présenter de l’opéra. Le public, conquis, en redemande. On apprécie cet aspect didactique, ces condensés ludiques de dix minutes des six opéras les plus populaire au monde. On y reconnaîtra ainsi la Traviata, Carmen, la Flûte Enchanté, Tosca, Don Giovanni.

 

Le jeu des divas est plein d’entrain, jouant de contrepèteries inattendues et ont cet art de faire rire son public par des touches et des mouches toujours à propos. Un exercice peu facile, joué avec brio par ces cinq grandes interprètes. On relèvera ainsi la très grande maîtrise vocale de chacune d’entre elles, accompagnés par un quatuor violon et violoncelle de jeunes talents prometteurs performant sur scène.

 

Ce spectacle est frais, lumineux, joyeux, parfait pour une sortie divertissante en ce printemps, il réjouit à souhait, on en pourra que le recommander pour se changer les idées et assister à une réelle performance de scène, non feinte. Couleurs, paillettes et feux d’artifices viennent au soutien d’une partition distinctive et originale, avec des costumes sans pareille, tout droit sortis de l’imagination d’un Jean-Paul Gautier habillant pour un film futuriste de Luc Besson (des costumes en réalité créés par le photographe Louis Décamps).

 

Manon Savary, la metteuse en scène a fait usage d’une créativité sans limites pour livrer un nouveau format unique de présentation d’opéra lyrique, c’est nouveau, révolutionnaire même! Enfin nous prenons plaisir à aller à l’opéra! Nous sommes déjà avides de découvrir une future Version II de ce spectacle intimiste et grandiose, on adore! - www.diva-opera-spectacle.com et www.theatremontparnasse.com – Avril 2017

   Le Lac des Cygnes
en tournée francophone par Aramé

Un spectacle charmant et féérique – Nombreuses ont été les productions distinguées du Lac des Cygnes, le célèbre ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski, l’un des ballets les plus joués dans le monde à l’heure actuelle. Mais qui a déjà vu ce ballet tant acclamé dans une production d’excellence? C’est la proposition riche en émerveillements que nous fait Aramé Production (anciennement connue sous le nom de France Concert), l’un des plus grands tourneurs français de ballets, sinon le seul à retenir de par la qualité de ses spectacles. Le spectacle de danse est ici produit par la troupe du prestigieux Ballet et Orchestre National de Russie (on se souvient de leur récente représentation réussie à Paris de ce même ballet par la Scala de Milan).

Nous sommes avides de découvrir toutes les nouveautés de cette version chorégraphiée, très proche de la version originale du compositeur russe, avec quelques adaptations opportunes de modernisation. Nous apprécions la spontanéité brillante des danseurs et danseuses étoiles, la sagesse sereine du chef d’orchestre et l’enthousiasme communicatif du public faisant salle comble en ce dimanche 9 avril à Paris. Ils nous font partager leur passion vivante pour un art majeur et tellement subtil.

Pendant plus de deux heures, nous nous réjouissons de ces pas classiques si connus, de ces airs devenus légendaires. Le Lac des Cygnes est une œuvre magistrale distinctive et son interprétation faite par le Ballet National de Russie l’est à la perfection. Nous vivons un beau rêve éveillé qui réjouit nos sentiments et nos sens de belles scènes visuelles, d’un son pur joué par un orchestre live émérite et de la vision poétique d’une troupe jouant à son plus haut.

Quelque peu néophytes, nous nous laissons simplement entraîner par la belle musique de l’orchestre qui se met en mouvement avec entrain, le rideau se lève, la représentation commence, magistrale. Nous découvrons d’harmonieux décors, soutenus par de très jolis costumes, tel un conte merveilleux se déroulant au Moyen-Age, les ballerines et danseurs font corps dans une harmonieuse symbiose, tout y est élégance et finesse. C’est beau, magnifique, précis. Nous sommes témoins des derniers réglages de l’équipe russe émérite, nous nous rendons compte de la nécessaire exactitude de chaque pas, du travail titanesque d’un tel ballet.

L’Acte Premier prend son élan, nous assistons à la féerie d’une danse légère et enthousiasmante, la rencontre d’Odette et de son prince Siegfried. Nous sommes vite immergés dans cette belle histoire romantique, teintée de retournements tragiques, nous nous essaierons à en deviner la fin, puisque plusieurs versions finales existent. Le spectacle délivré est grandiose et la belle acoustique du Palais des Congrès de Paris magnifie l’interprétation faite avec brio de l’orchestre. Nous assistons à un ballet de niveau international, une perfection d’exécution visuelle et musicale.

Tout est si fluide que nous oublions presque l’extrême difficulté d’une telle prestation. C’est remarquable, nos émotions nous gagnent entièrement et chaque pas de ballerines est comme la signature d’une fée sculpturale, elles volent, avec brillance, douceur et légèreté. La version présentée fait la part belle à l’énergie, au rythme tonique, certains pas seront plus courts, le ballet en est rendu plus intense. C’est l’une des versions du ballet les plus réussies que nous ayons vue à ce jour. C’est une grande production remarquée d’Aramé que nous saluons ici, Aramé Production est une entreprise française du spectacle vivant qui présente en province et à Paris des ballets (russes et ukrainiens) d’excellence ou ses propres spectacles de création originale, tous d’une haute qualité, c’est assez rare pour être souligné.

Le Lac des Cygnes par Aramé, une brillante production à venir admirer au Palais des Congrès de Paris, un immanquable de la saison. Le Lac des Cygnes par Aramé Production est l’un des plus beaux spectacles de ballet en tournée à voir en France, Belgique et Suisse actuellement, nous le recommandons vivement. Nos remerciements s’adressent à Fany Martinenq d’Aramé Production et à Anaïs Brière. - www.franceconcert.fr Avril 2017

Concert d'Ophélie Gaillard
à l'Hôtel National des Invalides

L’un des grands concerts de l’année – Nous n’étions pas revenus dans la majestueuse Cour Carrée de l’Hôtel National des Invalides depuis les concerts d’hiver de l’année dernière donnés par la Saison musicale du Musée de l'Armée et c‘est à l’occasion du très attendu concert d’Ophélie Gaillard, la célèbre virtuose franco-suisse du violoncelle que nous nous réjouissons de connaître à nouveau ces pavés et ces pierres taillées magnifiant les arts architecturaux français.

 

Très généreusement invités par le label français spécialisé en classique, le dynamique Aparté Music, nous sommes conviés ce 30 mars à découvrir un récital qui fera honneur au tout nouveau disque de la brillante interprète internationale. La foule des grands jours a répondu présent à ce rendez-vous lancé depuis de longs mois et un grand contingent des spectateurs vient des invités du CIC, mécène de la soirée.

 

Nous avons plaisir à redécouvrir les voûtes de la Cathédrale Saint-Louis faite construite par Louis XIV et à pouvoir assister depuis les premiers rangs à l’arrivée de l’Orchestre National de Lorraine, une formation de province émérite et renommée qui n’a rien à envier aux grands orchestres philharmoniques internationaux. On y distinguera son chef d’orchestre, le brillant et énergique Jacques Mercier qui sait conduire ce grand ensemble de talents d’une main de maître.

 

L’arrivée de la soliste Ophélie Gaillard, la star vivante du violoncelle, fait son entrée sous les ovations d’un public conquis, où se mêlent tous les âges. Nous voici embarqués avec plaisir pour deux heures d’un récital symphonique, magistral, composé de trois titres: Schelomo d’Ernest Bloch, le Concerto pour violoncelle, op. 37 d’Erich Korngold et enfin la Symphonie N°5 op. 64 de Tchaikovski et ses quatre mouvements si distinctifs. Un programme éclectique reprenant la sélection choisie de son nouveau disque.

L’auditoire est captivé, les sonorités fines et les vibratos emplissent les voûtes majestueuses de la Cathédrale. Nous sommes aussi subjugués par l’harmonie vive et sonore de la grande présence d’un duo qui charme par tous les effets sensoriels: la puissance de l’Orchestre National de Lorraine et la finesse des doigts magiques d’Ophélie Gaillard sur son Goffriller (un mécénat CIC).

 

C’est l’un des plus intenses concerts classiques vus cette année, une belle réussite, diffusée en direct sur Radio Classique. Les bis repetita de la foule n’y trompent pas: nous venons d’assister à un concert d’exception. Précision et harmonie ont gouverné à cette grande messe de classique, une ode aux arts vivants français et suisses. Pour terminer cette belle soirée de réjouissances, le CIC a reçu ses invités à un fin cocktail dans les salons de l’Hôtel des Invalides. Un moment de partage et de convivialité autour d’un concert qui restera dans les souvenirs émotionnels de chacun. Nos remerciements s’adressent à Andra Focraud d’Apparté Music, à Françoise Yon du CIC et à Anais Brière. www.apartemusic.com et saisonmusicale.musee-armee.fr - Avril 2017

L'orchestre Colonne
à la Salle Wagram

Un concert symphonique remarquable – Nous n’avions jusqu’alors jamais connu un concert donné à la Salle Wagram et l’aimable invitation de l’Orchestre Colonne nous donne l’unique occasion de découvrir ce haut lieu de réjouissances musicales parisiennes. L’Orchestre Colonne, créé en 1873, se distingue par son programme éclectique et dynamique, alternant deux fois par mois en moyenne des concerts donnés à la Salle Wagram (sa résidence habituelle) et la Salle Colonne à Paris 13ème. Nous nous rendons ce samedi soir boulevard Wagram et découvrons les ors et lustres cristallins de cette grande salle or et rouge.

 

L’assemblée est venue nombreuse ce soir là pour venir se réjouir d’un programme d’exception: Escaich, Chopin et Brahms. Installés aux premiers rangs, nous découvrons cette formation complète d’un orchestre symphonique donnant place à des talents émérites et distingués. C’est ainsi que sa direction est assurée par le compositeur et chef d’orchestre français Laurent Petitgirard, qui excelle dans la composition de nombreux films bien connus des mélomanes et surtout qui communique joyeusement son enthousiasme au public. Un écran géant permet de suivre d'autant plus le concert.

 

Le concert s’engage sur une œuvre tournée vers les jeunes talents français à savoir le Baroque Song du compositeur Thierry Escaich, joué la première fois en 2007 en Bretagne. Librement inspirée de Bach, cette harmonieuse composition laisse libre cours à l’émotion, à la passion et virevolte avec nos sentiments dans une foison de gaies inspirations. Les chorals qui forment le thème de cette partition nous laissent aller à de belles rêveries magnifiées par la splendeur de la salle.

 

La venue du grand pianiste français d’origine italienne Bruno Rigutto, autre fin compositeur de musiques de scènes et de films marque le commencement du Concerto pour Piano N°2, écrit à 19 ans par le jeune Chopin. Une réjouissance de sons, d’harmonies et d’arias qui nous donnent la mesure de toute la grandeur du futur style de ce compositeur. Une partition qui annonce déjà tout son répertoire romantique. L’exécution de l’orchestre est d’excellence et cette salle permet une proximité directe avec les musiciens ce qui nous permet de nous réjouir davantage encore de ce beau spectacle. Ce qui nous frappe, c’est le fait que Bruno Rigutto joue sans partition, de bout en bout, une prouesse réservée aux grands maestros. Le pianiste en bis repetita nous donnera une démonstration de mandoline jouée au piano, c’est bluffant.

 

Ce concert est un moment de toute pureté, célébrant l’excellence de la musique française de par la qualité de ses interprètes. On relèvera la tendre complicité existant entre le pianiste, cet orchestre et son chef, on sent l’émotion ici partagée avec tous. L’entracte sera l’instant choisi pour se remettre de tant de profusion sensorielle, pour que s’engage ensuite la mythique Symphonie N°2 de Brahms. Une belle partition, inspirée des doux paysages des Alpes autrichiennes, écrite en 1876. Romantisme et paix d’esprit en sont les maître-mots, avec des mouvements qui font penser à son prédécesseur Beethoven.

 

La salle entière s’emplit de sonorités charmantes, laissant libre court aux flûtes et cordes, une œuvre faite de finesse, de sensibilité et d’émotions sensibles. La vue de l’ensemble classique, ces sons, cette salle entrent ainsi en communion parfait l’espace de cette composition jouée. Un beau moment de découverte, de partage et de grâce qui nous fût livré par un orchestre confirmé, évoluant déjà à l’un des plus hauts niveaux de France. Une formation à suivre au cours de leur riche saison 2017 - www.orchestrecolonne.frMars 2017

L'opéra Fantasio
par l'Opéra Comique

Un opéra moderne et brillantissime – Pour sa réinstallation dans l’espace public foisonnant des arts vivants parisiens, l’Opéra Comique fait fort et nous délivre un summum d’excellence scénique, symphonique et lyrique en la représentation de ce bel opéra de Jacques Offenbach Fantasio. C’est dans le noble écrin du Théâtre du Châtelet que nous sommes reçus par le service de presse de l’Opéra Comique pour cette seconde représentation parisienne d’un spectacle très attendu par les mélomanes parisiens et par la critique venue nombreuse ce soir-là. C’est en effet une nouvelle création innovante et une première lyrique pour le jeune prodige français de la mise en scène, le talentueux Thomas Jolly, qui signe là l’une de ses créations les plus réussies à ce jour.

 

Nous découvrons ainsi sous les ors du Théâtre du Châtelet ce brillant opéra en trois actes écrit à partir de la pièce de Musset et qui fût à sa création princeps écourté du fait de l’esprit commun de cette époque, dans une France défaite peu encline à évoquer des troubles guerriers (1ère représentation en janvier 1872, au lendemain de la défaite française contre la Prusse). Car l’histoire portant cet opéra est digne du classicisme romantique et baroque: le roi de Bavière souhaite marier sa fille Elsbeth au prince italien de Mantoue concluant ainsi la paix et évitant une guerre qui menace. Le jeune Fantasio troublera ces plans royaux en se déguisant en bouffon du roi, un jeu de passe-passe adroit qu’épousera aussi le prince italien en inversant son prestigieux rôle avec celui de son fidèle valet.

 

L’intrigue est ainsi lancée, jouant de rebondissements, de quiproquos et de désillusions, mais aussi faite de passion, d’amour et de haine. L’histoire est belle, poétique et romancée, nous tenant en halène de bout en bout.

 

Ce qui réveille réellement cet opéra, c’est son traitement résolument moderne fait par Thomas Jolly, ses costumières et ses décorateurs (des décors de Thibaud Fack). Une relecture audacieuse et avant-gardiste des codes de l’opéra qui feront ainsi monter sur scène une bande de joyeux lurons grimés en harry-potters ou gavroches modernes, chaussés de Doc Martens colorés. Un opéra décomplexé qui libère toute son énergie. Le jeu scénique est dynamique et enjoué, les décors astucieusement mobiles et l’effet des lumières et d’artifices lumineux en harmonie avec cet ensemble de contrastes d’ombres et de lumières. La force scénique est ancrée dès le début du premier Acte, on sent la tension, la joie aussi, le drame et l’amour. De belles scènes nous saisissent d’émotion, comme cet ode à l’amour de la princesse hésitante à suivre son coeur; le final de l’Acte I et celui du dernier Acte sont des apothéoses chantées grandioses. On aime ces téléscopages temporels d’univers scéniques différenciés, ces ballons roses de mariage au milieu d’une scène résolument sobre et surtout le jeu spacial de ces acteurs-chanteurs d’exception.

 

On distinguera particulièrement la force et la maîtrise vocale de Marie-Eve Munger jouant la princesse Elsbeth et de Marianne Crebassa jouant Fantasio (un rôle masculin traditionnellement chanté par une femme). Le valet du prince personnifié par Loïc Félix est aussi un élément comique brillant de cette joyeuse troupe d’excellence. Le tout est réhaussé par la parfaite maîtrise symphonique de l’Orchestre Philharmonique de Radio France placé sous la généreuse direction de son chef d’orchestre Laurent Campellone.

 

Ainsi, nous avons assisté à une représentation d’exception, un bel opéra modernisé par l’art personnel de Thomas Jolly, qui en fait une relecture branchée et vivante. On aime et la salle ravie célèbre autant de courage, de travail et d’audace. Sans aucun doute l’un des meilleurs opéras de cet hiver, à ne pas manquer. Une production distinctive de l’Opéra Comique qui marquera certainement l’histoire de l’opéra français. Nos remerciements s’adressent à Alice Bloch-Rattazzi du service de presse de l’Opéra Comique. - www.opera-comique.com – Février 2017

Le ballet La Bayadère
par Aramé Production

Un magnifique ballet riche de belles émotions - Quelle joie indicible que d’assister au célèbre ballet La Bayadère ! Une belle exécution servie par les talents émérites de l’Opéra National de Russie, en particulier par les danseurs de ce ballet russe d’exception: le personnage de Gamzatti joué par Ekaterina Borchenko (Danseuse principale du Théâtre Mikhailovsky), le personnage de Nikiya par Natalia Matsak (Etoile de l’Opéra de Kiev – Ukraine), le personnage de Solor par Ernest Latypov (Soliste du Théâtre Mariinsky).

 

L’histoire enchanteresse, d’amour, de drame et de vengeance sont magnifiés par des décors orientalisants: nous sommes plongés dans l’Inde telle que vue par l’Europe au 19ème siècle, foisonnante de ses mystères, de ses sortilèges et son exotisme dépaysant.

 

Les décors et les jeux de lumière sont splendides, nous sommes émerveillés par autant de prouesses, le ballet tout entier résonne comme un seul être, en particulier dans cette fameuse scène de la descente des femmes Willis sur le Nil dans le Royaume des Ombres qui fait l’entrée de l’Acte II, l’un des pas classiques élégants les plus connus au monde et aussi l’un des plus difficiles à exécuter.

Le ballet se met en mouvement doucement à ses débuts, plantant le décor de cette Inde royale et majestueuse, pour connaître un crescendo joué par l’intrigue, l’amour et la vengeance des personnages: Solor est un guerrier valeureux servant à la cour du rajah Dugmanta. Il est épris de la jeune bayadère Nikiya, danseuse-esclave et servante. Or le rajah impose que le beau guerrier se marie avec sa fille, la princesse Gamzatti.

 

Le grand brahmane, qui veut aussi faire sienne la bayadère, va manoeuvrer pour que ces mutliples dessins ne puissent pas prendre forme. La bayadère est ainsi piégée, mordue par un serpent, elle refuse l’antidote du grand brahmane et préfère mourir que de vivre sans Solor. Solor ira jusqu’au royaume des morts pour la retrouver. Un beau conte poétique enjolivé par une prestation parfaite saluée par les balletomanes, un orchestre symphonique enthousiaste et un public acquis venu nombreux en ce dimanche au Palais des Congrès de Paris.

 

Ce ballet fantastique fût écrit et présenté par le chorégraphe français Marius Petipa, une création princeps en date du 23 février 1877 présentée au Kirov de Saint-Petersbourg sur une musique de l’autrichien Léon Ludwig Minkus. Il est resté inconnu du public Ouest-Européen jusqu’au 4 juillet 1961, présenté à l’Opéra Garnier lors de la première tournée du Kirov à l’Ouest et en 1963 Rudolf Noureev le danse pour le Royal Ballet, ce sera d’ailleurs sa dernière création en 1992 pour l’Opéra de Paris.

 

Comme chaque saison, la production Aramé (France Concert) nous ravit ainsi d’un magnifique spectacle en deux actes à aller revoir à la saison prochaine pour sa grande beauté et les belles émotions qui s’en dégagent. Nos remerciements s’adressent à Fanny Martinenq d’Aramé Production et à Ludmila K.- www.franceconcert.fr - Février 2017

  Musique de chambre à la Philharmonie de Paris
par Piano4Etoiles

Un concert international remarquable – La dynamique production classique Piano4Etoiles nous réjouit de productions de qualité sur de grandes scènes, à l’instar de la très belle salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Sur l’aimable invitation de l’agent de presse spécialisée Florence Petros, nous nous rendons en ce lundi soir 30 janvier dans ce beau bâtiment moderne, parfait écrin acoustique pour avoir le plaisir de vivre l’un des concerts les plus saisissants de ce début d’année. Deux étoiles montantes internationales de la musique classique font brillante équipe ce soir-là: le prodige grec du violon, le formidable Léonidas Kavakos en duo avec l’extraordinaire maestro chinoise du piano, la charismatique Yuja Wang. Les deux artistes forment un couple sur scène des plus éclectiques, harmonieux et virtuose, un régal d’excellence. Le public parisien est venu nombreux ce soir pour une telle célébration conjointe de hauts talents. Le concert s’engage sur un thème difficile d’accès, la Sonate pour violon et piano JW7/7 de Leos Janacek, écrite par le compositeur tchèque avant puis après la Ière guerre mondiale. On y sent les singularités, les tensions, la force, peut être le chaos aussi. Un texte peu facile à aborder pour une entrée en matière. Un choix que l’on peut questionner mais l’interprétation duale y est forte, précise, parfaite.

 

S’en suit la Fantaisie pour violon et piano D.934 de Franz Schubert, un texte brillant, déclamé avec vigueur et vivacité par l’excellent violoniste grec, conforté par la maîtrise impeccable de l’artiste chinoise. Du grand art, le concert commence à connaître sa pleine intensité émotionnelle, on a plaisir à fermer les yeux à cette belle écoute et à s’imaginer dans un rêve ou un voyage romantique. Quelle présence sur scène pour ces deux artistes, à eux seuls ils emplissent cette grande salle de sonorités limpides captivantes. Le public écoute religieusement, le son est tout aussi emplissant et enveloppant que si nous assistions à une concert d’orchestre symphonique.

 

Après l’entracte, le français Claude Debussy est à l’honneur pour une création présentée par l’auteur à la Salle Gaveau en 1917 qui sera sa dernière apparition publique, la Sonate N°3 pour violon et piano en Sol mineur. Un chef d’oeuvre de classicisme romantique, qui nous fige dans un état admiratif et contemplatif. Les deux virtuoses s’emparent de cette partition avec force et fougue et nous livrent un moment fort en cette salle grandiose de la Philharmonie, un moment mémorable.

 

Bela Bartok et sa Sonate pour violon et piano N°1 Sz.75 clôturera le concert, une œuvre présentée par son auteur en 1921 à Budapest. Le folklore magyar s’y exprime, usant de circonvolutions et d’enchaînements enjoués, marquant des tempos et des allegros qui se répondent. Une œuvre qui est la quintessence de l’expression artistique du piano et du violon, servie par deux excellents interprètes. Ce concert fût un très agréable moment de pureté artistique, dense et fort, un concert de très haut niveau, l’un des plus enthousiastes de cette rentrée 2017 - www.piano4toiles.fr – Février 2017

   Le pianiste Denis Pascal
 par Philippe Maillard Productions

Un récital de piano exceptionnel - L’un des plus grands concerts de piano de ce mois de janvier était celui organisé par la dynamique société de production du français Philippe Maillard, célébrant un pianiste français de niveau international, le talentueux Denis Pascal. L’écrin de la Salle Gaveau était le lieu parfait pour autant de réjouissances tant attendues des mélomanes parisiens. Ainsi, le concertiste Denis Pascal jouait des œuvres pour piano de Mozart et Schubert ce 25 janvier 2017 à la Salle Gaveau. Un concert d’une heure et demie durant lequel le claviériste a essentiellement exécuté les sonates des deux Autrichiens. Pour le profane ou le mélomane épisodique, le simple fait de se rendre rue La Boétie est un enchantement. Fermée pendant plusieurs années puis rénovée à l’identique, la belle salle, tel un mammifère sorti de sa longue hibernation, est pareille à ce qu’ont connu nos grands-parents voire arrière-grands-parents: balcons, velours rouge, moulures, orgue monumental. L’endroit vous chauffe le coeur, comme ne le font plus les salles contemporaines ou trop rénovées, qui ont la froideur de leurs linéaments et des bois précieux qui les ornent. De même, l’observation du public accouru est touchante. S’y côtoient, dans l’amour commun du beau, vieux couples sortis des âges, familles parfois sur plusieurs générations, journalistes, mondains ou étudiants hirsutes ayant apporté leur gamelle pour l’entracte. Puis le pianiste français émérite Denis Pascal, svelte et de sombre vêtu, débute son solo avec une concentration et un sérieux presque ostentatoires. Du Mozart puis du Schubert et, après l’entracte, encore du Schubert. Des morceaux moins connus du grand public. On sent que chez lui, restituer publiquement l’essence de l’œuvre est plus qu’une exigence: un questionnement philosophique ou une angoisse. N’avait-il pas déclaré : «vient la question de la légitimité et des choix qui président à l’interprétation en concert de ces chefs-d’œuvre, et bien naturellement de l’attitude devant l’exigeant exercice du concert ». Cela explique peut-être que son interprétation soit, par moments, volontairement saccadée et théâtrale. M. Pascal veut sans doute faire descendre les deux compositeurs du Panthéon dans lequel l’Histoire les juchait et reproduire l’effet que ces œuvres ont suscité. Ainsi le soliste dit-il de Schubert : « il est essentiel de faire le lien entre l’actuel irrépressible engouement populaire pour l’œuvre de Schubert et l’émotion voire la stupeur dans laquelle cette musique a, dès l’origine, plongé ses contemporains ». L’interprétation, quoique parfois surprenante, n’en est pas moins grandiose. Après l’acclamation du public, celui-ci sort. En par grappes, les initiés devisent sur tel ou tel instant du concert. On se croirait à la sortie des arènes en Espagne ou d’un vieux stade de football en Angleterre: sur le parvis des dernières cathédrales laïques. Pour ce beau concert d’exception, nos remerciements s’adressent à l’agente de presse attentionnée Florence Petros et à Phillippe Maillard Productions, le grand tourneur français spécialisé en musique classique - www.philippemaillardproductions.fr – Janvier 2017

   Le Quatuor Debussy
 à l'Equinoxe de Châteauroux

Un mariage symphonique réussi – Qui a dit que la province française était pauvre culturellement d’événements de qualité? Le concert classique donné par le Quatuor Debussy à l’Equinoxe de Châteauroux en ce début novembre confirme que les talents français enrichissent nos lieux de spectacles provinciaux distinctifs de sonorités d’excellence. Le Quatuor Debussy (Christophe Collette, Marc Vieillefon tous deux violons, Vincent Deprecq alto, Cédric Conchon violoncelle), célèbre pour son expertise sur Chostakovitch (leur dernier disque vient de sortir chez Evidence Classics), l’est aussi pour ses associations scéniques variées et ses collaborations artistiques audacieuses, hors des cadres habituels du classique. C’est ainsi que nous découvrons sur scène l’alliance de deux sonorités que nous n’aurions pas imaginé voir jouer ensemble: celle des cordes et de l’accordéon du talentueux Pascal Contet, l’un des accordéonistes les plus chevronnés de France. L’ensemble en duo joue à merveille et l’alliance des deux styles donne une profondeur inédite à un répertoire tout autant classique que moderne, du tango à Schubert en passant par les créations personnelles de Pascal Contet. La première partie est saisissante. Plongés dans le noir total, nous nous nourrissons des vibrations de l’accordéon du soliste Contet, c’est surréel et magique. La salle comble se mue dans une écoute solennelle et enthousiaste. La seconde partie du concert sera faite à la lumière et donnera la primeur à l’expression du Quatuor avec des œuvres de Schubert, Strasnoy, Piazzolla ou Gus Viseur. Le concert est une réussite, en témoignent le bis repetita de la finale. Il fût la célébration d’une harmonie radieuse entre le Quatuor et le soliste, un moment d’émerveillement inédit et somptueux. Le Quatuor Debussy, une formation française remarquable à suivre – www.quatuordebussy.comNovembre 2016

   Disque "LIGHT"
 chez Decca Classics

Vanessa Benelli Mosell, une pianiste d'exception – La brillante pianiste italienne Vanessa Benelli Mosell nous réjouit d’un second album, intitulé Light – Lumière, qui ravira les sens musicaux de tout esthète. L’étoile montante du piano international délivre une performance particulièrement réussie. Le disque qui sort à propos pour l’été est composé de deux parties bien distinctes et issues de postures totalement différentes  les 24 préludes Op. 11 du russe Alexander Scriabine et le Klavierstück XII: Examen de «Jeudi» de Licht, l’opéra de Karlheinz Stockhausen, avec qui la jeune pianiste a étudié. Le premier opus est d’une composition très classique, faites de joyeuses allégresses, de temps calmes ou de moments plus dramatiques. C’est très plaisant à écouter, par exemple un soir d’été. La seconde partie participe à la recherche d’une musique classique contemporaine, plus expérimentale, où la pianiste est amenée à déconstruire les rythmiques, faire usage de ses mains sur les cordes ou la caisse du piano, tout en chantant, sifflant dans ces compositions très originales. Ce second album est admirable et est séduisant par son écoute toute naturelle, on se sent proche de cette artiste qui fait aimer à tous le classique. www.vanessabenellimosell.com et www.deccaclassics.com/fr/ Juin 2016

   Disque "Europe 1920"
 chez Evidence Classics

Romantisme et avant-gardisme talentueux - La famille franco-russe Tchalik est riche de talents musicaux, créatifs et libres. La Quatuor Tchalik regroupe toute la richesse de deux cultures phares dans le domaine classique. Dania et Gabriel Tchalik sont directement issus de cet héritage de prodigieux musiciens. Le violoniste déjà confirmé Gabriel Tchalik se livre pour la première fois en duo avec son frère pianis